Le Rwanda de Paul Kagame remet ça. Un nouvel accord portant sur l’accueil de migrants expulsés vers Kigali a été conclu, avec l’administration Trump et les Etats-Unis, cette fois-ci. L’information diffusée a été confirmée à Reuters par Yolande Makolo, porte-parole du Gouvernement rwandais. Mais ses justifications d’un accord qui tranche par son cynisme sont mis à nu, par l’opposition rwandaise, notamment.
Les discussions entre les autorités rwandaises et américaines pour l’envoi de migrants vers Kigali, lancées en avril dernier, se sont clôturées au mois de juin par la signature d’un accord formel. Le Rwanda s’est engagé à accueillir jusqu’à 250 migrants et l’administration Trump a déjà envoyé une première liste de 10 personnes, qui devraient être expulsées des Etats-Unis. Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement rwandais, justifie l’acceptation du gouvernement par «des valeurs sociétales fondées sur la réintégration et la réhabilitation», ainsi que l’expérience «du déplacement» qu’ont connu «presque toutes les familles rwandaises».
S’agissant des migrants bénéficiaires de cette «hospitalité rwandaise», ils bénéficieront «d’une formation professionnelle, de soins de santé, et d’une aide à l’hébergement pour redémarrer leur vie», assure Mme Makolo à Reuters.
L’administration Trump n’a pas fait de déclaration officielle sur cette transaction avec le Rwanda. Mais le président américain n’a jamais dissimulé son envie d’accélérer les expulsions des migrants vers des pays tiers, notamment à travers l’envoi de criminels condamnés au Soudan du Sud et en Eswatini. Washington avait déjà expulsé 200 Vénézuéliens accusés d’appartenir à des gangs vers le Salvador au mois de mars dernier. Et, en juin 2025, la Cour suprême américaine a autorisé l’administration Trump à expulser des migrants vers des pays tiers sans être obligation de démontrer qu’ils y seraient dignement traités.
En échange d’une subvention
En échange de l’accueil des migrants américains, le Rwanda bénéficiera d’une subvention dont le montant n’a pas encore été révélé. Sur les réseaux sociaux, les détracteurs de cette politique migratoire avancent des chiffres qui oscillent autour de 5.000.000 USD/an. Mais des observateurs estiment que Kigali accepte les migrants en échange de concessions ou d’avantages géopolitiques.
Il est rappelé que le Rwanda de Paul Kagame n’en est pas à son premier accord portant sur l’accueil de migrants expulsés de pays Occidentaux. En 2022, le Rwanda avait déjà conclu un accord semblable avec le Royaume-Uni, annulé l’année dernière par le nouveau 1er ministre, Keir Starmer.

Des sources dans l’opposition au régime de Kagame rapporte que c’est Mauro De Lorenzo, un ancien conseiller américain de Kagame récemment naturalisé rwandais, qui a négocié l’accord portant sur l’accueil des migrants expulsés par les Etats-Unis. «Il ne s’agirait pas de protéger les personnes déplacées. Il s’agirait plutôt de déléguer la responsabilité à un régime connu pour ses pratiques autoritaires», déplorent-elles.
D’autres, à l’instar de Norman Ishimwe, n’ont pas des mots assez durs pour commenter l’accord conclu par le Rwanda. L’accord présenté comme un geste de solidarité ancré dans les valeurs nationales et la compassion post-génocide est en réalité «une transaction cynique, un acte de troc humailn déguisé en langage diplomatique». Parce que de l’autre côté de la frontière rwandaise, en RDC, «vivent des centaines de milliers de réfugiés rwandais (…) que le Rwanda refuse de reconnaître comme citoyens, leur dénie toute dignité et les traite comme des ennemis de l’Etat».
Selon les mêmes sources, le gouvernement rwandais négocie avec Israël l’accueil d’un grand nombre de Palestiniens de Gaza, dès que la relocalisation forcée sera logistiquement possible. «La logique est identique : Kigali se propose comme dépotoir pour les populations vulnérables en échange de discrètes contreparties financières et géopolitiques».
J.N.