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BISBILLES A LA CHAMBRE HAUTE : ATM recadre Goya

Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat, a réagi avec agacement au courrier lui adressé par la sénatrice Bijoux Goya Kitenge, élue AFDC-A qui s’est fendue d’une demande d’éclaircissements dans la passation du marché des travaux de transformation de l’hémicycle. Une demande qu’elle a largement diffusée sur les réseaux sociaux et dont des internautes se sont saisis pour conclure hâtivement à une malversation financière.
Jeudi, devant la plénière du Sénat, le speaker de la chambre haute du Parlement n’a pas fait mystère de sa mauvaise humeur face à cette façon de faire d’une élue qui n’est pas à son premier coup du genre. « L’honorable Bijoux Goya est coutumière de telles pratiques à la limite du chantage. Il fallait qu’un jour ou un autre quelqu’un se charge de dénoncer cette immoralité qui n’honore pas nos institutions publiques », a indiqué à nos rédactions un de ses collègues faisant allusion à la saga qui avait mis aux prises l’élue katangaise à l’ancien gouverneur Moïse Katumbi Chapwe et à l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga au cours de la législature passée. Elle s’en était prise à l’alors numéro1 de la province cuprifère et à son gouvernement qualifiés de « balozi » (sorciers) au cours d’une visite sur un tronçon routier pourtant en cours de réfection, ce qui avait soulevé un tollé à la plénière de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga où plusieurs élus s’offusquèrent de tant de mauvaise foi de la part de celle qu’ils venaient à peine d’élire pour les représenter au Sénat.
Avec Alexis Thambwe Mwamba, Bijoux Goya est tombée sur un os. Dans une correspondance peu amène au président du Sénat, elle a insinué qu’il y avait eu détournement ou irrégularités dans le marché de réfection de l’hémicycle de la chambre haute du parlement. « Cela m’a tout l’air d’une manipulation par ses alliés du groupe Bahati pour discréditer l’excellent travail du président du Sénat. Elle est connue pour être prête à tout pour arriver à ses fins notamment en provoquant des scandales. Dans toutes ses interventions sur la question, elle s’est prononcée comme si l’honorable Thambwe était coupable d’indélicatesses de gestion rien que pour le punir de n’avoir pas soutenu sa candidature comme questeur au Sénat l’année dernière », s’indigne un sénateur membre du FCC.
Le numéro 1 du Sénat avait pourtant expliqué à la rentrée parlementaire qu’après avoir été sélectionnée suite à un appel d’offres restreint organisé avec la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP), l’entreprise soumissionnaire avait, à sa demande, préfinancé entièrement les travaux de réfection et d’équipement de la salle des plénières et attendait toujours d’être payée par le Trésor mais rien ne pouvait ébranler la détermination de Bijoux Goya à jeter l’opprobre sur celui qu’elle avait fini par rendre responsable de ses déboires. « Je doute fort que vous ayez opté pour la passation des marchés de gré à gré, étant donné que ces procédures est exceptionnelle et décriée de nos jours. En conséquence, je suis intimement convaincue que vous avez recouru en toute logique à l’appel d’offres pour la passation de ce marché », a t-elle écrit à ATM avant de surenchérir avec une série de questions sur le coût global des travaux ayant servi au réaménagement de l’hémicycle, le tableau de dépouillement ou d’évaluation des offres, la justification de l’entreprise retenue, le nom de l’entreprise qui a gagné le marché, la composition du dossier de l’appel d’offres et le nombre d’entreprises ayant répondu à l’appel d’offres.
Piqué au vif par tant d’outrecuidance, le président du Sénat n’y est pas allé par le dos de la cuillère pour lui rabattre le caquet : « Au moment de l’ouverture de la pré-campagne pour l’élection du bureau, vous étiez venue chez moi et à mon cabinet à plusieurs reprises pour demander le soutien pour votre candidature comme questeur du Sénat. Je vous ai signalé que la décision n’était pas à mon niveau, mais au niveau des autorités du FCC», a t-il martelé regardant son accusatrice droit dans les yeux. « Toujours pendant cette période, vous m’aviez invité à plusieurs reprises chez vous pour boire du champagne, j’ai toujours refusé poliment et systématiquement. Vous vouliez mon appui pour devenir questeur du sénat. Vous m‘avez dit que nous allions nous faire du fric si vous étiez élue questeur du Sénat. Je vous ai répondu que j’étais venu au Sénat pour y laisser mon empreinte et non pour faire du fric et que j’en avais assez pour vivre décemment et faire vivre ma famille. J’ai présenté votre candidature au FCC comme je l’ai fait pour beaucoup d’autres candidatures. Les autorités du FCC l’ont rejeté considérant que vous n’aviez pas la compétence nécessaire pour cette fonction et que vous n’aviez pas la moralité qu’il faallait pour cette fonction », a t-il ajouté devant une Bijoux Goya bouillonnante de colère qui vociférait à tue-tête : « vous ne méritez pas d’être le président du Sénat ! ».
