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ETIENNE TSHISEKEDI : Réconciliation ou affrontement en mémoire du ‘combattant’ ?

Pour s’en convaincre, un sondage ne servirait strictement à rien. A Kinshasa, et sans doute également partout sur le territoire de la RD Congo, l’information relative au décès d’Etienne Tshisekedi qui a circulé une à deux heures après la tombée de la nuit, n’a laissé personne indifférent. Quelques jours seulement après la fausse rumeur sur la récupération de l’équipe nationale de football éliminée en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations Gabon 2017, l’annonce a suscité plus de doute que de crédit, lundi 1er février au soir. Avant de s’imposer à la faveur de la crédibilité des sources qui l’ont diffusée, confirmées du reste par un communiqué des plus officiels de l’UDPS/Tshisekedi. Mort, Etienne Tshisekedi l’était bel et bien depuis 17 heures et demi à peu près, heure de Kinshasa et de Bruxelles où il avait été acheminé en urgence le 24 janvier dernier.
En émoi manifeste, des combattants désespérés ont bravé la nuit pour se rendre au siège du parti et à la résidence du défunt dans le périmètre de la 10ème rue Limete résidentiel. Au siège, sur le « petit boulevard » à Limete, des échauffourées ont été observées aux alentours de 21 heures, lorsque des combattants ont pris l’initiative de se défouler en arrosant de projectiles l’équipe de la police nationale qui a pris ses quartiers en face depuis les incidents de septembre dernier à Kinshasa. Après quelques tirs de sommation qui a créé la panique dans le quartier, les agents de l’ordre ont eu la sagesse prudence de disparaître des lieux, en attendant des renforts arrivés quelques heures plus tard. Ici, tous sont convaincus que leur leader a succombé à un complot, ourdi par tous et chacun au pays ; la Conférence Episcopale Nationale Indépendante (CENCO), qui aurait péché en accélérant pas l’accession du « Vieux » au pouvoir ; ou encore le pouvoir, qui aurait expédié un empoisonneur pour mettre un terme à l’existence d’un acteur politique de 84 ans …
Mardi 2 février, au moment où Le Maximum se préparait à mettre sous presse, c’est à peine si la surchauffe, toute africaine, qui anime les cœurs des combattants de l’UDPS avait baissé. Dès les premières heures de la journée, les parages de la résidence et du siège du parti ont été envahis par des centaines de combattants qui ne cherchaient qu’à se rendre utiles : en installant une chapelle ardente de fortune à l’intérieur du siège du parti, mais aussi des branchages de rameaux le long du boulevard Lumumba, ou encore en se défoulant à qui mieux sur l’un ou l’autre symbole du pouvoir dont le « patriarche » aura été privé de son vivant. Circulation de véhicules et d’hommes entravée, bus caillassés … le pire aura été évité non sans peine à la tombée de la journée.
Habituellement qualifiée de médiocre, c’est pourtant de la classe politique rd congolaise que semble jaillir ce que les africains, les bantous en particulier ont en commun : le respect et la compassion due aux morts. Depuis l’annonce de la mort de celui qu’on appelait affectueusement « Ya Tshitshi », pas un seul message méchant ou dénigrant de la classe politique toutes tendances confondues. Seulement la reconnaissance de la lutte d’un homme qui, malgré les résultats ou les succès obtenus, n’a pas dévié d’un seul degré de la ligne contestatrice qu’il s’était tracée.
En ces heures d’âpres négociations pour le partage de responsabilités et la co-surveillance de la période préparatoire aux élections qui doivent conforter le processus de démocratisation en RD Congo, ce n’est pas rien que cette convergence de compassion autour de la disparition d’une icône de la politique nationale. Si de son vivant Etienne Tshisekedi n’a pas toujours enlevé le pari du rassemblement de tous les acteurs politiques nationaux autour de sa personne et de ses idéaux, il ne semblait plus exclu, aux heures immédiates qui ont suivi l’annonce de son décès, qu’il y parvienne post-mortem.
Sur leurs sites Twitter, Zoé Kabila, le jeune frère du Président de la République, Joseph Kabila, a diffusé un émouvant message de compassion et de reconnaissance de la lutte menée par Etienne Tshisekedi. Mais aussi Henri Mova Sakanyi, le secrétaire général du PPRD, le parti présidentiel ; Evariste Boshab, ancien secrétaire général du même parti et tant d’autres. Sans compter les acteurs politiques de l’opposition, littéralement inconsolables après la disparition de cet homme qui plus que jamais symbolisait l’unité de leur lutte politique.
Pourtant, Etienne Tshisekedi, le président du Conseil des sages des forces politiques et sociales acquises au changement disparu, c’est le sceptre de l’atomisation qui est suspendu à la tête de l’opposition rd congolaise, compte tenu de nombreuses ambitions tues en raison de sa présence au sommet de la pyramide oppositionnelle.
A moins qu’en sa mémoire, les acteurs politiques de tous bords décident de ranger leurs armureries et de contribuer à la réussite de ce qui devait être le combat ultime d’Etienne : la consolidation du processus de démocratisation de la RD Congo. Faisable, à condition que dans les rangs de l’opposition politique tous se rangent derrière ce qui symboliserait le mieux la lutte politique du « Vieux ». Et que Joseph Kabila, à qui revient le dernier mot quoiqu’on ergote ci et là, choisisse de s’associer au symbole de la contestation politique dans son pays pour faire avancer le même processus. Cela aussi, c’est faisable, si les manipulateurs de la rue qui se recrutent jusque très loin au-delà des frontrières nationales lui en laissent le loisir.
Ci-après, quelques messages de compassion d’acteurs politiques rd congolais à la suite de la disparition d’Etienne Tshisekedi.
J.N.

CHRISTOPHE LUTUNDULA : « E. Tshisekedi est mort. On ne pleure pas un Héros. On continue son combat pour faire triompher son idéal, honorer sa mémoire et l’immortaliser ».

HENRI MOVA SAKANYI : « TSHISEKEDI.Grande perte pour la #RDC. La politique ne se fera plus de la même manière avec la disparition d’une figure emblématique. »

AUBIN MINAKU : « Un Baobab vient de tomber. Étienne Tshisekedi demeure une icône. Que son âme repose en paix. »

MARTIN FAYULU : « Le Prés E.Tshisekedi n’est plus. Difficile à accepter. Il laisse un grand vide mais demeure l’exemple du don de soi au service de son pays. RIP. ».

DENIS MUKWEGE : « Emu d’apprendre la mort à #Bruxelles d’Étienne #Tshisekedi. Grande perte pour la nation. #RDC #RIP. Tshisekedi ».

MOISE KATUMBI : « Profondément attristé par la mort du Pdt #Tshisekedi. Qu’il repose en paix. Sans fléchir, poursuivons sa lutte pour la démocratie en #RDC »

EVARISTE BOSHAB : « Mes condoléances à sa famille biologique, à sa famille politique ainsi qu’à tous ceux qui se sont reconnus en lui. #EtienneTSHISEKEDI ».
« De mortuis nihil nisi bene. Figure de proue de la politique congolaise, Etienne Tshisekedi mérite la considération de tous ».

PATRICK KANGA : « #RDC #EtienneTSHISEKEDI, un modèle de CONVICTION, il est resté fidèle aux idéaux auxquels il croyait. #RIPPATRIARCHE ».

CORNIELLE NANGAA : « Notre pays s’est engagé sur la voie de la démocratie. Aujourd’hui cette démocratie vient de perdre l’un de ses grands acteurs, en la personne d’Étienne Ts

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