Le Maximum

Informations générales

Notification Voir plus d\\\'articles
Font ResizerAa
  • POLITIQUE
  • ECONOMIE
  • SOCIÉTÉ
  • SPORT
  • MONDE
  • PROVINCES
  • COURRIER DES LECTEURS

Le Maximum

Informations générales

Font ResizerAa
Search
  • POLITIQUE
  • ECONOMIE
  • SOCIÉTÉ
  • SPORT
  • MONDE
  • PROVINCES
  • COURRIER DES LECTEURS
Suivez nous
Le Maximum > Blog > A la une > Dernier match, dernière piste: (Eloges à Michel Kuka Mboladinga alias Lumumba Véa)
A la une

Dernier match, dernière piste: (Eloges à Michel Kuka Mboladinga alias Lumumba Véa)

LE MAXIMUM
LE MAXIMUM
Partagez
17 lecture minimale
Partagez

En ce début de l’année 2026, Le Maximum met à la disposition de ses lecteurs cet extrait de l’ouvrage de “La route intérieure du fleuve” du réalisateur et scénariste Balufu Bakupa-Kanyinda, directeur général du Centre Culturel de l’Afrique Centrale (CCAC) de Kinshasa. C’est une ode au jeune Michel Kuka Mboladinga, le sosie de Patrice-Emery Lumumba qui a ramené à la surface le souvenir de ce martyr emblématique de l’indépendance assassiné le 17 janvier 1961 à Élisabethville (Lubumbashi)dans l’actuelle province du Haut-Katanga.

