La prise d’Uvira par les combattants de l’AFC n’est pas un simple fait militaire. C’est un signal politique majeur, un révélateur brutal de l’épuisement stratégique de l’État congolais face à une guerre qu’il continue de gérer comme une suite d’incidents, alors qu’elle est devenue une crise existentielle.
Uvira n’est pas une bourgade périphérique que l’on peut perdre et reconquérir dans l’indifférence. C’est un verrou géostratégique, une porte sur le Burundi, un poumon économique régional, et désormais la nouvelle capitale d’une province déjà meurtrie par la chute de Bukavu. Sa perte marque une rupture psychologique : celle d’un État qui recule, encore, sous les yeux d’une population fatiguée des communiqués et des promesses.
Les limites d’une stratégie à bout de souffle
Depuis des mois, Kinshasa oscille entre deux registres : les armes, sans supériorité décisive ni cohérence opérationnelle durable ; la diplomatie, prolixe, coûteuse, mais inefficace sur le terrain.
Le résultat est implacable : les lignes bougent en faveur des groupes armés, pendant que l’État débat, temporise, consulte. On a testé les offensives mal préparées. On a multiplié les sommets, les médiations, les accords partiels. Et pourtant, la carte de l’Est continue de se redessiner sans Kinshasa.
Ce n’est plus une question de moyens, mais de volonté politique structurée.
Gouvernement de guerre ou gouvernement d’habitude ?
Les appels à un gouvernement de guerre ne sont pas anodins. Ils traduisent une frustration profonde face à un exécutif pléthorique, lent, fragmenté, souvent plus préoccupé par les équilibres politiques internes que par l’urgence nationale.
Un gouvernement de guerre, ce n’est pas un slogan martial.
C’est un exécutif resserré, des ministres évalués sur des résultats mesurables, une chaîne de commandement claire, une économie orientée vers l’effort national, et une communication de vérité envers le peuple.
La RDC est-elle prête à sortir de la gestion politique ordinaire pour entrer dans une économie et une gouvernance de survie nationale ? La question est posée. Et elle dérange.
La dynamique interne : l’option que l’on refuse de regarder
Un acteur de l’opposition le dit sans détour : «Nous avons testé les armes et la diplomatie. Pourquoi ne pas activer la dynamique interne ?»
C’est peut-être là le point le plus lucide du débat actuel. La crise de l’Est n’est pas seulement militaire ou régionale. Elle est aussi le produit d’une fracture interne non résolue : méfiance politique, exclusions, ressentiments, absence de consensus national sur la guerre elle-même.
Un dialogue national sérieux, inclusif mais sans naïveté, pourrait : clarifier les lignes rouges de la République, isoler politiquement les groupes armés, reconstruire une unité nationale minimale autour de la défense du territoire, redonner un sens collectif à l’effort de guerre.
Refuser cette option par peur politique, c’est laisser le champ libre aux kalachnikovs pour continuer à dicter l’agenda.
Le temps des demi-mesures est terminé
Uvira est tombée parce que l’État a trop longtemps hésité entre agir et expliquer.
Or, l’histoire ne pardonne pas aux États qui expliquent pendant que leurs villes tombent.
Le Président de la République est désormais face à un choix clair, presque brutal : soit continuer la gestion incrémentale d’une guerre qui s’étend ; soit assumer un sursaut politique majeur, coûteux, risqué, mais nécessaire.
Dans les guerres de dislocation nationale, l’indécision est toujours un allié de l’ennemi. Uvira ne demande pas des discours.
Elle exige une rupture
Chronique de CLBB