Les faits se sont déroulés dans la nuit de jeudi à vendredi 12 septembre 2025. Une panne d’électricité de plus de 4 heures a plongé l’aéroport international de N’Djili à Kinshasa dans une obscurité immense. Elle s’est étendue de minuit 24’ à 5 h 20’, selon des témoins. Malheureusement, c’était la fourchette de temps prévue pour l’atterrissage de l’avion présidentiel, de retour d’une mission officielle au Kazakhstan. Emotion et colères rétrospectives dans l’opinion.
L’incident survenu au retour de Félix Tshisekedi d’un voyage au Kazakhstan ne laisse personne indifférent. Plusieurs jours après, les commentaires vont bon train, qui fustigent à tout va le dysfonctionnement attribuable à la Régie des voies aériennes (RVA), l’entreprise publique qui gère les installations aéroportuaires et la navigation aérienne en RDC. Mais aussi la Société nationale d’électricité (SNEL), qui assure la production et la distribution de l’énergie électrique, notamment, à Kinshasa la capitale.
Au-delà de ces deux entreprises d’État, d’aucuns évoquent la responsabilité de leurs tutelles administratives, du ministère des Transports accusé de dilapider les recettes du go-pass et celui de l’Energie qui a la haute main sur la défaillante SNEL, qu’une partie de l’opinion voue aux pires gémonies.
L’aéroport international de N’Djili plongé dans l’obscurité la plus totale, faute d’énergie électrique, le groupe électrogène géant de secours également en panne, le Boeing 737 présidentiel avait dû tourner en rond au-dessus de la région de Kinshasa durant près d’une heure, selon les estimations, attendant une occasion propice pour se poser.
Atterrissage risqué
La tour de contrôle était hors service, tout autant que les radars et les systèmes de balisage lumineux de la piste. C’est à l’aide des phares puissants d’un véhicule anti-incendie appelé à la rescousse pour servir de balisage de la piste que l’avion présidentiel s’est posé. Comme dans un aérodrome du Congo profond.
De nombreux autres vols ont été retardés ou déviés, principalement sur l’aéroport international de Maya-Maya à Brazzaville, à quelques minutes de l’aéroport de N’Djili.
L’incident a plus que scandalisé, et entraîné des sanctions que beaucoup espèrent sévères, contre les responsables de l’incurie. A commencer par les préposés à la tâche de la RVA.
Le commandant de l’aéroport de N’Djili, du reste suspendu, et une trentaine de techniciens ont aussitôt été placés aux arrêts. Et, dès le lendemain de la survenance de l’incident, les responsables de la RVA ont subi le même sort, ont rapporté des sources.
Endettée jusqu’au cou pour longtemps
Le professeur Tryphon Kin Kiey Mulumba, président du Conseil d’administration de l’entreprise publique a annoncé la mise sur pied d’une commission d’enquête chargée d’établir les responsabilités. Ce qui laisse croire que de nouvelles interpellations pourraient s’en suivre. Sans vraiment réussir à apaiser l’opinion. L’affaire paraît bien plus grave et plus complexe.
Selon des sources aéroportuaires, il n’y eût pas que cette incurie technique, cette nuit-là à N’Djili. Des problèmes protocolaires sont également apparus, avec cette absence remarquable du directeur général de la RVA et de son adjoint à l’aéroport alors que le président de la République était attendu. «Seul le vice-premier ministre, ministre des Transports, le MLC Jean-Pierre Bemba avait effectué le déplacement de l’aéroport international et attendait le chef de l’État», assurent des témoins. Rien que pour cette absence protocolaire, les deux dirigeants de l’entreprise encourent de lourdes sanctions, estime-t-on.
Pire encore, il est rapporté que l’aéroport a de nouveau été plongé dans l’obscurité durant plusieurs heures, dans la nuit du 16 au 17 septembre dernier. Preuve que le problème dépasse le seuil de la simple négligence de préposés. Il semble qu’à N’Djili, plus rien ne fonctionne depuis des lustres : balisage lumineux, radars, installations de communications …la panne du groupe électrogène de secours serait due à une carence en inverseurs déclencheurs du démarrage automatique en cas de panne d’électricité. C’est tout dire !
La RVA, chargée de la gestion des installations aéroportuaires à Kinshasa comme un peu partout à travers le pays, est en quasi-faillite. L’entreprise d’État croule sous une dette estimée à plus de 500 millions USD, héritée de l’administration Joseph Kabila. «Les frais de Go Pass payés par les passagers servent à rembourser cette dette», expliquait au cours d’une émission télévisée, Mwengassa, un économiste qui a omis de préciser ce qu’un haut cadre de la régie a confié à nos rédactions sous le sceau de l’anonymat que les fonds générés par cette parafiscalité sont entièrement consignés dans un compte séquestre ouvert par le cabinet du ministère des transports qui se substitue abusivement à la RVA pour leur affectation. C’est à peine si le gouvernement Sumwina est parvenu à obtenir le rééchelonnement de la dette de la RVA, a-t-on aussi appris de bonne source.
J. NGUWA