Ce début de janvier, c’est dans la maison du Boulevard Patrice Lumumba, à Muanda — cette adresse posée comme un point d’arrêt imposé au bout de la route intérieure du fleuve — que je regarde un match qui se joue au Maroc.
Je suis au bout du fleuve, là où l’eau douce hésite avant de se livrer au sel. Sur l’écran défile dans un stade de Rabat, autre seuil, autre croisement d’histoires africaines. Deux géographies se regardent sans se voir : Muanda et Rabat ; l’embouchure du Congo et l’enceinte sportive, la mémoire lourde et la ferveur immédiate. La maison est calme. Elle respire au rythme de l’océan Atlantique tout proche. Rien ne fait allusion à l’événement sportif, sinon l’écran allumé, discret, presque intrus dans ce lieu de veille. Pourtant, tout se relie. Le football ici est pris dans la mémoire et s’y inscrit en lettres indélébiles. Le match qui se joue à Rabat se joue aussi dans la maison du Boulevard Patrice Lumumba de Muanda, de même que dans les tribunes, les médias radiotélévisés et, aussi, dans la réminiscence historique qui remonte à marée haute.
Le nom de Lumumba, le père martyrisé de l’indépendance congolaise, porté par le boulevard sur lequel se trouve la maison, circule silencieusement pendant que le ballon roule sur la pelouse. Rien n’est dit, mais tout est là. Le match devient un écho lointain, une vibration contemporaine dans un lieu saturé de passé. À Muanda comme à Rabat, le temps ne s’interrompt pas, il superpose. Le présent ne chasse pas l’histoire, il la traverse.
Muanda ne regarde pas le match, elle l’absorbe, l’écoute, le renvoie au fleuve, comme tout ce qui traverse son seuil.
De mon fauteuil, je comprends que je ne regarde pas seulement un match. J’assiste à une scène africaine élargie, où les gradins, les cris, les drapeaux et les corps en mouvement réactivent, sans le savoir, des lignes profondes de solidarité, de fracture et de mémoire. Le stade devient une autre embouchure. La liturgie footballistique, une autre langue pour dire l’histoire.
Au bout de la route intérieure du fleuve, la vie continue à dérouler son interminable fil. Je mesure combien chaque geste contemporain, même anodin, dialogue encore avec les ombres fondatrices. Ce match du 6 janvier entre la RDC et l’Algérie transcende le sport. C’est aussi, de manière souterraine, un affrontement symbolique entre le Maroc et l’Algérie à coups de mémoires entremêlées, de fidélités anciennes et de fractures contemporaines.
Au-dessus de tout cela, dans les gradins, un jeune homme debout rappelle que l’histoire africaine ne se refermera jamais.
Dans le stade Moulay Hassan de Rabat, lorsque le Congo affronte l’Algérie, le soutien massif du public marocain à la RDC ne procède pas du seul souvenir officiel de l’amitié entre le roi Mohammed V et le 1er ministre Patrice-Emery Lumumba. Il relève d’une géopolitique immédiate entre ces deux pays du Maghreb. Le soutien massif des Marocains pour les Léopards n’était pas tant un appui au Congo qu’un pied de nez à l’Algérie, puissance rivale.
Mais au-delà de ce calcul, les dieux ont été généreux avec l’Afrique en ne permettant pas que l’Algérie affronte le Maroc. Cela aurait dégénéré en une guerre qui serait allée plus loin que la pelouse d’un stade, dans les gradins, les médias et peut-être plus. Une confrontation dont le seul arbitre possible aurait été Patrice-Emery Lumumba, debout, en silence et sans protocole dans les tribunes dans une posture émouvante ; une apparition involontairement artistique, quasi miraculeuse pour les nombreux souverainistes congolais.
Michel Kuka Mboladinga qui se dresse de manière insolite sur un piédestal de la tribune du stade, mettant à profit sa ressemblance physique avec le leader indépendantiste congolais assassiné le 17 janvier 1961, ne crie pas, ne gesticule pas. Il se tient droit et souverain, comme la statue du commandeur. Par ce corps longiligne, Lumumba revient. Il traverse les écrans, envahit les conversations, réveille les consciences. Dans l’enceinte du football, là où tout est censé se dissoudre dans l’instant, une mémoire s’impose, irréfutable, debout.
Ce « Lumumba debout » n’est pas né dans les stades marocains. Il existe depuis des années dans les gradins des stades de Kinshasa, lors des matchs des Léopards ou de Vita Club où ‘’Lumumba Véa’’, performeur et supporter-animateur, se faisait fort d’incarner la figure légendaire de Patrice-Emery Lumumba. Corps offert à la mémoire, bras levé, présence immobile dans le tumulte. Les médias congolais n’y ont jamais prêté attention. Leur économie reposant sur la commande de quiconque paie pour être vu n’est pas celle de la quête de sens ni de l’enquête patiente. Trop libre, trop évident, trop ‘’politique’’ pour un système médiatique habitué à ne diffuser que ce qu’on lui demande, Lumumba Véa n’entrait pas dans cette logique. Il n’était pas rentable. Il aura fallu qu’il traverse la frontière, qu’il soit capté par les caméras internationales pour que le message soit entendu. 
Par le geste sobre de Michel Kuka Mboladinga, alias Lumumba Véa, c’est la République Démocratique du Congo toute entière qui se lève et dresse ses fronts trop longtemps courbés. Ce n’est pas du folklore pour touriste. C’est un signe, un message pathétique adressé à la mère Afrique accusée de négliger l’unité tant proclamée mais souvent trahie, de banaliser les blessures infligées notamment par des Africains à d’autres ainsi que les querelles internes comme celle entre la CEDEAO et l’AES et de se montrer complaisant à l’égard de dirigeants comme le Rwandais Paul Kagame qui étrenne sans complexe le manteau de factotum stipendié de ceux qui tiennent à la balkanisation du Congo pour s’emparer de ses ressources. Une interpellation de l’Union Africaine qui brille par son vide stratégique et son impuissance. Mais aussi un message au monde : le Congo de Lumumba n’est ni effacé ni résigné.
Que cette image ait circulé sur tous les écrans de la planète n’est pas un hasard. Elle a trouvé le lieu qui lui convenait : le football, un espace de passions collectives mettant ensemble 54 pays d’Afrique, des corps rassemblés et se trémoussant dans l’exultation des performances des jeunes athlètes.
On croyait ne parler que football mais c’est la mémoire de l’histoire chahutée du Congo qui est entrée par une effraction unanimement saluée. Elle s’est imposée par la simple verticalité d’un corps. Ce Lumumba debout, bras levé, comme s’il donnait des injonctions au soleil, n’annonce pas le passé. Il proclame le Congo à venir : un État rétabli dans sa pleine souveraineté, conscient de lui-même, réconcilié avec sa dignité. Dans le stade marocain, consacré au jeu, à l’instant et à la victoire immédiate, une autre temporalité s’est imposée. Un instant, le Maroc dont Mohamed V, le grand-père du souverain actuel, fut un ardent soutien de l’immortel héros congolais et l’Algérie qui a, à travers l’alors président Houari Boumediene, « vengé » Lumumba en neutralisant Moïse Tshombe le 29 juin 1969, se sont retrouvés d’accord.
