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GECAMINES : YUMA RECADRE NGOY MUSHILA

C’est une réponse du berger à la bergère que le président du Conseil d’administration de la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines) la première société minière de la République Démocratique du Congo, Albert Yuma Mulimbi a réservé à Raphaël Ngoy Mushila. On sait que cet ingénieur ancien employé de l’entreprise minière nationale s’est récemment fendu d’un rapport au vitriol largement partagé dans les médias et les réseaux sociaux sur la situation et la gestion de la Gécamines, fleuron de l’industrie minière congolaise. Après avoir dit tout le mal qu’il pensait de la gouvernance de cette société industrielle et commerciale par les cadres placés à sa tête par l’Etat congolais, son unique actionnaire, l’ingénieur Ngoy Mushila avait proposé que la Gécamines soit littéralement disséquée et que ses activités soient attribuées à d’autres entités. Cette transformation aboutirait selon sa proposition à ne garder en vie qu’une société de participations dans laquelle ne garderait que des parts minoritaires. Par ailleurs, rejoignant en cela les plaidoyers d’un quarteron de ‘majors’ de l’industrie minière occidentale qui n’ont jamais accepté de gaieté de cœur de s’acquitter des obligations fiscales leur imposées dans le cadre de la mise en œuvre du Code minier congolais révisé en 2018, Raphaël Ngoy Mushila estimait que les nouvelles autorités en place en République Démocratique du Congo feraient œuvre utile en… revenant carrément sur cette révision de 2018 dont on sait qu’elle avait essentiellement consisté à porter de 2% à 10% le taux de la fiscalité applicable aux bénéfices réalisés sur l’exploitation des minerais déclarés stratégiques par l’Etat congolais comme le cobalt. L’ancienne législation adoptée en 2002, pratiquement en pleine « première guerre mondiale africaine » – le président Mzee Laurent Désiré Kabila venait d’être assassiné quelques mois auparavant et son successeur Joseph Kabila s’employait laborieusement à trouver les moyens de maintenir le pays menacé de balkanisation dans ses frontières héritées de la colonisation – Kinshasa, obligé de se plier aux exigences des rares investisseurs qui acceptaient de placer leurs capitaux dans un pays où le risque politique était parmi les plus élevés du continent, avait concédé à leur offrir le taux de 2% pour une période de 10 ans. Cette décision, inévitable compte tenu des circonstances du moment, explique pour une grande part la persistance du fameux paradoxe d’un « pays très riche avec peuple très pauvre » décrié par d’aucuns. L’adoption par le parlement congolais de la révision du Code minier et du principe de sa mise en œuvre 6 ans après la forclusion du délai prévu par l’ancienne législation provoqua une véritable levée de boucliers en Occident où des industriels confortablement installés dans des bénéfices exorbitants se mobilisèrent vigoureusement pour exercer de fortes pressions sur l’alors président de la République, Joseph Kabila, lui enjoignant même de ne pas procéder à la promulgation des nouvelles dispositions législatives. Le refus du quatrième chef d’Etat congolais de céder à leurs pressions lui a valu de solides inimitiés dans le landernau de la haute finance internationale occidentale. « C’est cette courageuse position en faveur des intérêts nationaux de son pays qui est à la base de la détestation de Kabila par les milieux d’affaires occidentaux », confie au Maximum ce professeur de géopolitique de l’Université pédagogique nationale de Kinshasa qui ajoute que « les mêmes pressions sont exercées sur le nouveau président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo dont la décision de conclure un accord de coalition avec son prédécesseur a été une très mauvaise nouvelle pour ces vautours qui ne rêvent que de revenir à l’ancienne situation lorsqu’ils pouvaient exploiter à vil prix et presque sans contrepartie les riches potentialités congolaises ». Au cours du dernier sommet Russie-Afrique de Sotchi (Fédération de Russie), Tshisekedi semble avoir pris le parti d’envoyer paître les réseaux qui s’évertuent à liquider le nouveau Code minier. On se souvient en effet de sa communication devant ses pairs réunis autour de leur hôte Vladimir Poutine dans laquelle il a rappelé avec force le caractère inacceptable des déséquilibres observés dans la gouvernance économique actuelle. Lorsqu’il a martelé que « entre 2010 à 2014, sur des revenus de près de 48 milliards USD, les investisseurs ont engrangé plus de 42 milliards USD contre 6 milliards USD seulement de recettes collectées par le Trésor public congolais », le 5ème président rd congolais s’inscrivait dans la même vision que son prédécesseur qui n’avait eu de cesse de chercher à remettre en cause l’ancienne situation créée par le code minier de 2002 qui installait en fait un ratio qu’aucun Etat normalement constitué ne saurait tolérer longtemps. Tel n’est certainement pas l’avis de la plupart des capitaines de l’industrie minière occidentale qui ont massivement profité de la situation créée par les dispositions de la nouvelle législation en vigueur. Les saillies répétées de certains médias et ONG du Nord qui font et des mains pour « exploser » la coalition constituée par la plateforme Cap pour le Changement (CACH) du vainqueur de l’élection présidentielle de fin décembre 2018 avec ses partenaires du Front Commun pour le Congo (FCC) au parlement et dans l’exécutif congolais, fruit d’un lobbying très intense en sont une éloquente illustration. « Un certain nombre d’officines, de ‘think tanks’, d’ONGs et d’intellectuels de par le monde y compris au Congo-Kinshasa même à l’image de l’ingénieur Raphaël Ngoy Mushila sont mis à contribution dans cette campagne désespérée », selon un spécialiste des relations économiques internationales de l’Université Catholique du Congo.  On est tenté de le croire en constatant qu’en plus de son lobbying contre le Code minier révisé par le parlement congolais et promulgué en 2018 par le président Joseph Kabila, Raphaël Ngoy Mushila s’est lancé dans une attaque frontale contre la Gécamines à travers son rapport qualifié par le président du Conseil d’administration Yuma et le directeur général intérimaire Kamenga de « pamphlet dépassant par sa forme les limites de la bienséance et par son fond l’irrationalité». Les deux plus hauts responsables de la Gécamines considèrent en outre le raisonnement qui sous-tend l’argumentaire du pourfendeur de leur entreprise comme « hérétique et irrationnelle » Aussi n’ont-ils pas mis des gants pour remettre les points sur les i par une lettre assortie d’un document chiffré en annexe de 20 pages dont le destinataire n’est autre que le premier ministre, le professeur Sylvestre Ilunga Ilunkamba. Ils y sermonnent sévèrement l’ingénieur Raphaël Ngoy Mushila, qui, à leur avis, donne l’impression d’avoir carrément choisi de vendre son âme au diable. Du point de vue des gestionnaires de cette société minière de l’Etat congolais, le rapport de Ngoy Mushila a tout l’air d’un sordide sacrilège. Non sans raison : ils démontrent à l’appui de leur réplique que les choix opérés par eux depuis qu’ils ont été appelés à la tête de cette société en 2010 a porté des fruits positifs significatifs. Au point que les observateurs les plus objectifs parlent de plus en plus d’une renaissance inattendue de la Gécamines. Ce qui n’est pas allé sans provoquer l’ire de ceux qui avaient fait le pari du délitement de ce joyau de l’industrie minière congolaise pour s’accaparer de tout ou partie de son imposant patrimoine. La Gécamines, première entreprise d’exploitation par des nationaux des mines congolaises suscitait moult convoitises outre-Atlantique et outre-Méditerranée, notamment chez un certain nombre de ses partenaires qui n’attendaient que de la voir à genoux pour lancer une OPA et s’en emparer pour une bouchée de pain. On peut citer notamment le puissant groupe Forrest avec lequel les dirigeants de la Gécamines étaient entrés dans un long conflit pour avoir décidé de mettre fin à une convention considérée comme contenant trop de clauses léonines portant sur le retraitement des « déchets » amassés dans le fameux terril de Lubumbashi. Pendant plusieurs mois, toutes les activités industrielles sur le site industriel du terril ont été suspendues pendant que s’engageait un arbitrage laborieux entre les deux partenaires. Ayant eu gain de cause, l’entreprise congolaise a pu conclure avec un autre partenaire chinois un nouveau partenariat qui s’est révélé de nature à générer une rentabilisation des immenses stocks de matières stockés dans le terril. « Des cas comme celui-là sont légions pour lesquels il a fallu au Conseil d’administration et à la direction générale de la Gécamines le courage d’affronter des partenaires de longue date soit pour revoir les termes des contrats passés ‘in