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APPEL A L’UNION SACREE DE FATSHI : Les raisons de se méfier

Au-delà du sentiment contrasté de psychose et de surexcitation qui a précédé l’adresse à la nation le 23 octobre 2020 du chef de l’Etat, Félix Tshisekedi appelant à une union sacrée de la Nation afin de refonder l’action gouvernementale, la méfiance et le doute se sont vite emparés de la classe politique congolaise tant l’inspirateur du jeu et son acteur a créé plus de problèmes que de solutions à ses partenaires au cours de ces 2 dernières années. Après quelques violations intentionnelles de la constitution et des lois de la République, l’opinion n’est pas prête à oublier les voltes-face du président Tshisekedi sur les accords de Genève en 2018 lorsqu’il renia sa signature quelques heures seulement après l’avoir apposée pour s’engager dans une alliance de circonstance signée quelques jours plus tard à Naïrobi avec l’UNC de Vital Kamerhe. Il va remporter la présidentielle en 2018 avant de jeter son principal allié Kamerhe en prison pour une sentence de 20 ans sans oublier son dernier accord de GLM à Kinshasa signé avec son prédécesseur Joseph Kabila dont il veut maintenant s’affranchir alors que la force du nombre ne lui laisse aucune chance tant le souverain primaire a, dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, octroyé la majorité présidentielle à Fatshi et attribué sans équivoque la majorité parlementaire à JKK, les condamnant tous les 2 dès 2018 à travailler ensemble dans une union sacrée de la Nation, FCC- CACH.
En effet, d’un ton ferme, le chef de l’Etat a annoncé qu’il allait entamer une série de contacts visant à consulter les leaders politiques et sociaux les plus représentatifs, afin de recueillir leurs opinions à l’effet de créer une union sacrée de la Nation. Le président de la République dit avoir pris cette décision après avoir constaté des divergences persistantes entre les signataires de l’accord de coalition FCC-CACH. Ces divergences portent notamment sur les questions relatives à la paix et à la sécurité nationale, à la CENI, à la gestion du portefeuille de l’Etat, à la territoriale, à la diplomatie, à l’indépendance de la justice et à l’instauration de l’état de droit, qui sont un enjeu majeur pour la Nation.
Alors que la classe politique se répand en conjectures sur la main tendue de Fatshi, le professeur de droit Banza Malale de l’Université de Lubumbashi qui, après avoir descrypté le récent message du chef de l’État à la nation, alerte sur le fait que «le président Félix Tshisekedi ne respecte ni la Constitution, ni les lois, ni les accords qu’il signe». A cet égard, il dit ne pas comprendre pourquoi le président s’évertue à accuser le FCC alors qu’il accédé au pouvoir dans le cadre de l’alliance avec cette même plateforme politique. «Tout en étant dans une alliance fondée sur l’esprit et la lettre que l’on appelle convention, le chef de l’État veut en quelque sorte jouir d’un pouvoir sans respecter les moyens par lesquels il y a accédé. C’est ça la grande faute», déplore-t-il en soulignant la facilité avec laquelle le chef de l’Etat viole la Constitution en faisant usage de biceps pour affirmer son leadership. «Vous l’avez vu, le président a parlé sur un ton inhabituel. Il a gesticulé comme ceux des combattants qui ruent sur les brancards et sont prêts à casser, brûler, détruire et donner des coups de poings pourvu que leurs intérêts triomphent», fait-il remarquer, partageant le point de vue de ceux qui estiment que la RDC est à l’orée d’une nouvelle dictature. Felix Tshisekedi a sonné sans le dire ouvertement la fin de la coalition FCC-CACH cherchant ainsi à mettre à l’épreuve la loyauté de plusieurs leaders du FCC pour «s’acheter» une nouvelle majorité, un exercice politique qui en rappelle un autre selon un membre de la coalition Lamuka pour qui «Tshisekedi a trahi les leaders de Lamuka pour s’offrir les faveurs de Joseph Kabila. Maintenant, il veut trahir Kabila en débauchant les plus enclins à trahir leurs engagements pour une autre majorité. Vraiment pathétique».