La mémoire a fait irruption là où on ne l’attendait pas. Cet homme debout parle à plusieurs interlocuteurs à la fois. Aux joueurs congolais il dit : « Lumumba est là, il vous regarde, il vous guide ». Au peuple congolais, il rappelle que le salut a un visage et un nom : le souverainisme dont Patrice-Emery Lumumba a été le héraut flamboyant. À l’Afrique, il affirme que la libération et la dignité ont une figure commune, reconnue par les peuples bien au-delà des États. Au monde enfin, et surtout à ceux qui planifient et financent la balkanisation du Congo, il dit que le néocolonialisme qui n’a pas muselé Lumumba ne pourra jamais prospérer dans ce pays. En dépit de son mutisme, Lumumba Véa parle éloquemment dans toutes les langues. Il indique la voie à suivre. Le geste physique devient une geste.
En l’espèce, l’art engagé ne s’ajoute pas à l’histoire : il en surgit, comme une crue. La performance n’est plus une forme ; elle est un événement de vérité. Un corps se dresse, un bras se lève. Et soudain, le geste cesse d’appartenir à celui qui l’accomplit. Il devient un acte fondateur, transmissible, irréductible. Ce n’est pas une attitude : c’est une cristallisation. La dignité, la résistance, la prophétie tragique d’un homme confronté à la violence coloniale et à son avenir de martyr sont concentrés dans un seul axe du corps. Le geste ne décrit pas la lutte ; il est la lutte. Alors le corps devient sculpture vivante. Non pas une sculpture destinée à durer dans la pierre, mais une forme brûlante, éphémère, qui s’imprime dans la mémoire collective avec une inégalable intensité. Le port de tête, la verticalité, la fixité souveraine : tout cela compose une image qui se grave plus profondément que n’importe quelle statue.
Cette posture hiératique de Michel Kuka Mboladinga alias Lumumba Véa relève d’une performance de vérité. Rien n’est joué. Rien n’est feint. La vie, soumise à une pression historique extrême, atteint une intensité telle qu’elle devient forme. L’art n’imite pas le réel : il advient quand le réel, poussé à son point de rupture, devient lisible, transmissible, irréfutable. Sans décor. Sans artifice. Sans filet. Une performance, au sens noble, est ici un acte où le corps devient territoire. Un territoire disputé, exposé, traversé par les forces du pouvoir et du refus.
C’est le lieu où l’histoire se projette, se rejoue. Un acte où le présent dialogue avec l’histoire qui s’inscrit dans une lignée invisible de résistances et se projette comme icône pour un avenir qui n’est pas encore né. Le fleuve ne coule pas seulement vers l’océan. Il remonte vers sa source. L’enjeu n’est pas esthétique, mais vital. Politique. Existentiel. La scène peut devenir l’échafaud. C’est ce danger, cette exposition sans garantie de retour, qui confère à la performance sa noblesse tragique. Le geste est irréversible. C’est un anti-enterrement qui empêche le silence de refermer la terre sur la parole et transforme la douleur en héritage actif, une résistance mnésique et politique.
Le surgissement inattendu de ce Lumumba debout au cœur des tribunes marocaines, c’est le rappel sans parole d’une tragédie survenue soixante-cinq ans plus tôt.
Muanda est une boucle cosmogonique. Un seuil inversé. À la fois embouchure et retour. Flux et reflux d’un Congo qui refuse le diktat de l’Atlantique et la comptabilité macabre de ses millions de morts. Lieu de tous les départs définitifs et de tous les retours. C’est par cette côte que sont partis les navires négriers, chargés d’une humanité arrachée à elle-même. C’est par cette même ligne d’eau qu’ont pénétré les canonnières, les marchands et les administrateurs coloniaux. Et c’est vers cette embouchure que regardait Patrice-Emery Lumumba lorsqu’il parlait de l’accès du Congo à la mer, ultime figure d’une souveraineté à préserver.
Ici, l’histoire s’était écrit à l’envers. Le 30 juin 1960, le Congo proclame son indépendance. Patrice Lumumba, premier 1er ministre démocratiquement élu du nouvel État, prononce à Léopoldville un mémorable discours de rupture, de vérité crue, qui brise le rituel colonial et expose au monde le brutalisme de la domination belge. Ce jour-là, le Congo parle à voix haute. Lumumba qui en est l’oracle talentueux signe son arrêt de mort.
Deux mois plus tard, la crise éclate. Le chaos n’est pas spontané : il est téléguidé. Une mutinerie militaire est provoquée dans la capitale tandis que les provinces riches en minerais, le Katanga et le Sud-Kasaï, soutenues par la Belgique, entraient en sécession. Entre septembre 1960 et janvier 1961, le pays devient le théâtre d’une guerre larvée. Officiellement indépendant, il est en réalité une citadelle assiégée. La Belgique, refusant de perdre sa colonie, multiplie les manœuvres pour garder la main, façonnant des mutineries et des sécessions.
Face à l’embrasement, les Nations-Unies déploient une force armée d’intervention : l’Organisation des Nations unies au Congo, (ONUC).
Dans cette constellation, le Maroc occupe une place singulière. Le roi Mohammed V soutient ouvertement Patrice-Emery Lumumba qu’il avait reçu et décoré à Rabat en février 1960, reconnaissant en lui une figure majeure de l’émancipation africaine. Quelques mois plus tard, Lumumba prononce son discours du 30 juin 1960, ce moment de vérité qui expose la domination coloniale et rompt avec le langage de la soumission.
Malgré les incidents qui avaient émaillé la cérémonie de proclamation de l’indépendance, le Maroc avait envoyé au Congo une importante garnison de son armée, commandée par le général Benhamou El Kettani. Le bataillon marocain est notamment déployé à la base militaire de Kitona.
En septembre 1960, le colonel Joseph Mobutu neutralise Lumumba et le livre aux dirigeants sécessionnistes katangais qui l’assassinent.
Puis vient le 17 janvier 1961. À Kitona, le bataillon marocain est présent. Pourtant, il ne protège pas Patrice Lumumba lorsque celui-ci est extrait de sa cellule. À l’aube, on l’arrache à sa détention. On l’embarque, avec Maurice Mpolo et Joseph Okito, comme un colis humain, pour le conduire à l’aérodrome de Muanda, puis vers le Katanga sécessionniste, où l’attendent ses bourreaux.
Ce jour-là, la protection internationale se dérobe. L’ONUC, pourtant déployée pour garantir l’intégrité territoriale du Congo et la sécurité de ses dirigeants, laisse faire. Les soldats africains, pris dans une chaîne de commandement verrouillée, réduits à l’impuissance politique, assistent sans intervenir à ce transfert fatal. Ce n’est pas seulement un homme que l’on livre. C’est la souveraineté congolaise elle-même que l’on remet entre les mains de ses pires ennemis.
Qu’on se le dise !

