La campagne dure depuis un peu plus de deux mois. Félix Tshisekedi et son gouvernement ont engagé une offensive décisive pour faire reconnaître les génocides perpétrés en RDC depuis 30 ans. Principalement dans la partie Est du pays. La célébration de la journée du Génocost, le 2 août dernier, en avait donné le départ, suivie par la soixantième session du Conseil des droits de l’homme, tenue le 7 septembre à Genève.
La RDC de Félix Tshisekedi refuse de laisser s’ensevelir les morts causés par la guerre économique qui sévit au pays depuis trois décennies.Sur cette véritable hécatombe en cours, les statistiques sont sans nul doute provisoires. Le drame se poursuit au jour le jour et les victimes se comptent en millions. Depuis le déclenchement de la première agression rwando-ougando-burundaise en 1996, les estimations oscillent entre 6 et 10 millions des morts que le pays de Lumumba doit aux agressions armées récurrentes sur son territoire, dont le Rwanda de Paul Kagame est le principal responsable.
Plus de 30 ans après, Kinshasa enclenche, enfin une offensive résolue pour la reconnaissance de ses morts.
Du haut de la tribune des Nations-Unies, le 23 septembre 2025 à New York, Félix Tshisekedi a enfoncé le clou en lançant un «appel solennel» pour la reconnaissance d’un «génocide congolais». Le président congolais a demandé aux représentants des différents pays de reconnaître ce drame congolais dénommé «génocost». «J’adresse à cette assemblée un appel solennel : reconnaissez le génocide congolais. Soutenez notre combat pour la vérité et la justice et aidez-nous à bâtir enfin une paix durable au cœur de l’Afrique», avait-il déclaré. Ajoutant que «la République démocratique du Congo est un pays de vie, de richesse naturelle et de résilience humaine. Nous voulons contribuer à la paix mondiale. Mais la paix mondiale commence par la reconnaissance de notre propre tragédie».
L’appel de New York
Lancé quelques jours seulement après la reconnaissance de l’État de Palestine agressé par Israël par douze nouveaux États, dont la France, la Belgique et la Grande Bretagne, l’offensive pour la reconnaissance des crimes passés et en cours en RDC, formellement documentés par les Nations-Unies, ne pouvait mieux tomber. «Tous les marqueurs d’un projet d’extermination sont réunis (…). Ce n’est pas seulement un conflit, c’est un génocide silencieux qui frappe le peuple congolais depuis plus de trente ans», avait encore martelé le chef de l’État de la RDC. «La communauté internationale a le devoir moral et politique de reconnaître cette tragédie pour ce qu’elle est, un génocide, et d’agir en conséquence. Le silence et l’inaction face à ces crimes s’apparentent à une complicité», avait-il encore martelé.
Trois axes majeurs ont ainsi été proposés pour parvenir à la reconnaissance des crimes commis, principalement par le Rwanda : cartographier les faits en RDC au cours des trente dernières années ; établir l’existence des génocides perpétrés sur le sol congolais à l’aune des critères reconnus par les droits de l’homme et, mettre en place une architecture de justice transitionnelle adaptée à nos réalités, garantissant vérité, poursuites et réparations.
Alors que de nombreuses enquêtes onusiennes font état de possibles crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en train de se commettre en RDC, le président congolais a demandé la mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante pour «établir la vérité, rendre justice aux victimes et rompre le cycle de l’impunité qui nourrit ce drame depuis des décennies». Et aussi, des sanctions contre les auteurs des «crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide commis dans l’Est» du pays.
Mettre toutes les chances de son côté
Pour la toute première fois depuis de nombreuses années de guerres dans la partie Est du pays, le gouvernement congolais affiche ouvertement sa détermination à mettre toutes les chances de son côté pour défendre toutes ces populations martyres d’une barbarie indicible. Y compris en s’ouvrant à son opposition politique.
Jeudi 25 septembre 2025, à New York, Guillaume Ngefa Atokondo, le ministre d’État, ministre de la Justice du gouvernement Suminwa Tuluka s’est entretenu avec l’opposant Denis Mukwege. «Afin d’explorer les moyens de renforcer la lutte contre l’impunité des violences sexuelles, d’améliorer les réponses judiciaires, et de souligner l’urgence de mettre en place un tribunal international pour la RDC», avait expliqué Ngefa dans un posting sur son compte X.
Le 8 septembre 2025 à Genève, en marge de la 60ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le chef de l’État congolais avait déjà lourdement insisté sur la reconnaissance des génocides perpétrés sur le territoire de son pays. «Nous sommes ici pour briser ce silence, lever le voile et appeler à la reconnaissance internationale des génocides perpétrés sur le territoire congolais», avait en substance déclaré Félix Tshisekedi.
Pour le président congolais, dont le gouvernement s’est approprié la campagne en faveur du Genocost, initiée par la société civile en 2022, «notre génération a la responsabilité de rompre le cycle déni-impunité-récidive. Parce que la prévention exige d’abord la nomination des crimes et la reconnaissance des victimes. Aussi, parce que la stabilité de toute une région dépend de la capacité à dire le vrai, à juger le criminel, à réparer l’irréparable et à garantir la non-répétition».
Un mois plutôt, le 2 août 2025 à Kinshasa, le gouvernement congolais avait organisé la commémoration solennelle du Génocost, «un chapitre sombre de notre histoire collective (qui) incarne la destruction massive des vies humaines, de communautés entières, de notre tissu social et de notre souveraineté», selon les termes de Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères. A cette occasion, «il ne peut y avoir de paix véritable sans vérité, de réconciliation durable sans justice. Les victimes ont droit à la mémoire, à la reconnaissance et à la réparation», avait déclaré le président de la République.
J.N.