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ENSEMBLE POUR LE CHANGEMENT : L’ombre de Fatshi sur la plateforme katumbiste

Rentré au pays le 20 mai 2019 à la faveur de la politique de décrispation mise en œuvre par le président de la RD Congo élu le 30 décembre 2018, Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi, Moïse Katumbi a multiplié des déclarations d’intention de paix et professions de bonne foi. Sans modifier d’un iota les ambitions présidentielles qui l’avaient contraint à un exil forcé de près de 3 ans.
Dans la foulée de l’annonce d’un périple à l’intérieur du pays pour des raisons aussi peu crédibles que des ‘‘remerciements’’ à des populations qui ne l’avaient même pas élu puisqu’il n’était pas candidat à la dernière présidentielle, l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga s’est promis de muter Ensemble pour le Changement, une de ses plateformes politiques, en parti politique.
Créé le 12 mars 2018 au cours d’un conclave tenu à Johannesburg en Afrique du Sud, le nouveau regroupement politique qui s’ajoutait au G7, le groupe de 7 partis politiques qui avait fait défection de l’Alliance de la Majorité Présidentielle, consacrait un élargissement de fait de l’assise politique du candidat déclaré à la présidentielle prévue 7 mois plus tard en RD Congo.
De fait, Ensemble pour le Changement fut créé aux fins de soutenir la candidature et la vision de Moïse Katumbi à cette échéance électorale déterminante pour l’avenir politique du leader katangais et du pays. «Aujourd’hui, nous créons notre mouvement électoral pour changer le Congo. « Ensemble » est un mouvement ouvert à tous. «Ensemble» nous mettrons fin à la dictature et irons gagner les élections», déclarait, enthousiaste, un Katumbi revigoré par l’afflux des leaders politiques de l’opposition dans la nouvelle plateforme.
Pléthore d’acteurs
Près de soixante présidents de partis politiques d’inégales dimensions et de personnalités composaient le bureau politique de la nouvelle plateforme coachée, en plus de Katumbi lui-même (président), par Pierre Lumbi (Vice-président) et Delly Sessanga (secrétaire général): Christophe Lutundula (secrétaire permanent), Olivier Kamitatu, Antipas Mbusa Nyamuisi, Salomon Kalonda Della, Jean-Bertrand Ewanga, Gabriel Kyungu wa Kumwanza, José Endundo Bononge, Pierre Pay Pay, Christian Mwando, Jean-Claude Mvuemba, Jean-Claude Muyambo, Moise Moni Della, Franck Diongo, Didier Molisho, Mme Dominique Munongo, Désiré Konde Vila Kikanda, Mme Elisabeth Esaki Ekanga, Bienvenu Apalata, Sam Bokolombe, Mme Bibi Masangu Muloko, Huit Mulongo, Simon Mulamba, Mme Jeannette Mushiya, Mme Grâce Diamant Massambombo, Joseph Evra Muozo Tano, Claudel Lubaya, Modeste Mutinga, Mme Charlotte Tshilemb Jinga, Mme Dorothée Madiya, Adam Bombole, André Masumbu Baya, Thomas Makuma, Samy Kimpiatu, Mme Véronique Kilumba, Mme Madiba Kimena, Mme Philomène Kisalu Mavata, Bruno Lapika Kenga, Victor Menantangu Mulalu, Mme Georgette Biebie, Mme Chantal Ngoyi, Denis Tshibangu, Vano Kiboko, Chérubin Okende, Godefroid Ngunda Matey, Nephtali Nkizinkiko, Mme Brigitte Okuka Wotto, Mme Féli Kananga, Emile Etumangele, Mme Mathilde Mugadja, Henriette Kumakana Lundulua, Patrice Olengha …
Tout ce beau monde se disait « décidé à s’en remettre de façon loyale et sincère à la volonté du peuple congolais afin de solliciter les suffrages indispensables à la constitution d’une large majorité pour conduire la vision et concrétiser les ambitions de leur candidat pour le pays ».
Plateforme électorale décapitée
Seulement, de candidature de Moïse Katumbi à la présidentielle de décembre 2018, il n’y en a pas eue. A la place, c’est Martin Fayulu, qui n’était même pas membre de la plateforme créée en Afrique du Sud, qui sera désigné candidat unique de l’opposition au terme d’un vote rocambolesque dans un hôtel cossu de Genève, auquel Moïse Katumbi avait pris part en novembre 2018. Mettant ainsi à rude épreuve « la loyauté » et « la sincérité » convenue 7 mois plus tôt en Afrique du Sud.
