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COVID-19 : L’urgence de la relance économique

La pandémie de la Covid-19 est un véritable test d’efficacité pour la RDC comme pour tous les États du monde. Face à l’incertitude et à la gravité de la situation, l’Etat congolais est tenu d’imaginer, de créer, de réorganiser et de prévenir. Tout État normalement constitué est dans l’obligation d’affronter les dangers quels qu’ils soient en mobilisant d’abord l’énergie de ses citoyens.
Les répercussions économiques de la Covid-19 en RDC seront importantes. Bien que le gouvernement fasse de son mieux pour en atténuer les effets sur le tissu plus qu’embryonnaire des PME et PMI, il y aura probablement des faillites et des pertes d’emplois. Le caractère extraverti de l’économie congolaise impactera ses équilibres micro et macro-économiques déjà précaires de même que la capacité du gouvernement à y répondre. A ce jour, la RDC continue à importer la quasi-totalité de ce qu’elle consomme et à exporter principalement des matières premières sans valeur ajoutée. En outre, ses échanges sont particulièrement concentrés sur la Chine, dont le moteur de croissance a ralenti, avec comme conséquence une réduction de sa demande pour les minerais de la RDC. D’où, le pis-aller du recours à des bailleurs de fonds comme le FMI et la Banque Mondiale qui sont tout sauf des organisations philantropiques.
Les effets de la crise seront aggravés par les contraintes imposées par la lutte contre la pandémie aux entreprises locales (télétravail, faible demande, difficulté d’exécution des commandes) et aux ménages, particulièrement aux acteurs de l’économie informelle.
Il n’ y a pas 36 façons d’y faire face. Il faut réduire la dépendance à des chaînes d’approvisionnement ou des débouchés trop lointains et privilégier la production locale, assurer l’extraction du maximum de valeur ajoutée locale par la transformation des matières premières avant exportation, ainsi que l’émergence d’un marché régional basé sur des circuits courts. Sans doute est-il vraiment temps de pousser l’agenda de l’Union africaine sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), afin d’être collectivement moins vulnérables à l’avenir. Le gouvernement devrait s’atteler dès maintenant à réfléchir de manière prospective sur l’après Covid-19. Le pays doit à cet égard disposer d’une feuille de route pour amorcer une relance rapide tout en vivant avec la pandémie. Il s’agit de mettre en oeuvre les réformes nécessaires pour ne plus jamais retomber à un tel niveau de vulnérabilité sanitaire et économique.
«La Covid-19 a montré son nez en RDC le 10 mars 2020. Le 18 mars, le président Tshisekedi a annoncé les premières mesures. Le 30 mai 2020, la RDC comptait 3.049 cas confirmés dans sept provinces. Le choc de la Covid-19 a mis à nu des défaillances institutionnelles. Les factions politiques se sont déchirées sur la mise en œuvre des dispositions de l’état d’urgence. La complexité de l’équipe de riposte mise en place en dehors du cadre administratif permanent n’a pas permis d’apporter l’éclairage nécessaire sur les questions principales qui se posent : (1) comment, quand, et à quel coût sera-t-il possible de décentraliser le dépistage afin de maîtriser l’étendue des contaminations et leur répartition géographique ? (2)quelles sont les dispositions pour la prise en charge efficace des cas graves devant être hospitalisés ? (3) quand sera-t-il possible de desserrer les mesures restrictives qui paralysent l’enseignement, les déplacements entre les provinces et les secteurs productifs ? », s’est interrogé le professeur Daniel Mukoko Samba.
Selon les estimations de la Banque Mondiale, le taux de croissance moyen des pays subsahariens devrait passer de 2,4% en 2019 à entre -2,1 et -5,1% en 2020. Pour la RDC, ce taux pour 2020 a été revu à la baisse, passant de 3,2% à –2,2% (contre 4,4% en 2019), soit une perte de près de 5 points de croissance. Cela est dû au ralentissement économique dans les pays acheteurs de nos produits d’exportation (la Chine), à la baisse des cours des matières premières, à la perturbation des circuits d’approvisionnement du fait de la fermeture des ports et des aéroports.
Les effets sur la situation économique des ménages seront d’autant plus importants que la RDC est largement dépendante de l’importation des produits alimentaires. Or, plusieurs pays ont déjà annoncé l’interdiction d’exportation des produits alimentaires ou imposé des quotas. C’est le cas de la Russie (céréales) et du Vietnam (riz). Ces mesures même temporaires auront un impact sur les marchés des produits alimentaires. Par ailleurs, le confinement actuellement en vigueur va perturber durablement l’approvisionnement des agriculteurs en intrants. La combinaison de la dépréciation du Franc congolais et de l’augmentation subséquente des prix des produits de première nécessité affectera sensiblement les ménages les plus vulnérables.
Il importe de juguler la crise économique que la pandémie et l’insécurité dans les provinces du Nord Kivu, Sud Kivu, Ituri, Haut Uélé, et Tanganyika sont en train d’intensifier.
