Près de neuf ans après le conflit Kamuina Nsapu, les cicatrices de cette guerre restent ancrées dans la mémoire collective de l’espace kasaïen. Le retour de la paix n’y a rien fait, nombre de familles porte encore le poids du deuil et des traumatismes causés par ces violences qui ont endeuillé cette partie du pays entre 2016 et 2017.
On denombre en fait 5.000 morts, selon les Nations unies, des milliers d’autres personnes ayant été déplacées, blessées ou victimes de graves violations des droits humains. Mais, des présumés auteurs de ces exactions n’ont toujours pas été jugés, dénoncent les organisations de victimes.
Lorsque vers 2016, les violences ont éclaté dans plusieurs provinces du Grand Kasaï, les populations civiles ont été particulièrement touchées par les affrontements, victimes des exécutions sommaires, de violences sexuelles, destructions de villages et infrastructures.
Aujourd’hui encore, les survivants peinent à tourner la page.
«Notre maison a été incendiée et notre mère tuée. Ce drame a tellement affecté notre père qu’il a développé de l’hypertension et est décédé quelques mois plus tard», témoigne un habitant de Tshikapa.
Des récits similaires sont entendus dans le grand Kasaï.
Honneur aux victimes
Solidaire des familles des victimes, l’Association nationale des victimes du Congo (ANVC) / Kasaï, a organisé les 3 et 4 juillet à Tshikapa deux journées de commémoration dédiées aux victimes du conflit, avec l’appui du Fonds national de réparation des victimes de violences liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV).
Placée sous le thème «Mémoire, vérité, justice et réconciliation», la manifestation visait à rendre hommage aux personnes disparues tout en sensibilisant les autorités sur la nécessité d’accélérer le processus de justice et de réparation.
Plaidoyer pour la reconnaissance des victimes
Pour l’ANVC, la reconstruction des communautés affectées passe nécessairement par la reconnaissance de la souffrance des victimes et de leurs familles.
«Nous menons un plaidoyer auprès du gouvernement et des partenaires en faveur des personnes qui ont perdu la vie dans ces violences», explique Franck Tshilomba, coordonnateur provincial de l’ANVC pour qui, les victimes ont besoin d’un accompagnement matériel et psychologique ainsi que d’une reconnaissance officielle des préjudices subis.
Au-delà, les associations de victimes estiment que la réconciliation durable ne pourra être atteinte sans l’établissement de la vérité sur les faits commis durant le conflit.
Elles demandent aux autorités judiciaires d’identifier, poursuivre et condamner les auteurs de ces crimes.
Pour les familles des disparus, la justice demeure une étape essentielle pour refermer les blessures du passé et construire une paix durable dans la région.
La Cour militaire de l’ex-Kasaï-Occidental a condamné, lundi 15 octobre 2024, trois miliciens Kamuina Nsapu à des peines allant de 10, 15 et 20 ans de servitude pénale principale pour des actes commis lors des violences meurtrières. Dans le cadre de la réparation des victimes, le FONAREV a lancé, en juillet 2025, une vaste opération d’enregistrement et d’identification des victimes dans les provinces touchées par le conflit.
Cependant, plusieurs organisations de la société civile estiment que les réparations effectives (indemnisation, réhabilitation des victimes et reconstruction des communautés) tardent encore à se matérialiser pleinement.
Pascal Lookolo