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FINANCES PUBLIQUES : Le palais présidentiel, ce panier troué depuis 5 ans

La construction du nouveau palais présidentiel à 180 millions d’Euros. L’affaire qui a été démentie par le cabinet du chef de l’Etat suscite une vive polémique dans l’opinion notamment sur la toile
Depuis 5 ans, la construction d’une résidence et d’un bureau pour le chef de l’Etat est une rubrique qui revient dans toutes les lois de finances. A la suite d’une brève enquête, le desk Economie du Maximum a décelé l’existence depuis 2015 au moins, dans les documents annexes de lois des finances (Budget) des lignes de crédits qui reviennent chaque année sans que le projet ne soit exécuté. Les prévisions en 2019 sont de l’ordre de 9.885.605.488 FC soit 5.656.030 USD au taux budgétaire de 1.747.8 FC le dollar, contre 3.714.984.359 FC en 2018. On y trouve aussi un projet de construction du bâtiment administratif dont les prévisions en 2019 sont de l’ordre de 3.421.354.786 FC contre 4.100.000.000 FC en 2018. En 2017, le premier ministre Bruno Tshibala avait déjà envisagé de puiser dans les caisses de l’Etat 1,4 milliard de FC, soit environ 1 million et demi USD dont 400 millions de FC pour construire les nouveaux cabinets du chef de l’Etat et plus de 1 milliard de FC pour le nouveau palais présidentiel. Mais au terme de l’exercice, aucun chantier n’avait démarré.
Le cabinet du chef de l’Etat a apporté un démenti, notamment sur le montant de 180 millions USD ou d’Euros. Il n’en demeure pas moins que la Direction de contrôle des marchés publics (DCMP), a bel et bien reçu une demande d’autorisation spéciale pour la passation d’un marché en entente directe, un terme qui désigne un marché de gré à gré, sans appel d’offre ni concurrence des firmes soumissionnaires pour cause d’urgence.
Au guichet unique de création d’entreprises (GUCE), Democratic Congo Hihg Tech construction Company que des ONGs présentent comme unique attributaire de ce marché, est répertorié parmi les entreprises créées en mai 2019, soit deux semaines seulement avant la demande présumée d’autorisation spéciale. Si les accusations de Lucha et consorts étaient confirmées, une telle entreprise ne présenterait aucune garantie d’expertise et d’expérience en la matière mise en exergue dans la correspondance attribuée au dircaba du chef de l’Etat que des sources crédibles présentent pourtant comme un homme d’une honorabilité éprouvée.
Mais dans la mouvance de la société civile, c’est le branle-bas de combat. Des carquois sont vidés contre l’institution président de la République et ses services. L’ODEP, qui a à l’œil la dépense publique, crie haro sur une dépense «inopportune». Il est vrai que par ces temps où la RDC sollicite un coup de pouce du FMI pour relever ses finances publiques, le projet querellé est de nature à contrarier certaines institutions financières internationales.
En son temps, le président sortant Joseph Kabila avait décliné, apprend-on, un projet de Matata Ponyo consistant à le doter d’une nouvelle résidence et de nouveaux bureaux. L’ancien premier ministre se vantait alors d’avoir modernisé la primature à un coût demeuré jusqu’à ce jour un «secret d’Etat», ce que l’alors chef de l’Etat n’aurait guère apprécié, estimant le projet de plus 2.6 millions USD excessivement onéreux.
Kabila, on le sait, a mis un terme à une coutume qui remonte à l’accession du pays à la souveraineté nationale et internationale en 1960 qui voulait que les chefs d’Etat ne procèdent jamais à une remise et reprise avec leurs successeurs. Si en 1960, Joseph Kasavubu avait repris la résidence du gouverneur général Pétillon sur les hauteurs du Mont-Ngaliema, Mobutu qui l’a évincé le 24 novembre 1965, a préféré le camp Paras (Camp Tshatshi) après avoir un bref instant vécu au Mont-Ngaliéma. Trente-deux ans plus tard, son tombeur, Laurent-Désiré Kabila, fera du palais de marbre, résidence des hôtes de l’ancien Zaïre, sa résidence officielle et son principal lieu de travail où il fut du reste assassiné le 16 janvier 2001. Lui ayant succédé le 24 janvier 2001, son fils, jusque-là chef d’état-major des forces terrestres des FAC, Joseph Kabila Kabange opte de travailler par intermittence au palais de la Nation à Gombe et à la Cité de l’UA bâtie du temps de Mobutu et réfectionnée de fond en comble. Il préfère loger dans ses propres murs au lieu dit GLM, aux confins de la Gombe et dans sa ferme de Kingakati à 75 kilomètres du centre-ville.
Tous les palais présidentiels ont nécessité des travaux de réfection engageant des fonds considérables mais dont la traçabilité a toujours posé problème. A l’image de la résidence des premiers ministres depuis le patriarche Antoine Gizenga. On estime au parlement qu’il est temps que l’Etat érige une propriété de son domaine privé en ‘‘State house’’, résidence et bureau officiels du chef de l’Etat. Nous y reviendrons.
PLM

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