Selon les analyses du Programme alimentaire mondial (PAM), 15,6 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire sévère, critique ou catastrophique, particulièrement dans les provinces de l’Est et les Kasaï.
Pour faire face aux effets négatifs de la pandémie à Coronavirus et maintenir l’élan de l’alternance, il faut agir vite et efficacement. Le champ pour l’action est toutefois fort rétréci.
Sur le plan économique, l’espace budgétaire est quasi inexistant et le champ d’application de la politique monétaire s’est singulièrement rétréci. La situation financière de l’État s’est davantage détériorée à cause notamment des effets négatifs de la Covid-19.
Dans le Rapport soumis par le FMI au Conseil d’administration de cette institution pour l’octroi d’une assistance financière urgente dans le cadre de la Facilité de crédit rapide (FCR), la baisse des recettes publiques a été estimée à 749 milliards CDF, l’augmentation des dépenses publiques à 166 milliards CDF, et la baisse des ressources via les bons de Trésor à 57 milliards CDF, soit un trou dans le budget de l’équivalent de 531 millions USD. L’appui du FMI sous la FCR (363,27 millions USD) est le bienvenu mais dans la durée, la réussite repose sur l’amélioration de la collecte des recettes publiques. Si les délais de mise en œuvre des réformes attendues pour ce faire sont longs, il faut s’attendre à voir le pays s’engluer dans le statu quo.
Miser sur les acquis
Toutes les tentatives d’amélioration significative de la situation économique se fracasseront sur le mur des mauvaises habitudes héritées d’un passé révolu et de la volonté de ceux qui en vivaient d’y maintenir la RDC.
Les ambitions devraient avoir pour socle un corpus de pratiques politiques et administratives garantes de la bonne santé de l’économie, ainsi qu’un appareil judiciaire fondé sur l’impératif de l’ordonnancement régulier de la société, et une société civile engagée pour y veiller rigoureusement.
Or, décapitée depuis des décennies, l’administration publique a perdu ses caractères de méritocratie et de technocratie. L’appareil judiciaire peine encore à prendre ses marques. Quant à la société civile, certaines de ces structures sont emballées dans l’emprise de leurs bailleurs de fonds extérieurs au service desquels elles se déploient. En un mot, l’économie nationale de la RDC est semblable à cette «voiture en panne qui compte sur des passants pour redémarrer» dont parlent souvent les experts chinois.
L’économiste Mukoko Samba a raison de déplorer «le mur qui assassine les ambitions politiques en RDC (lequel) est constitué de (1) la très faible capacité de l’Etat à prélever les ressources publiques (avec une administration fiscale dispersée et à faible rendement, une base fiscale trop étroite, une pression fiscale est restée dans la fourchette de 5 à 13% du PIB); et (2) la très faible propension du gouvernement à la planification stratégique à long terme depuis 1960». Ces deux couches concernent à la fois la relation entre l’État et la société et la manière dont l’État est organisé pour assumer ses charges sociétales. Les ressorts d’une croissance économique durable sont cassés depuis les années 1960.Les structures économiques héritées de la colonisation restent inchangées : un secteur industriel produisant pour le marché extérieur et un secteur manufacturier produisant des biens de consommation pour le marché intérieur mais dépendant des matières premières importées.
Un effort sérieux et très volontariste de normalisation de l’État est donc indispensable. Dans l’immédiat, le Congo-Kinshasa doit travailler en même temps pour sortir le plus tôt possible des tenailles de la Covid-19 et mettre en oeuvre un plan de redémarrage de l’économie nationale pour consolider la stabilité de ses institutions, la sécurité nationale, et la cohésion nationale.
Pour un autre économiste Allegra Kabamba, la crise sanitaire de la Covid-19 qui a entrainé une crise socio-économique caractérisée entre autres par la rupture de l’équilibre macroéconomique et le ralentissement de l’activité productive, la détérioration des termes de l’échange, la perte du pouvoir d’achat (inflation à 10,7% en avril 2020 contre 4,6% en 2019), l’ampleur du déficit des finances publiques va entraîner entre autres conséquences une paupérisation accrue de la population.
La gravité des effets économiques de la pandémie dans un pays comme la RDC s’explique par le fait que l’économie congolaise a un tissu productif archaïque et presque inexistant.
La RDC est un importateur atypique qui dépend du reste du monde même pour les biens de première nécessité (produits alimentaires et autres). Pour contourner ou atténuer les chocs exogènes du commerce international suite à la Covid-19, les dirigeants congolais devraient mettre en pratique une politique de diversification économique en encourageant la promotion du secteur agricole afin de changer radicalement son statut de «price taker» sur le marché mondial par la création et la promotion active des industries locales afin de substituer les importations, réduire la dépendance vis-à-vis de produits étrangers, et mettre en place un secteur industriel pouvant à terme lui permettre d’accroître sa productivité d’une part, et d’autre part favoriser l’intégration des provinces par des réseaux routiers bien entretenus et sécurisés afin de promouvoir une circulation fluide des biens et des services.
AM

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