Toujours à l’affût de ce qui est susceptible de gêner Joseph Kabila et sa plateforme, l’avocat Georges Kapiamba, président de l’Association pour l’accès à la Justice (ACAJ) s’est aussitôt invité dans ce débat de parlementaires en écrivant sur son compte twitter que « les propos injurieux tenus publiquement ce jeudi 30 avril 2020 par le président du Sénat Alexis Thambwe Mwamba à l’endroit de la sénatrice Bijou Goya sont inacceptables. Comment pour une simple lettre lui adressée pour demander des explications sur un marché de gré à gré, Monsieur Alexis Thambwe s’est permis d’offenser et d’indigner une sénatrice de la sorte ? ». Puis, transposant avec une totale mauvaise foi l’affaire sur le plan des droits des femmes à être protégées contre les violences, Kapiamba est passé du coq à l’âne en invitant le président du Sénat à « arrêter d’humilier la femme de cette manière ». Ce qui a fait bondir un juriste membre du FCC, Constant Mutamba, qui a qualifié cette intrusion de Kapiamba dans le duel ATM-Goya de manipulation politicienne et a dénoncé «l’impolitesse notoire» de Mme Goya à l’égard du président du Sénat qui a l’âge de son père; une impolitesse qu’il attribue au fait qu’elle était « de toute évidence téléguidée par l’aile de l’AFDC-A du candidat malheureux au perchoir du Sénat Modeste Bahati Lukwebo».
Pour beaucoup d’élus du FCC, Madame Goya a bien mérité cette mise au point cinglante. «Quand on veut jouer sans armure dans le Colisée, les plus chanceux en sortent en civière. Alexis Thambwe Mwamba ne s’en est à aucun moment attaqué à une femme en tant que telle. Il a recadré un sénateur qui se trouve être une femme. La nuance est d’importance pour celles de nos collègues femmes qui cèdent facilement aux insinuations de Georges Kapiamba invoquant un manque de respect à leur égard alors que c’est lui Kapiamba qui les méprise en sollicitant leurs réflexes ataviques. C’est à ceux qui ont manipulé l’honorable Goya à assumer les conséquences de sa bourde et à la consoler. Pas les femmes congolaises. Ce que chacun d’entre nous fait dans la vie l’engage et résonne pour l’éternité », a déclaré à ce sujet un parlementaire. Pour qui la volée de bois vert d’ATM à la sénatrice Goya rappelle à maints égards les ‘’uppercuts’’, de Nicolas Sarkozy à son adversaire Ségolène Royal, une femme, qui ne s’en est jamais remise. « Après tout l’arène politique n’est pas un milieu d’enfants de chœur. La ‘’mission’’ de Mme Goya était de discréditer politiquement Thambwe. C’était le droit de ce dernier de lui dire son fait en rétablissant la vérité qui la fait pleurnicher. L’arroseuse a été arrosée. Rien que de bonne guerre, n’en déplaise aux haineux qui avaient placé la dame sur sa route. Quoiqu’ils en disent dans les réseaux sociaux et les médias friands de polémiques, ATM a mis les points sur les i face à une agitation politique préméditée qui faisait désordre dans la chambre haute du parlement. Il a pris le risque de le faire pour éviter que cette polémique n’entache la vénérable chambre législative dans le futur. Il n’y a pas de violence dans une vérité digne d’être connue pour éviter au Sénat de sombrer dans le vaudevillesque», conclut-il.
Dans le même sens Maître Loko Nzazi s’est dit plus en colère contre Kapiamba que contre la sénatrice Goya : « Le Parlement étant le temple de la démocratie, la parole y est libre pour tous, aussi bien pour les honorables membres que pour les présidents des deux chambres. Nul n’a le droit de criminaliser une opinion émise par les uns et les autres car le débat est le quotidien des parlementaires». Et de rappeler les échanges épiques entre le défunt député national Ernest Kyaviro et l’alors speaker de la chambre basse du parlement Vital Kamerhe qui s’était laissé aller jusqu’à qualifier le premier cité de ’’colonel de pacotille d’un groupe armé rebelle’’. « Le redresseur des torts autoproclamé Kapiamba qui sévissait déjà à l’époque fustigeant bruyamment les antivaleurs n’y avait rien vu de répréhensible. Pourquoi deux poids, deux mesures ? », observe-t-il avant de recommander à Kapiamba de « laver sa toge ternie par la haine viscérale qu’il a de Joseph Kabila et du FCC. Où donc se trouvait cette grande gueule d’un mouvement citoyen lorsque le 1er vice-président de l’Assemblée nationale Jean-Marc Kabund a Kabund avait délibérément menti sur le coût du congrès, qu’il évalua fallacieusement à 7 millions USD pour salir cette institution qu’il soupçonnait tout aussi fallacieusement de vouloir mettre en accusation le président de la République ? », s’est-il interrogé.
JN

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