Politique

ETAT D’URGENCE CONTRE LE COVID-19 Le gouvernement à l’épreuve des mesures présidentielles

Alors que Kinshasa enregistre à ce jour 53 cas positifs dont 2 guéris et 4 morts dus au Coronavirus, la riposte contre la pandémie hésite encore. Du fait des fausses notes dans la communication publique sur le sujet, les kinois vivent entre déni, panique et restrictions. En l’absence d’une information qui rassure et sécurise, ils sont désorientés et spéculent. En tous les cas, les habitants de la capitale sont renforcés dans leur doute par une communication visiblement non-concertée de leurs dirigeants. L’annonce de l’entrée à Lubumbashi de deux personnes infectées de Coronavirus par le gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula, le 22 mars et le diagnostic établi à la suite de tests rapides, dans l’attente de résultats plus fiables communiqués par le ministre de la Santé Eteni Longondo, assurant que les deux passagers n’étaient pas atteints, ont renforcé la méfiance des uns et des autres. A ce propos d’ailleurs le professeur Muyembe a rappelé le protocole à suivre. «Ce n’était pas au gouverneur du Haut-Katanga d’annoncer ces cas de Lubumbashi. Nous devons d’abord savoir comment ils ont été testés et obtenir des résultats médicaux clairs ». C’est l’illustration des hésitations et contradictions dans la communication depuis la mise en place de la riposte contre le coronavirus, comme il en a été lors de l’annonce du premier cas. Initialement identifié par le ministre de la Santé comme un « patient belge », l’individu en question s’est finalement révélé être Congolais. De plus, les résultats des tests auxquels étaient soumis plusieurs ministres à la suite de l’annonce officielle de la contamination révélée de l’un d’entre eux et de certains de ses collaborateurs n’ont toujours pas été rendus publics. « Le gouvernement doit faire preuve de transparence, l’heure n’est pas aux tabous », estiment certains élus qui en ont appelé, face au risque croissant d’une propagation de l’épidémie hors de la capitale, au renforcement des mesures déjà édictées par le gouvernement. Ils avaient notamment exhorté les autorités à « proclamer l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire national, de suspendre les trafics aérien, lacustre, fluvial et terrestre et de placer Kinshasa en quarantaine et de l’isoler du reste du pays ». C’est chose faite aujourd’hui, mais le problème reste posé pour les kinois qui disent souhaiter avoir un compte-rendu quotidien de l’évolution de la situation et savoir vers qui se tourner pour des précisions sur les moyens mis à disposition. D’autant plus qu’au sein de la riposte, le partage de responsabilités n’est pas connu du public. A ce sujet, le ministre Eteni s’est voulu rassurant : « il n’y aura pas d’empiétements. Le professeur Muyembe va s’occuper de la partie technique, c’est-à-dire de la prise en charge, du diagnostic et du suivi des malades. La partie coordination, elle, est menée au sein du ministère de la Santé. Tandis que la gestion multisectorielle est l’affaire de la primature».
« Nous ne voulons pas d’une organisation trop sophistiquée », assure de son côté le professeur Muyembe. « Je coordonne toutes les actions de riposte sur le terrain et nous rapportons à la commission multisectorielle, dont le ministre de la Santé gère la composante politique ». Quant au rôle et la composition de la « task force » à la présidence, le scientifique avoue toutefois « ne pas avoir encore détenir d’informations » concernant son fonctionnement. Et, selon une source de la présidence, « il y a encore des ajustements à faire sur la répartition des rôles entre la cellule et le ministère de la Santé ». L’état d’urgence décrété par le président devra durer 30 jours. Il s’inscrit dans le cadre des mesures de durcissement que divers acteurs politiques et de la société avaient recommandé, faisant suite aux mesures annoncées une semaine plus tôt par le chef de l’Etat qui, dans son adresse de mardi, a enjoint le gouverneur de Kinshasa d’instruire les bourgmestres de veiller au respect de ces dernières. « Je réquisitionnerai les unités de la Police nationale congolaise et celles de nos Forces armées afin d’organiser des patrouilles mixtes pour faire respecter ces mesures, pour le bien de tous », a souligné le président de la République avant d’exhorter les Congolais à la solidarité. « J’en appelle une fois de plus à l’union sacrée de la nation, car c’est ensemble que nous nous en sortirons », a-t-il déclaré en annonçant en même temps la fermeture des frontières du pays, sauf pour les camions, navires et avions-cargos avec fret. En dépit de ce durcissement du ton par le chef de l’Etat, le professeur Jean-Jacques Muyembe assure pour l’instant que si « la question de l’isolement de la capitale doit être très prochainement débattue au sein de la présidence, la mise en quarantaine de Kinshasa n’est pas encore une obligation ». « Nous n’avons pas encore abordé le problème du confinement de la population, c’est une autre étape », insiste-t-il, appelant d’abord ses concitoyens à faire preuve de discipline en respectant les premières mesures du président. De toute évidence, les réactions des membres du gouvernement manquent de lisibilité. Pendant que le porte-parole Jolino Makelele confirme la version du prof. Muyembe en assurant qu’il « n’y aura pas de quarantaine à Kinshasa », le ministre de la Santé lui, déclare : « Nous souhaitons suspendre les voyages de Kinshasa vers l’intérieur du pays, et vice-versa. Ce n’est pas un isolement total de la ville, seulement aux voyageurs. Les échanges commerciaux doivent se poursuivre ».« Il faut aussi tenir compte de l’aspect social », défend pour sa part Jean-Jacques Muyembe. « Beaucoup de gens vivent au jour le jour et ont besoin de sortir pour gagner leur revenu quotidien». Face à la presse, le coordonnateur de la riposte a indiqué que la commune de la Gombe est très touchée par cette pandémie, suivie des communes de Kintambo et Kinshasa. Depuis l’annonce, le 10 mars, d’un premier cas de coronavirus en RDC compte à ce jour 53 personnes contaminées dont trois patients décédés. Le président congolais avait proclamé, huit jours plus tard, une première série de mesures pour limiter la propagation du virus : fermeture des bars, cafés, restaurants et écoles, interdiction de se rassembler et suspension des vols en provenance des pays jugés à risques.
M.J

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