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CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO : Les cloches de l’abomination

A l’appel des évêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), particulièrement du Cardinal Archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo Pasinya, les cloches de l’église catholique romaine ont retenti jeudi 14 décembre 2017 à travers certaines paroisses de la ville de Kinshasa. Les coups de gongs qui devaient être accompagnés de sifflets, de klaxons et de tout instrument susceptible de générer un son bruyant ont cependant connu des fortunes diverses. Pour diverses raisons qui tiennent essentiellement au fait que sur ce terrain de la politique politicienne, les princes de l’église catholique romaine de la RD Congo se sont engagés trop loin dans des actions temporelles qui ne pouvaient que les diviser. C’est ce qui a été constaté.
Fortunes diverses
Jeudi dernier à Kinshasa, dans ce qui peut être considéré comme « la paroisse mère », la cathédrale Notre Dame du Congo, la cloche a bel et bien sonné à… 18 heures tapantes, et non plus à 21 heures conformément au mot d’ordre initial des calottes sacrées. Dans les paroisses catholiques des communes urbaines de Lemba, Matete, Matete, Bandalungwa, Kasavubu, Kintambo, etc, ont également retenti les sons de cloche, timidement répercutés par quelques chrétiens, la majorité des kinois étant généralement préoccupés, à cette heure de fin de journée, de problèmes immédiats de subsistance. Encore que beaucoup parmi la population cible de cette activité « révolutionnaire catholique » n’avaient pas été informés de l’avancement de l’heure du tapage commandé par les évêques-politiciens, et se sont retrouvés comme surpris.
Les sons des cloches de jeudi dernier ont donc fait désordre et désorienté quelque peu plutôt qu’elles n’ont mobilisé. Dans les quartiers de Kasavubu, Kalamu, Bandalungwa, des groupes épars de chrétiens avaient attendu 21 heures pour utiliser sifflets et autres instruments sonores, dans l’indifférence générale d’autres groupes, plus importants, occupés qui à suivre la télévision en famille, qui, à siroter un verre de bière dans ces débits de boissons communément appelés « terrasses ». Les klaxons de véhicules et sons de sifflets des irréductibles ont été littéralement noyés par le vacarme autrement plus assourdissant des décibels de musique distillés aux environs de 21 heures dans la capitale.
Tapage nocturne catholique
L’opération prévue pour se reproduire chaque jeudi de la semaine n’a donc guère récolté le succès escompté. Loin s’en faut, d’autant plus qu’elle s’avère délicate aussi bien sur le fond que sur la forme.
Sur la forme, les catholiques ont fait dans la légèreté et commis des erreurs d’amateurs en mêlant les paroisses à cette activité de contestation purement politique et on ne peut plus partisane. En s’exposant et en exposant les fidèles aux rigueurs de la loi : sonner cloches et sifflets la nuit, à 21 heures, énerve les dispositions légales contre le tapage nocturne, et les forces de l’ordre sont en droit de sévir contre quiconque se rend coupable de cette infraction. Ce que le Colonel Pierrot Mwanamputu, porte-parole de la police, n’a pas manqué de rappeler aux curés. Au cours d’une intervention sur les antennes de la radio Top Congo FM, l’officier supérieur avait prévenu : « si l’infraction est commise, les auteurs seront poursuivis et ceux qui ont signé les documents en porteront les conséquences (…) aggravantes parce que ce ne sera pas fait inconsciemment. Mais c’est prémédité en annonçant que nous allons faire des tapages nocturnes à telle heure ». Ce n’était pas des menaces en l’air, et les curés, qui n’ont pas nécessairement tous une âme de héros, ont dû rétropédaler et faire coïncider l’heure des cloches politiques à celle des cloches régulières pour la dernière prière du jour. Mêlant ainsi inconséquemment les affaires divines et politiques, non sans désorienter, voire décevoir et démobiliser, les plus fanatiques opposants parmi leurs fidèles. Tout le monde n’accepte pas que l’on s’amuse ainsi avec le Très Haut en le rabaissant aussi bas. Sacrifier la prière à la politique ne sera sûrement du goût de tous les fidèles…
A César ce qui est à César ?
Sur le plan du fond, l’appel des princes de l’église pose aussi de sérieux problèmes « de conscience », comme on dit chez les catholiques, où tout le monde ne perd pas de vue ces nombreux passages qui rappellent l’indispensable séparation entre la foi chrétienne et la politique. Particulièrement, « Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », cette sagesse que l’on doit au Christ lui-même. Les princes de l’église catholique vont assurément trop loin dans leurs initiatives politiques contre le pouvoir en place, qui contrarient jusqu’aux préceptes bibliques destinés à éclairer les hommes et le monde. Comme ce passage des Proverbes qui édicte que « Si quelqu’un détourne l’oreille pour ne pas écouter la loi, sa prière même est une abomination » (28 : 9). Et en RD Congo, la loi, c’est-à-dire la constitution en l’occurrence, stipule qu’un Président de la République en place ne quitte le pouvoir que par les élections. Pas par une pression, fut-elle celle des chrétiens catholiques, qui du reste, ne sont pas les seuls croyants dans ce pays laïc.
L’appel des prélats de l’église catholique rd congolaise indexe donc arbitrairement les fidèles catholiques qu’il sépare d’autres fidèles et croyants en Dieu. Mais surtout, il met à mal la foi des uns et des autres.
Les cloches de l’abomination n’ont pas que des beaux jours devant elles, assurément.
J.N.

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