Plus de deux semaines après ce conclave de la mort de l’opposition rd congolaise, Le 27 novembre à Kinshasa, le secrétaire général de Ensemble pour le Changement, Delly Sessanga, en appelait pourtant encore à l’unité de l’opposition pour ne pas rater le coche une fois de plus. «Je suis un des rédacteurs de l’accord de Genève dont le draft a été présenté en Afrique du Sud. Nous cherchons le candidat commun pour unir nos forces. J’exhorte tout le monde à revenir à la raison pour que nous n’ayons qu’un seul candidat. J’en appelle à l’unité.», soutenait-il désespérément au micro de nos confrères de Top Congo FM. La raison, selon cet acteur politique élu député national de Luiza par la suite, c’était la désignation de Félix Tshisekedi en qualité de candidat commun de l’opposition à la présidentielle de décembre 2018. Qu’il a, du reste, fini par remporter face au « candidat commun » de Genève.
Fissure inévitable
Une fissure de la plateforme katumbiste était en gestation, qui est apparue au grand jour quelques semaines plus tard, lorsque Sessanga et Claudel Lubaya, un autre membre influent de Ensemble pour le Changement, décidèrent d’appeler leurs partisans à voter Félix Tshisekedi, le candidat du CACH, à l’élection présidentielle. La fissure au sein de la plateforme est allée en s’élargissant avec les propos désapprobateurs exprimés dans les médias par Jean-Bertrand Ewanga et Jean-Claude Mvuemba. Sans compter le retrait pur et simple d’acteurs politiques de l’opposition comme Adam Bombole qui a claqué la porte de la plateforme katumbiste il y a quelques mois, ainsi que le silence éloquent de nombreux autres parmi eux.
En annonçant au cours d’un point de presse, le 7 mai 2019, la transformation de la plateforme créée pour soutenir sa candidature à la présidence en parti politique, Moïse Katumbi semble avoir décidé d’en finir avec les tshisekedistes appelés en renfort à Johannesburg en mars 2018. « Ce que avez vu au niveau d’«Ensemble », on l’a vu à l’UDPS quand le président Etienne Tshisekedi était en Europe, on l’a vu aussi au MLC … je peux vous donner un exemple dans un contexte qui n’est pas politique : depuis que je suis parti (Ndlr : en exil), mon équipe de football, le TP Mazembe, n’a pas remporté la coupe de Ligue des champions. Il faut la présence physique. Je rentre pour réorganiser « Ensemble », il y aura une très grande réunion avec les partenaires. Et quand nous allons transformer « Ensemble » en un très grand parti politique, nous allons nous mettre d’accord. Il y a des gens qui viendront, il y a des gens qui partiront. C’est ça la politique, c’est ça la démocratie », expliquait Katumbi à la presse le 14 mai à Bruxelles.
Tshisekedistes out
Sur la liste des « gens qui partiront » devraient figurer les tshisekedistes Sessanga et Lubaya. Dans une déclaration commune, dimanche 26 mai 2019, les deux leaders kasaiens ont dit tout haut ce qu’ils pensent de cette sorte de ravalement katumbiste : «Nous continuons à œuvrer dans le camp d’Ensemble, à condition qu’Ensemble ne devienne pas un parti politique. Si Ensemble devient un parti politique, c’est-à-dire qu’il modifie ce que nous avions convenu à Johannesburg, nous ne sommes pas partant », soutiennent ces deux présidents de partis politiques. Dans une autre déclaration commune datée du 13 mai, Sessanga et Lubaya soutenaient que «Concernant Ensemble pour le Changement, cadre de concertation politique créé jadis à des fins de stratégie électorale, nous nous en tenons à l’esprit de sa charte constitutive signée à Johannesburg en mars 2018 et qui préserve l’autonomie juridique des partis membres ». Beaucoup d’autres dirigeants de partis ou regroupements politiques membres de la plateforme katumbiste vont se rebiffer à la perspective d’être réduits en simples partisans de l’ancien gouverneur du Katanga, et claquer la porte de Ensemble pour le Changement à leur tour.
J.N.

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