Un acteur politique de la RDC, Roger Lumbala Tshitenga, passera devant ses juges parisiens le 12 novembre prochain. Natif de Mweka, l’homme de 67 ans se fait connaître de l’opinion en tant que chef de guerre au début des années ‘2000. Mais le démon de la politique habite cet ancien militant de l’UDPS, dont il est le représentant en France dans les années ‘90, pendant la période de la dictature du Maréchal Mobutu Sese Seko. Aussi est-ce avec quelque surprise qu’on retrouve ce militant d’un parti politique «pacifiste» à la tête d’un mouvement politico-militaire rebelle, le RCD-National (Rassemblement Congolais pour la Démocratie – National), après avoir fourbi ses armes dans les rangs du tristement célèbre RCD-Goma soutenu par Kigali.
Seulement, de compétences militaires, Roger Lumbala et son RCD-N n’en ont jamais possédé. Ils dépendaient du MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo, soutenu à l’époque par le gouvernement ougandais de Yoweri Museveni. Dans la région du Haut-Uélé comprenant la ville d’Isiro et ses alentours, qui lui est échu, le RCD-N semblait donc gouverner pour le compte de l’ancien mobutiste alors en rébellion armée contre les Kabila Père et Fils.
Raid sur Mambassa
C’est une campagne militaire lancée contre les territoires occupés par un autre mouvement politico-militaire, le RCD-K-ML (Rassemblement congolais pour la démocratie-Kisangani-Mouvement de libération) d’Antipas Mbusa Nyamwisi, qui propulse Lumbala et sa bande sur le devant de la scène. Mambassa, un territoire de l’Ituri situé sur la route de Beni-Butembo, est attaqué par les rebelles du MLC conduits par Ramsès Widdy Massamba et Constant Ndima. Les 25.000 habitants de la bourgade subissent des pillages en règle au cours de deux attaques demeurées mémorables en Octobre 2002. Mais l’opération surnommée «Effacer le tableau» ne se limite pas à ces faits extra-armes. Des pygmées installés dans la forêt riveraine de Mambassa, ciblés par les rebelles, désertent leurs hameaux et s’abritent à Beni, plusieurs km plus loin. Ils ont été victimes de violences et de cannibalisme, rapportent-ils. L’affaire fait le tour du monde : les rebelles de Jean-Pierre Bemba et Roger Lumbala ont tué et consommé de la viande de pygmées, révèlent-on en janvier 2003. Mais le dialogue intercongolais de Sun City pointe à l’horizon, et les priorités de l’heure sont plutôt au retour de la paix en RDC, pas au sort de quelques pygmées de Mambassa.
Roitelet d’Isiro gratifié
A l’issue du dialogue du pays de Nelson Mandela, Roger Lumbala, comme tous ses compères rebelles, sont gratifiés de strapontins ministériels. L’ancien roitelet d’Isiro se retrouve à la tête du ministère du Commerce extérieur sous le gouvernement dit de 1 plus 4 formé en avril 2003. Aux élections de 2006, il se présente à la fois à la présidentielle et à la députation nationale dans la circonscription électorale de Miabi au Kasai-Oriental où il se fait élire. Ses «affaires politiques» se portent plutôt bien, puisque l’ancien chef de guerre reconvertit est également sénateur. Mais pas pour longtemps.
En 2011, la descente aux enfers commence pour Roger Lumbala. L’homme se rappelle à ses premiers amours et crée le SET (Soutien à Etienne Tshisekedi) pour soutenir la candidature du lider Maximo de l’UDPS à la présidentielle contre Joseph Kabila. Cela ne lui porte pas chance : à Kinshasa comme à Mbujimayi, ses stations de radio-télévisions sont plastiquées. Dans la ville diamantifère, sa résidence privée est le théâtre d’affrontements à l’arme de guerre, rapporte-t-on. Roger Lumbala disparaît de la circulation avant de trouver refuge à l’ambassade d’Afrique du Sud à Bujumbura.
L’épisode M23
En janvier 2013, l’ancien chef rebelle, ancien ministre, député national et sénateur honoraire est annoncé à Bunagana, dans les rangs du M23 d’aussi triste mémoire que les RCD-Goma quelques années auparavant. Il est propulsé chef de délégation adjoint aux pourparlers entre le mouvement rebelle soutenu par le Rwanda et le gouvernement de Joseph Kabila à Kampala. Mais, cette fois-ci, il n’y a pas de dialogue intercongolais, et le désormais tshisekediste pur-sang est contraint de végéter dans les rangs de l’opposition. Jusqu’en janvier 2021, lorsqu’il est interpellé en France pour «complicité de crimes contre l’humanité» commis en 2002. Le RCD-N et son chef sont accusés d’avoir commis des actes de cannibalisme à Mambassa. En novembre 2023, un juge d’instruction français rend une ordonnance de mise en accusation. Un procès aux assises est ordonné et fixé au 12 novembre 2025. Mambassa tient sa revanche. Les victimes sont soutenues par TRIAL International en collaboration avec la Fondation Clooney pour la justice. Les deux organisations œuvrent en collaboration avec Justice Plus et Minority Rights Group, toutes parties civiles dans ce procès qui s’ouvre dans trois semaines.
Tout n’est pas que théâtre et comédie.
J.N.