La relance annoncée du dialogue politique en RDC met une nouvelle fois en lumière les fractures profondes au sein de la classe politique nationale. Si l’initiative est présentée par les autorités comme une tentative de rassemblement face aux défis sécuritaires et institutionnels du pays, elle se heurte à une opposition, plus prompte à jeter l’anathème qu’à proposer des alternatives.
À peine évoqué, le dialogue a été critiqué par une partie de l’opposition, qui y voit une manœuvre politique sans même attendre la clarification de son format, de ses objectifs ou de ses mécanismes. Cette posture de refus catégorique, devenue récurrente dans le paysage politique congolais, soulève des interrogations quant à la capacité de l’opposition à offrir une alternative constructive dans un contexte national pourtant critique. Alors que le pays fait face à une insécurité persistante, à des tensions sociales et à des défis de gouvernance majeurs, le rejet de principe de tout cadre de concertation apparaît, pour certains analystes, comme une stratégie d’obstruction politique davantage que comme une position fondée sur l’intérêt général.
Absence de propositions concrètes
Au-delà des déclarations de méfiance, peu de voix au sein de l’opposition avancent des solutions claires et structurées pour répondre aux crises actuelles. La critique du dialogue n’est que rarement accompagnée de propositions alternatives crédibles, laissant l’impression d’un discours davantage axé sur le rejet que sur la construction. Cette attitude alimente le sentiment, au sein d’une partie de l’opinion publique, que l’opposition peine à se détacher des logiques politiciennes, préférant capitaliser sur la contestation plutôt que de s’engager dans un processus susceptible de produire des compromis, même imparfaits.
Dialogue ou immobilisme ?
Certes, le scepticisme vis-à-vis des dialogues politiques passés, souvent critiqués pour leurs résultats limités, reste compréhensible. Mais refuser toute tentative de concertation revient aussi à entretenir l’immobilisme, dans un pays où l’urgence sécuritaire et sociale exige des réponses collectives. Pour de nombreux observateurs, l’enjeu n’est pas tant l’existence du dialogue que sa qualité, son inclusivité et sa sincérité. En se tenant à l’écart, l’opposition risque de s’exclure elle-même d’un cadre où se discuteront des décisions structurantes, laissant le champ libre aux autres acteurs.
Dans un contexte national fragile, la responsabilité des forces politiques, majorité comme opposition, est engagée. Le dialogue ne saurait être un blanc-seing pour le pouvoir, mais son rejet systématique pose la question du rôle réel que l’opposition entend jouer dans la construction de solutions durables pour la RDC. Entre vigilance démocratique et refus stérile, la frontière est parfois mince. À l’heure où la population aspire avant tout à la paix, à la sécurité et à l’amélioration de ses conditions de vie, le débat sur le dialogue révèle moins une divergence de principes qu’un déficit de volonté de compromis.
José Mbembo