Politique

ELECTION PRESIDENTIELLE AMERICAINE : Fin du mythe de la démocratie occidentale

On ironise à satiété dans les réseaux sociaux  à Kinshasa sur la perspective d’une passation pacifique et civilisée du pouvoir le 20 janvier prochain aux États-Unis entre Donald J. Trump et son successeur Joseph Biden. Certains vont jusqu’à exhorter Trump qui n’a concédé sa défaite qu’après avoir organisé des émeutes avec morts d’hommes au Capitole à s’inspirer du modèle congolais de passation de pouvoir entre l’ex-président Kabila et Félix Tshisekedi.

Les dernières allégations de fraude électorale émises par le camp de Trump sont venues mettre en lumière la réalité du déroulement d’un scrutin présidentiel dans un pays considéré comme le modèle de la démocratie.

En effet, 75 % de républicains sont  encore convaincus de la victoire de leur champion à la dernière présidentielle. Quatre ans plus tôt, c’était l’inverse avec des démocrates désabusés qui accusaient vertement Donald Trump d’avoir bénéficié du soutien de la Russie pour s’adjuger le top job.

Au-delà de la bruyante polémique sur d’éventuelles fraudes lors des élections présidentielles au pays de l’Oncle Sam, on peut signaler qu’une série de règles ont été modifiées dans plusieurs ‘swing States’ par le biais de tribunaux contournant sans transparence les législations des États, avant les élections, ce qui a ouvert la voie aux présomptions de fraudes. Le président Biden a été ‘de facto’ intronisé par Apple, Google et Twitter, avant même le résultat final officiel, et des semaines avant le vote du collège électoral. Les audits sérieux et professionnels visant à déterminer si l’ensemble des votes reçus et comptabilisés étaient valables ont tous été muselés.

Dans les pays de l’hémisphère Sud où l’empire s’est toujours autorisé à s’ingérer péremptoirement dans les élections locales (comme en RDC sous Joseph Kabila), de tels faits auraient été considérés comme la preuve d’un coup d’État par des dizaines de fonctionnaires impériaux, et auraient été dénoncés par un impitoyable blitz de propagande.

Au sujet du récent arrêt de la Cour suprême américaine sur les requêtes en contentieux électoraux déposées par les avocats de Trump, une source renseigne que « la Cour suprême ne voulant pas voir la moitié du pays se soulever contre elle a préféré que la décision soit prise par la chambre des représentants de chaque État pour ne pas mettre en péril l’Union. Sur le front de la propagande, par exemple, les extrémistes de droite sont absolument convaincus que les médias américains ne peuvent être mis au pas qu’en occupant les six principaux sièges des conglomérats médiatiques ainsi que Facebook, Google et Twitter pour contrôler le moulin à propagande américain.

Une autre source ajoute que les forces armées américaines ont refusé d’intervenir contre les émeutiers trumpistes qui revendiquent la victoire comme elles l’avaient fait contre les antiracistes car ses soldats pourraient désobéir aux ordres. En fait, nombre de ces nationalistes d’extrême droite étaient eux-mêmes des militaires, même des officiers qui savent où se trouvent les missiles et les bombardiers nucléaires.

En attendant, les transactions douteuses de Hunter Biden, fils du président Joe Biden, font l’objet de quatre enquêtes fédérales différentes.

Bien sûr, les propagandistes zélés de l’empire invoqueront son armée de « fact-checkers » omniscients, et ô combien impartiaux, pour marteler le même message : « C’est la version de Trump. Les tribunaux ont clairement dit que les preuves présentées sont infondées ».

Le procureur William Barr est désormais hors jeu (voir sa lettre de démission). Barr est depuis toujours un agent notoire de Bush Père, autrement dit, c’est un représentant classique de l’État profond. Barr était au courant de toutes les enquêtes fédérales sur Hunter Biden depuis 2018, qui étouffaient d’éventuels cas de blanchiment d’argent et de corruption. Et pourtant, comme le Wall Street Journal l’a délicieusement dit, il « s’est efforcé d’éviter leur divulgation publique pendant les turbulences de la campagne électorale».

Le tissu craque de partout aux coutures et le mythe de la prude démocratie occidentale qu’on a longtemps imposé à l’Afrique et au Congo s’effrite maintenant que les tribunaux américains abdiquent de leur rôle dans le jugement des procès liés aux élections du 3 novembre. Trump a fait un dernier effort pour changer le cours des événements avant le 20 janvier (jour de l’entrée en fonction du nouveau président) en demandant au secrétaire d’Etat de la Géorgie qu’on lui trouve quelques 11.000 voix afin qu’il gagne cet Etat

Que va-t-il se passer ? Eh bien, l’Amérique républicaine  à tort ou à raison  considère que le 20 janvier pourrait être « la fin du monde » pour elle. 8 républicains sur 10 pensent que l’élection a été volée ; de même que la course cruciale au sénat de Géorgie gagnée par les démocrates ; que la destruction des PME par les confinements était une stratégie préméditée pour consolider les oligarques du Big Business ; et qu’en fin de compte, les Américains républicains seront confrontés à une « annihilation » à travers un « totalitarisme mou » orchestré par la Big Tech. Telle est leur perspective leur révélation, leur épiphanie.