Balufu Bakupa-Kanyinda
Avec le Maximum

A propos

Journal d'informations générales paraissant à Kinshasa, en République Démocratique du Congo
Contact: +243 97 20 71 204
Email: administration@lemaximum.cd
 
LE MAXIMUM 15 janvier 2026 15 janvier 2026
Partagez cet article
Facebook Twitter Copy Link Print

Nous suivre

La rédaction vous conseille

RETOUR DE KARMA POUR UN VA-T-EN GUERRE : Débaptisation de la ‘Paul Kagame Road’ à Lilongwe

RECOMPOSITION DE L’ORDRE MONDIAL : Réinventer l’Etat congolais, un must dans un monde en mutation

MISE EN SCENE D’UNE MANIF PRO-RWANDAISE : Uvira : Bisimwa en mode défiance

VICTIMES DE L’INHUMANITE DE KAGAME : L’exil infernal des Congolais

VIOLATION DE L’ACCORD DE WASHINGTON PAR LE RWANDA : Trump tape sur la table

Lire aussi

RETOUR DE KARMA POUR UN VA-T-EN GUERRE : Débaptisation de la ‘Paul Kagame Road’ à Lilongwe

19 janvier 2026
A la une

RECOMPOSITION DE L’ORDRE MONDIAL : Réinventer l’Etat congolais, un must dans un monde en mutation

8 janvier 2026
A la une

MISE EN SCENE D’UNE MANIF PRO-RWANDAISE : Uvira : Bisimwa en mode défiance

18 décembre 2025
A la une

VICTIMES DE L’INHUMANITE DE KAGAME : L’exil infernal des Congolais

18 décembre 2025
  • POLITIQUE
  • ECONOMIE
  • SOCIÉTÉ
  • SPORT
  • MONDE
  • PROVINCES
  • COURRIER DES LECTEURS
Menu
  • POLITIQUE
  • ECONOMIE
  • SOCIÉTÉ
  • SPORT
  • MONDE
  • PROVINCES
  • COURRIER DES LECTEURS

Journal d’informations générales paraissant à Kinshasa, en République Démocratique du Congo.

  • Avenue Njombo, 57 C/Ngiri-ngiri, RD-Congo
  • administration@lemaximum.cd
  • +243 97 20 71 204
Statistiques des visites
  • 565
  • 2 379
  • 38 256
  • 17 654 799
Facebook-f Instagram Twitter Youtube
Welcome Back!

Sign in to your account

Mot de passe perdu?