Par-delà les discours, une vérité s’impose : l’Afrique est entrée dans l’ère des minéraux critiques et donc dans celle de la puissance.
Lors du dernier Mining Indaba au Cap, tenu du 9 au 12 février à Cape Town, une convergence rare s’est opérée entre géologues, ministres, industriels et investisseurs. Tous ont parlé de la même chose, avec des mots différents : le futur de l’Afrique se joue désormais dans ses sols, mais surtout dans ses corridors.
Et c’est précisément cette réalité que Expobeton, Salon des villes, corridors et zones économiques spéciales avait anticipée bien avant que le monde ne la formule.
Les “minéraux critiques” : une nouvelle arme stratégique
Pourquoi parle-t-on aujourd’hui de minéraux critiques et non plus simplement de minerais ?
Parce que ces métaux cuivre, cobalt, lithium, manganèse, nickel, graphite, terres rares sont devenus les fondations physiques de la transition énergétique, du numérique et de la défense.
À l’Indaba, la grille de lecture était claire :
• Aux États-Unis, les minéraux critiques sont un enjeu de sécurité nationale (batteries militaires, semi-conducteurs, défense).
• En Asie, ils sont la clé du leadership technologique (véhicules électriques, IA, stockage d’énergie).
• En Europe, ils structurent la chaîne du commerce industriel et de la transition climatique.
Et l’Afrique ?
Elle est la principale réserve mondiale. Mais trop souvent encore, la dernière roue de la chaîne de valeur.
L’Afrique : paradoxe d’un continent riche mais sous-équipé
L’un des messages les plus puissants de l’Indaba a été presque invisible :
l’Afrique est la région où l’urbanisation et la croissance démographique sont les plus rapides, mais où la consommation de ciment, d’acier et de métaux est la plus faible.
Un continent qui va construire des centaines de millions de logements, de routes, de ponts, de réseaux électriques et de villes… mais qui continue à exporter ses minerais pour ensuite importer le béton, l’acier et les équipements à prix fort.
Chaque cargo de cuivre ou de fer qui quitte l’Afrique sans être transformé est une inflation future pour les États africains.
Les corridors : la vraie bataille
C’est là que la notion de corridors logistiques prend une dimension politique et industrielle.
À l’Indaba, une idée a dominé : Les corridors ne servent pas seulement à exporter vers l’Europe ou la Chine. Ils doivent relier les pays africains entre eux.Le transport du cuivre et du cobalt vers la Zambie, l’Angola, la Tanzanie, la Namibie et l’Afrique du Sud, ainsi que celui du fer vers le Gabon, le Soudan du Sud, l’Ouganda et le Kenya, constitue l’un des véritables enjeux stratégiques.
Et dans ce jeu, le corridor de Lobito change tout.
Lobito : le premier axe Est–Ouest de l’Afrique industrielle.
Pour la première fois dans l’histoire moderne du continent, un corridor structurant traverse l’Afrique d’Est en Ouest.
De la RDC et la Zambie jusqu’au port angolais de Lobito, ce couloir n’est pas une ligne de chemin de fer.
C’est une épine dorsale industrielle.
Il permet :
• La circulation des minerais;
• Leur transformation régionale;
• L’exportation de produits semi-finis et finis;
• Et surtout : la construction de marchés africains intégrés.
Le succès du corridor Lobito–Dar-es-Salaam, de ses maillages vers les zones de production agricoles et minières, ainsi que de ses villes et pôles urbains en RDC et dans tous les pays qu’il traversera, constituera le véritable test de la coopération africaine.
Le ministre sud-africain des Mines et du Pétrole, Gwede Mantashe, hôte d’Indaba, l’a dit sans détour : L’Afrique est la plus grande réserve mondiale de minerais. Elle peut désormais compter sur l’Afrique du Sud pour apporter technologie, ingénierie, financement et expérience.
De son côté, le ministre congolais des Mines, Louis Watum Kabamba, a insisté sur un point fondamental : les accords avec les États-Unis autour des minerais critiques ne sont pas un simple flux vers l’Amérique, mais doivent créer des filières industrielles locales.
C’est pourquoi la RDC lance des projets structurants, notamment dans le fer, le ciment et le béton.
Car on ne bâtit pas un pays avec des minerais bruts, mais avec des infrastructures.
Les industriels ont compris: la chaîne de valeur est en Afrique.
Le ministre congolais des ressources hydrauliques Aimé Sakombi Molendo a pour sa part rassuré les participants sur la détermination de la RDC à s’investir pour accroître l’offre d’énergie électrique en faveur de l’industrie minière.
Même les grands groupes internationaux l’admettent.
Marie-Chantal Kanyinda, directrice générale de Glencore, a déclaré à cet effet que les majors de l’industrie minière sont ouverts à tous nouveaux partenariats, dans l’exploration, la production, la transformation et la logistique. Autrement dit : les investisseurs ne cherchent plus seulement des mines. Ils cherchent des écosystèmes.
Les liaisons entre sites miniers et infrastructures de transformation en Afrique ou hors du continent prennent également toute leur importance. D’où la présence à Cape Town d’une forte délégation de Lignes Maritimes Congolaises, SA. Conduite par son PCA, l’honorable Lambert Mende Omalanga, cette délégation comprenait également la directrice générale a.i. Gisèle Mbwasiem et des experts. LMC,SA s’est chargée d’informer les opérateurs du secteur minier premier fournisseur de l’aliment aux transporteurs maritimes de l’acquisition en cours de navires pour sa flotte. LMC,SA a fait part à ses interlocuteurs de son souci de récupérer pleinement ses attributions d’armement d’État et sa place dans le commerce extérieur congolais par voie de mer.
JN