Avec une perspective aussi décourageante pour l’Amérique républicaine, les discussions se sont orientées vers une sécession ou une séparation les plus optimistes voient un accord ordonné, permettant à l’Amérique républicaine et démocrate de trouver un espace commun de vie politique, en reconnaissant les liens pratiques de la géographie, du commerce, de la monnaie, de la dette, de la diplomatie et de la force militaire. Mais beaucoup s’attendent à une répression vengeresse, pas à de la civilité.

De nombreux mythes américains (et occidentaux) sur l’identité et la politique américaines se sont effondrés. Beaucoup d’Américains sont encore en état de choc. Ils avaient imaginé que leurs élections étaient un parangon de vertus démocratiques dont les cours et tribunaux étaient des arbitres. Personne ne croyait voir imaginé voir un président américain ridiculiser et humilier ainsi son. La réalité est arrivée comme une gifle.

Le mythe est terminé : un marché s’ouvre pour des alternatives. Les ondes de choc inattendu de l’épiphanie américaine vont se répercuter sur l’Union européenne, bien que les dirigeants européens regardent actuellement ailleurs et que les médias européens les suivent avec un rien de moquerie.

Larbins de l’histoire, l’Afrique et les Congolais perdent ainsi des modèles en matière de démocratie. La déchirure du rêve américain permet à des États comme la RDC de repenser plus froidement les critiques ou les politiques instrumentalisées contre leurs propres systèmes de valeurs. Si l’Amérique républicaine peut rejeter totalement les valeurs « woke », et vice versa, alors pourquoi les autres civilisations ne rejetteraient-elles pas les valeurs occidentales des Lumières ?

C’est déjà le cas : la Hongrie a affronté avec succès l’UE au sujet de ses valeurs particulières (que la progressiste Bruxelles méprise comme non libérales). La Chine a clairement fait savoir qu’une bonne relation commerciale avec Pékin ne sera possible que lorsque les Européens cesseront de faire la morale aux autres. C’est ce que le Congo de Kabila n’avait cessé de répéter, s’attirant les foudres des distributeurs des « sanctions ciblées ». La question de savoir si les États-Unis étaient une démocratie, au sens propre du terme, avant Trump a fait l’objet d’un débat conséquent. Une étude de 2014 a conclu que le pouvoir économique est désormais tellement concentré entre les mains d’une minuscule clique de milliardaires-oligarques qu’ils ont amassé un pouvoir politique hors de proportion, ne laissant pratiquement aucun pouvoir à qui que ce soit d’autre. Le rapport a conclu que les États-Unis ressemblent davantage à une oligarchie impossible à défier qu’à une démocratie fonctionnelle.

Ce débat sur le moment où la démocratie américaine a été perdue, cependant, a été rendu obsolète par les nouvelles réalités de l’ère du Covid-19 : La combinaison de confinements prolongés, de la disparition des petites entreprises et d’un soutien massif de l’État accordé principalement aux élites des entreprises a rendu ces oligarques, ainsi que leurs alliés de Silicon Valley et de Wall Street, encore plus puissants, avec un pouvoir économique et politique de plus en plus inattaquable.

L’Amérique est peut-être sur le point de se découpler, choquée qu’elle est par la révélation brutale de son état de non-démocratie, de la puissance de son oligarchie et de ses institutions. Au fond d’eux-mêmes, les Américains le pressentaient. Maintenant ils en ont la certitude.

Les élites Congolaises font semblant de ne rien remarquer, répétant que tout reviendra « à la normale » avec l’administration Biden, et que les anciennes relations avec le Parti démocrate vont reprendre. En réalité, Kinshasa n’a jamais eu de relations avec l’Amérique en tant que telle, Kigali a toujours été la branche africaine de l’Amérique démocrate, ainsi que le révèle la longévité sponsorisée de Paul Kagame au cœur  d’un pouvoir trop fort pour être bravé.

Le « domino » est tombé : L’Amérique républicaine avec ses funestes projets de chasse aux sorcières en RDC sur instigation d’un certain ambassadeur Mike Hammer aussi. Cette implosion des illusions américaines ne laissera pas la RDC intacte. De plus en plus d’États africains comprendront que le besoin de se soumettre à la morale US est révolu ?

A.M

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