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BANQUES : BCDC dans l’escarcelle d’Equity Bank ?

Equity Group Holding (EGH), a annoncé, lundi 9 septembre 2019, que des discussions étaient en cours pour le rachat par elle de la Banque Commerciale du Congo (BCDC).
EGH fusionnerait les activités de sa filiale bancaire existante en RDC, Equity Bank Congo, avec celles de la vénérable institution présente en RDC depuis 1909.
Naturellement, la Banque centrale du Congo (BCC) suit de près cette OPA en gestation car l’Etat a de substantiels revenus à y engranger. Pour l’exercice 2019, la BCDC devait verser au Trésor au moins 1.686. 300.000 FC, soit 964.812,90 USD au titre de dividendes des entreprises d’économie mixte. «En acquérant la BCDC, Equity Group Holdings Plc pourra étendre sa présence en Afrique. En outre, par le biais de la transaction proposée, EGH vise à fournir un accès à des services financiers compétitifs et adaptés, afin d’améliorer la vie et les moyens de subsistance des populations, tout en apportant une valeur significative à ses parties prenantes. La transaction proposée est l’occasion pour EGH de concrétiser sa vision de bâtir la première institution financière d’Afrique subsaharienne, en fournissant des produits et services innovants à ses clients, notamment par l’utilisation efficace de la technologie », peut-on lire dans le communiqué d’EGH.
Comment en est-on arrivé là? La BCDC est une des banques dans laquelle l’Etat rd congolais dispose d’intérêts considérables. Tout en étant président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku y représentait l’Etat en tant qu’administrateur. Il y a encore quelques jours, le numéro un d’EGH avait fait le déplacement de Kinshasa. Il a été reçu par le chef de l’Etat.
La banque kenyane monte en effet en puissance dans le pays de Lumumba où elle avait déjà ravi à BGFIbank la paie des agents de la présidence de la République, par exemple. Quant à la BCDC qui jouit du titre de « banque de référence» en RDC depuis plus d’un siècle, elle a réalisé au 31 décembre 2017 un total bilantaire équivalent à 730 millions USD et un résultat net après impôts de 8,3 millions USD. Elle est notamment présente dans le Grand Katanga, dans les zones minières de Kolwezi, Likasi et Fungurume.
Les Kenyans dont les performances en matière bancaire sont de notoriété internationale depuis plusieurs années, ont misé gros. Mi-2016, lorsque la défunte Banque Internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC) a fait faillite dans une confusion généralisée, des sources au sein de sa direction citaient les Kenyans d’Equity Bank parmi les repreneurs potentiels. On les préférait en effet à une nébuleuse chinoise qui affichait nettement ses prétentions à la reprise de la banque du boulevard du 30 juin, à côté de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS).
Il y a deux ans, les rapports entre le DG de la BCDC, Yves Cuypers, et l’Etat via l’alors conseiller Spécial anti-corruption de Joseph Kabila, Luzolo Bambi, étaient des plus orageux, Luzolo soupçonnant certaines banques commerciales d’être mêlées dans des opérations de blanchiment des capitaux dont il chiffrait le préjudice pour l’Etat à des milliards USD. « […] Il est regrettable que votre attitude frise l’arrogance et le mépris à une institution de la République au point de vous permettre d’inviter les banques à se rebeller contre l’exécution d’une Ordonnance présidentielle à laquelle vous opposez des notes circulaires du Procureur Général de la République avec une interprétation biaisée», déplorait Luzolo Bambi, dans une correspondance vitriole datée du 31 août 2017 adressée à Yves Cuypers, président de l’Association Congolaise des Banques. «Je vous invite une ultime fois à lire utilement les instruments juridiques sus-indiqués pour ne plus induire les membres de votre Association dans une abstention coupable et dans une obstruction délibérée aux enquêtes à l’occasion imminente des nouvelles missions d’investigations. Vous aurez ainsi été prévenu», ajoutait l’ancien ministre de la Justice.
Il y a peu, alors que la BCDC requinquait sa représentation de Lubumbashi, son PCA, Pascal Kinduelo Lumbu, un vieux routier du secteur, confiait que les banques étaient entrées dans l’ère d’un marketing proactif et du déploiement des offres de produits et services spécifiquement adaptées aux segments de clientèle pour lesquels elles adoptent de nouvelles démarches commerciales. «Il y a une dizaine d’années, le secteur de la banque a entamé sa mue et le processus est irréversible. Et que les banques qui ne parviendront pas à suivre le mouvement ou qui ne s’adapteront pas aux nouveaux besoins du marché sont appelées à disparaître», avait-il déclaré en la circonstance.
Mise en garde ou prémonition ?
Nous y reviendrons.
PLM

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