Pour Banza, « les sociétaires du FCC doivent savoir qu’ils ont conclu un accord de coalition avec un partenaire qui n’a plus l’amour pour ce partenariat». A son avis, le discours du chef de l’État n’est pas celui qui était attendu. «Je m’attendais à ce qu’il exige la démission du 1er ministre et de son gouvernement ou qu’il annonce sur un coup de tête la dissolution du parlement. Mais, de l’intérieur comme de l’extérieur, on lui a prodigué des conseils de modération. C’est ainsi qu’il a renoncé à cette aventure téméraire aux conséquences imprévisibles», croit-il savoir avant d’ajouter que «face à un président non respectueux de la constitution et des lois de son pays, aucune surprise ne serait la nôtre de le voir dissoudre le parlement hors de toute situation de crise persistante entre celui-ci et le gouvernement ou révoquer le chef du gouvernement alors qu’il n’en a pas le droit».
Pour cet analyste politique, «quiconque va accéder au pouvoir sans consulter Joseph Kabila qui est le chef de la majorité parlementaire ou être en alliance avec lui, n’aura pas de boussole pour conduire la République. Tourner le dos à Kabila, c’est perdre la boussole».
Le professeur regrette que le chef de l’État Félix Tshisekedi soit en train de démonter tout l’héritage qui lui a été légué par son prédécesseur. «Le Congo se constitue en unité grâce aux efforts menés par Joseph Kabila. Mais, on se rend compte que l’actuel chef de l’État est en train de tout démolir», regrette-t-il.
Au chapitre des consultations annoncées, il soutient qu’elles n’ont aucun fondement légal. «Nous sommes dans un État où la Constitution et les lois doivent être respectées. Le président veut s’ériger en formateur ou informateur. Or, cette démarche n’a pas de fondement juridique», explique-t-il. S’agissant de l’avenir de la coalition, Banza Malale fait remarquer que, «dès lors que l’un des partenaires boude de manière aussi évidente, ça ne vaut pas la peine d’évoluer ensemble».
Tout en prônant désormais la cohabitation, il trouve que la solution à l’actuelle crise réside dans l’Accord global et inclusif de Sun City (Afrique du Sud) qui est le soubassement de la constitution en vigueur en RDC.
Le professeur d’université Kikaya Bin Karubi, ancien conseiller de Joseph Kabila a pressenti la dérive actuelle dès que le président de la République avait reçu le 21 octobre 2020 le serment de 3 juges récemment nommés à la Cour constitutionnelle dont c’est la pomme de discorde entre alliés de FCC et CACH. «J’ai peur pour mon Congo où s’installe une dictature tribalo-ethnique vicieuse qui nous plonge dans le chaos», a-t-il écrit sur son compte twitter.
D’aucuns estiment que les consultations entamées par Félix Tshisekedi pour constituer une nouvelle majorité risquent de causer plus de problèmes qu’elles n’en résoudront. A ce propos, l’on rappelle qu’au tout début de la législature en cours, des groupes parlementaires ont été constitués sur base de listes de déclaration d’appartenance de chaque député à la majorité ou à l’opposition à l’Assemblée nationale. Cette configuration a été annexée à l’arrêt de conformité du règlement intérieur rendu par le Cour constitutionnelle en avril 2019 est verrouillée par le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale et on ne voit pas comment le chef de l’Etat réussirait à la renverser sans provoquer une crise majeure.
Croire naïvement que Félix Tshisekedi Tshilombo va se «payer» une nouvelle majorité pour former un gouvernement qui lui permettra de s’adjuger un pouvoir totalitaire est une utopie. Les tambourinaires de sa plateforme qui le lui font croire ne lui rendent pas service, pas plus qu’au pays.
HO.

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