Alors que Kinshasa s’active sur le front diplomatique et que l’opposition non armée était conviée à des consultations régionales au Burundi, une autre réalité, plus brutale est observée au Sud-Kivu. Une offensive des troupes rwandaises soutenues par les renégats congolais de l’AFC/M23 dans le territoire de Fizi menace directement la ville stratégique de Baraka.
Pour plusieurs observateurs avertis, elle s’apparente de plus en plus à une diversion stratégique, un baroud d’honneur d’un mouvement rebelle qui sent venir le temps de l’agonie et cherche à s’imposer à toutes les tables des négociations par le chantage du chaos.
L’isolement politique, moteur de la fuite en avant
L’AFC/M23, soutenu par le Rwanda, se retrouve en effet dans une position très délicate. Cela, du fait que les initiatives de paix se multiplient pendant que le mouvement rebelle semble être le grand absent de ces concertations au moment où les acteurs politiques congolais, y compris l’opposition sont appelés au dialogue. L’appel du président burundais à l’opposition non armée de Kinshasa, en marge des discussions régionales, a sans doute été perçu comme un camouflet par une rébellion qui s’époumonnent à convaincre que c’est uniquement par les armes que l’on peut défendre les intérêts d’une partie de la population.
Coachés par Paul Kagame, un va-t-en-guerre décomplexé, Corneille Nangaa et ses amis sont dans l’impossibilité de respecter les engagements pris dans le cadre des accords d’Addis-Abeba et de Doha. En désespoir de cause, ils s’enfoncent dans une fuite en avant sanguinaire. L’avancée vers Fizi et la menace qui pèse sur Baraka ne constituent pas seulement des conquêtes territoriales. Elle traduit une volonté d’exiger une place dans un processus politique qui semble vouloir se construire sans eux.
En tirant la sonnette d’alarme sur cette progression, le député national sud-kivutien Justin Bitakwira souligne non seulement l’urgence d’une réaction gouvernementale, mais également la portée profondément politique de cette manœuvre.
La spirale des crimes et l’étau de la justice internationale
Cette stratégie du chaos a un coût, et pas seulement humain. Les crimes des renégats pro-rwandais de l’AFC/M23, documentés par plusieurs organisations risquent de leur coûter cher dans un proche avenir devant la justice internationale. En portant plainte contre le Rwanda devant la Cour pénale internationale (CPI), la RDC a ouvert une brèche qui pourrait bien se refermer sur les pâles exécutants de Goma.
En poursuivant les pillages et les tueries alors que son principal soutien fait déjà l’objet d’une procédure judiciaire internationale, l’AFC/M23 joue une partie particulièrement risquée. Les plus chanceux pourront éviter la trappe pendant un temps, mais l’histoire montre que la justice finit souvent par rattraper ceux qui s’affranchissent délibérément des lois. Si le mouvement rebelle persiste à ignorer ses engagements et à poursuivre ses exactions, il est fort prévisible que la justice internationale finisse par s’occuper de son cas, ainsi que de celui de leurs commanditaires.
Baraka et Uvira : les verrous du chantage
S’attaquer à Baraka et à Uvira, ces «verrous de la République» selon Justin Bitakwira, relève d’une stratégie de chantage dont l’objectif est de terroriser Kinshasa, démontrer l’impuissance de l’État et obtenir par la force ce qui n’a pu être obtenu par la négociation. Mais cette stratégie du pire expose les populations civiles à des souffrances atroces, comme en témoignent l’inaccessibilité des zones sinistrées et le retrait partiel des organisations humanitaires.
Le gouvernement central se retrouve ainsi face à un dilemme. D’un côté, céder au chantage ou, de l’autre, réagir avec fermeté. Laisser l’AFC/M23 dicter l’agenda par la violence constituerait un aveu de faiblesse. Une réaction vigoureuse s’impose, non seulement pour protéger les populations, mais aussi pour réaffirmer la souveraineté de l’État et adresser un message clair aux groupes armés ainsi qu’à leurs soutiens : force restera toujours à l’État.
FIDEL SONGO