tempore suspecto’ ou dans des conditions dans lesquelles l’Etat-propriétaire avait pratiquement le couteau à la gorge à la suite de la guerre d’agression qui risquait de faire simplement disparaître purement et simplement l’Etat congolais. Il faut dans de telles situations beaucoup de courage et les services avisés de juristes de haute volée pour arriver à faire rendre gorge à des parties qui adoptaient souvent l’attitude de véritables citadelles fortifiées avec l’appui de certains puissances étrangères », a déclaré sous le sceau de l’anonymat un expert attaché à la direction générale de la Gécamines à Lubumbashi interrogé par nos rédactions. A ces difficultés d’ordre ‘’géopolitique’’ s’ajoute la corruptibilité d’un certain nombre de juges congolais plus sensibles à l’appât d’un chèque bien garni ou de billets de banques glissés subrepticement de la main à la main qu’à la logique des textes des lois en vigueur ou l’intérêt général pour trancher les litiges qui sont portés devant leurs prétoires. Dans cette confrontation entre le pot de terre congolais et le pot de fer des sociétés étrangères portées par de puissants gouvernements d’Etats de l’hémisphère Nord habitués à imposer leurs volontés aux pays du Sud en général et à la République Démocratique du Congo en particulier, la Gécamines, sa direction et son personnel ont longtemps rongé leur frein dans l’attente d’issues heureuses. « Quoique l’on puisse dire aujourd’hui près d’un an après la fin de son mandat à la tête du pays, la détermination du président Joseph Kabila à ne laisser personne, quel que soit sa puissance ou ses moyens de pression, faire main basse sur les droits et les propriétés de la Gécamines a été d’un grand secours pour faire renaître cette entreprise de ses cendres. Notre espoir est de voir son successeur ne pas déroger à cette règle car tout bien considéré, si le rythme est maintenu, la Gécamines est une véritable poule aux œufs d’or pour la République Démocratique du Congo », estime notre interlocuteur. Les premiers mois de la présidence de Félix-Antoine Tshisekedi paraissent prometteurs. En dépit de pressions en sens contraire, le nouveau chef d’Etat s’empresse de reconduire Albert Yuma à la présidence du Conseil d’administration de la Gécamines sur fond d’une controverse légale avec le ministre (sortant) du Portefeuille, la juriste Wivine Mumba Matipa qui reprochait au texte présidentiel de n’avoir pas respecté la procédure légale. Qu’à cela ne tienne : cette querelle juridique n’a guère empêché Albert Yuma dont le mandat a été reconduit de continuer à travailler. C’est dans ce contexte assez sensible que Ngoy Mushila a lâché sa « bombe ». Et provoqué la réaction courroucée des dirigeants de la Gécamines. « Nous regrettons particulièrement que des adversaires du redressement du Congo choisissent ce moment pour propager de telles informations de nature à induire en erreur les responsables publics et la population, et cela d’autant plus que la stratégie conduite par l’actuel conseil d’administration dans un environnement hostile est en train de produire ses fruits, que ce soit, sans que cela soit exhaustif, sur la reconstitution d’un patrimoine minier à la hauteur des ambitions de notre Nation; la transformation organisationnelle de la société dont les règles de gestion datant de l’Union Minière du Haut-Katanga (UMHK) étaient devenues depuis longtemps inadaptées compte tenu du contexte actuel de l’industrie minière ; la reprise des activités de STL sous le contrôle total de Gécamines ; la mise en production de l’usine de DEZIWA d’une capacité initiale de 80.000 tonnes de cuivre ; la nette progression de la production propre de Gécamines et enfin le rééquilibrage de ses joint-ventures dont le succès n’est plus à démontrer », ont-ils écrit en substance. Tout compte fait, les gestionnaires de Gécamines emmenés par le président du conseil d’administration, Albert Yuma Mulimbi, ont suffisamment prouvé par cette vigoureuse clarification à l’intention du chef du gouvernement que la haute direction de cette société minière sait vers où elle va, et qu’elle mérite la confiance autant des responsables étatiques congolais que des décideurs à divers titres et des partenaires pour accompagner la Gécamines dans ses réformes qui ont commencé à donner des résultats dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont satisfaisants à plus d’un titre.

J.N.

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