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ELECTIONS : Rétropédalage télécommandé

Le séjour en RD Congo de l’ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique, Nikki Haley, aura eu le don de révéler la désespérante inconstance de l’opposition politique congolaise dite « radicale ». Quatre jours de voyage d’une émissaire de Donald Trump ont suffi pour que l’arsenal argumentaire des radicaux de Limete soutenus par les évêques de l’église catholique romaine rd congolaise, auxquels se sont joints par pur opportunisme l’UNC Vital Kamerhe et le MLC de Jean-Pierre Bemba mécontents d’avoir été éconduits dans leurs ambitions de présider le CNSA (Conseil nationale de suivi de l’accord du 31 décembre 2016) fonde comme beurre au soleil. Aussitôt reçus par Nikki Haley, qui leur a imposé de se mettre ensemble s’ils tenaient à bénéficier de quelques minutes d’écoute, les opposants ont renoncé comme de bons écoliers devant une maîtresse sévère à « exiger la tenue des élections coûte que coûte avant le 31 décembre prochain ». Ce qui se présente comme un nouvel ultimatum est sur toutes les pages des journaux et s’égrène sur tous les tons à travers les ondes des radios, les écrans des télévisions et les colonnes des journaux : l’aile radicale de l’opposition accepte l’idée d’élections en 2018. C’est le troisième rétropédalage, en réalité, après les tonitruants ultimatums précédents fixés au 31 décembre 2016, reculé au 31 décembre 2017, et maintenant à juin 2018. Dans l’opinion en RD Congo, en Afrique et ailleurs à travers le monde, l’opposition radicale rd congolaise apparaît ainsi sous son vrai jour dès lors qu’il s’agit de se projeter vers l’avenir, d’avancer des idées prospectives et constructives pour le pays : toujours à la traîne de mentors étrangers.
Retour au schéma du dialogue de la Cité de l’OUA
Pour se donner une certaine contenance, Félix Tshilombo Tshisekedi de l’UDPS a évoqué le mois de juin 2018. Oubliant peut-être que c’est cette échéance qui avait été déjà proposée au dialogue dit de la Cité de l’OUA modéré pour le compte de l’Union Africaine par le diplomate togolais Edem Kodjo et que lui et ses amis avaient dédaigneusement rejetés appuyés en cela par un quarteron de têtes couronnées de l’église catholique. Elle résultait pourtant de laborieuses estimations et de savants calculs effectués conjointement par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) les experts des Nations-Unies et ceux de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Des projections avancées en septembre … 2016 donc. Qui se fondaient sur le fait que les opérations de révision du fichier électoral lancées trois mois plus tôt prendraient fin au 31 juillet 2017, et compressaient très « politiquement » les 504 jours du chemin critique post révision du fichier électoral, le réduisant à plus ou moins 365 jours. Pour ne pas révéler aux combattants chauffés à blanc par des discours démagogiques que le radicalisme opposant était … totalement irréaliste.
De fait l’échéance projetée par les parties prenantes au « dialogue Edem Kodjo » avait été fixée à avril 2018, deux mois avant celle proposée maintenant de guerre lasse par M. Tshilombo et ses affidés. Ils avaient dans l’entre-temps préféré un réexamen de la faisabilité des élections par un Comité National de Suivi de l’Accord et du Processus Electoral (CNSA), mis en place après un autre dialogue, celui du Centre catholique interdiocésain de Kinshasa que, bon prince, le président Kabila consentit à faire organiser par des évêques catholiques ouvertement hostiles à son leadership.
En réalité, l’idée derrière ce micmac était tout simplement de renvoyer aux calendes grecques la perspective de tenir les scrutins électoraux, à la condition que les opposants radicaux soient payés de leurs absurdités extrémistes par une juteuse participation à un gouvernement d’union nationale à mettre en place pour « partager le pouvoir (et les prébendes qui vont avec) pendant la période préélectorale ».
Tout pour le pouvoir
La participation au pouvoir et à ses dividendes, c’est le fin mot de l’affaire dans les travées de l’opposition, en fait. Ici, point de programme de gouvernement, point de projet de société : il faut absolument en être. Tout court. Faute de quoi, ôtes-toi de là que je m’y mette. C’est le leitmotiv de la rengaine irrationnelle et inconstitutionnel d’une « transition sans Kabila » qui relève d’un chantage grossier que l’ambassadrice américaine aux Nations-Unies, Nikki Haley a balayé du revers de la main. Elle n’avait sans doute pas encore fini de ranger ses valises à son retour de Kinshasa que Félix Tshilombo Tshisekedi s’empressait de rameuter la presse. Pour rapporter, non pas la douche froide que ses amis et lui avaient reçu de l’émissaire de Donald Trump en qui ils avait fondé tous les espoirs de les aider à « dégager » Kabila. Avec un entêtement d’un enfant gâté, Félix s’est remis à rouler à nouveau les mécaniques : « Kabila doit céder la place à un leadership consensuel à la tête de l’Etat », sans expliquer comment il comptait réaliser ledit consensus sans la majorité présidentielle au pouvoir ni établir une corrélation logique entre ce retour à l’extrémisme d’avant Nikki Haley et son acceptation, après le quart d’heures du contact avec l’américaine de voir des élections transparentes et apaisées se tenir au mois de juin 2018.
L’héritier du ‘lider maximo’ des radicaux se comporte en fait comme si une période de transition, du reste non envisageable du point de vue de la constitution en vigueur en RD Congo, pouvait s’étaler sur quelques 8 mois, d’ici à juin prochain. « La transition sans Kabila est du domaine du possible, parce que c’est la volonté du peuple. J’ai vu comment ce peuple a mis à genoux des bandes armées. Kabila doit être mis hors-jeu. Sa personne ne nous hante pas, c’est la constitution qui le dit », a déclaré un Tshilombo en vaine de contradictions. Avant de prétendre crânement que le Chef de l’Etat s’était abstenu de financer le processus électoral depuis 2011. A quelques mois du terme de coûteuses opérations de refonte totale du fichier électoral financées entièrement par le Trésor rd congolais sur injonction personnelle de Joseph Kabila et qui ont vu près de 43 millions d’électeurs s’inscrire en l’espace de 14 ou 15 mois, « Félix Tshisekedi prend les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages auxquels il peut faire gober n’importe quoi », selon le commentaire d’un confrère de la presse internationale accrédité à Kinshasa.
Elections en juin 2018 ? Les radicaux rétropédalent et même pire : ils font du sur place.
J.N.

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