A la une Politique

Editorial : CONSULTATIONS PRESIDENTIELLES : Fatshi se fait-il hara-kiri ?

L’UDPS du président Tshisekedi semble fermement convaincue qu’elle peut pratiquer la politique de celui qui retire une échelle après l’avoir utilisée pour grimper au sommet. Pourtant tout indique qu’elle n’a pas toutes les cartes en mains. C’est du moins ce que révèle l’enlisement des consultations initiées à l’instigation des faucons qui l’entourent par le chef de l’Etat obnubilés par l’idée de reconfigurer la majorité parlementaire en pleine législature sur le dos de son partenaire dans l’accord de coalition FCC-CACH qui lui a pourtant permis d’éviter les désavantages d’une cohabitation dans laquelle il aurait été réduit à ‘‘l’inauguration des chrysanthèmes’’.
A Kikwit où il s’adressait à des mélomanes lors d’un concert musical de Didier Lacoste, Jean Marc Kabund a inconsidérément jeté la coalition FCC-CACH aux mille diables en pariant sur une crise dont il ne semble pas mesurer les conséquences sur la paix et la stabilité du pays.
Dans le même temps, le pouvoir est lui-même occupé à planifier son propre délitement. En annonçant vouloir conjurer la crise, Fatshi et ses faucons donnent l’impression de vouloir en précipiter l’occurrence avec diverses anticipations créatrices et manœuvres hégémonistes illusoires qui contribuent à déconstruire tous les acquis de l’alternance démocratique et pacifique au pouvoir engrangés en 2019 et dont ils ont été les principaux bénéficiaires.
Alors que le FCC de Kabila leur assurait de participer à la majorité pour l’action gouvernementale, des radicaux de l’ex-fille aînée de l’opposition manipulés par diverses officines occultes ont convaincu Félix Tshisekedi qu’il pouvait s’offrir cette majorité de son prédécesseur à coup de promesses de prébendes.
Cette démarche qui sous-tend les consultations en cours au palais de la nation s’est heurtée au bloc du FCC autour du taciturne Joseph Kabila. C’est ce qui explique la visite lundi de Fatshi à son homologue angolais João Lourenço, pris à témoin récemment par Kabila sur la dérive de son «frère» quelques jours plus tôt (Cfr. Le Maximum n° 777 du mardi 17 novembre 2020). «La coopération bilatérale, les questions d’intérêt régional, la situation politique en RDC et le plan de sortie de cette crise étaient au centre de sa rencontre avec son homologue angolais», ont indiqué des sources officielles congolaises et angolaises à ce propos.
La RDC vit actuellement une crise profonde due aux désaccords entre le FCC et le CACH. La divergence s’est emballée avec la nomination cavalière et inconstitutionnelle de 2 juges de la Cour constitutionnelle en novembre dernier.
Piqué au vif par les réserves émises par ses partenaires dans la majorité à ce sujet, le chef de l’Etat a décidé d’en découdre avec ces derniers et de créer une “Union sacrée de la Nation”. Près d’un mois s’est écoulé depuis lors et les Congolais attendent toujours sa décision finale qui, selon certains de ses proches, pourrait déboucher sur une nouvelle majorité parlementaire par «achat» de députés nationaux ou, à défaut, la dissolution de l’Assemblée nationale. Mais plusieurs analystes pensent que le chef de l’Etat n’a pas une grande marge de manœuvre au regard de la constitution dont il est le garant et des propositions mitigées de la plupart de ses interlocuteurs, sauf à vouloir scier la branche sur laquelle il est assis ou se faire hara-kiri.
Fatshi évoque, parmi les griefs faits au FCC, le blocage de sa vision politique par ce dernier. Et pourtant, on rappelle du côté du FCC les décaissements des fonds publics pour la présidence de la République qui ont atteint le dépassement vertigineux de 1.400% qui constituent en eux-mêmes un démenti cinglant des allégations de ‘‘blocage’’ du président par ses partenaires.
Le dialogue avec le FCC est de toute évidence la voie royale pour sauver ce qui peut encore l’être. Cette brèche est au centre du communiqué sanctionnant sa retraite de Safari Beach. Mais pour y parvenir, Fatshi doit pouvoir brider les faucons qui le poussent inexorablement vers les extrêmes.
Dès les premiers jours des consultations du palais de la nation, on en a noté l’impréparation révélée par les improvisations aussi bien dans la sélection des participants que dans leur objet.
Chemin faisant, chaque camp sait désormais que la moindre erreur peut être fatale à la nation. Pour le FCC, le scénario des élections générales anticipées à tous les niveaux a été évoqué comme ultime solution à la crise au cas où…
Pour le CACH, il est surtout urgent de renverser coûte que coûte la majorité parlementaire, même sur fond d’un débauchage grâce à une corruption éhontée de la part de ceux qui se sont toujours prévalus comme des parangons de la lutte contre les antivaleurs.
Certes, les appels insistants et immoraux de l’UDPS (7.000 USD par personne distribués par le député Kabund en personne !) ont séduit quelques membres du FCC. Pas assez cependant pour changer la donne.
La réalité est là, implacable : Félix Tshisekedi n’a que des promesses à offrir alors que de Genève à Naïrobi, il traîne derrière lui la réputation d’un protagoniste pour qui les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire.
Nombre de consultés ont invité le chef de l’Etat à dialoguer sereinement avec son prédécesseur et à réfléchir sur la nécessité de renforcer la coalition FCC-CACH pour mettre un terme à ces tensions jugées inutiles, voire dangereuses pour le pays.
Visiblement coincé par une initiative mal préparée, le président est en train d’apprendre sur terrain cette vérité première : la République ne se gère ni par des humeurs, ni par essai-erreur.

A.M

Hits: 148

Partagez cet article