C’est le branle-bas de combat dans toutes les casernes et bases des FARDC. Le général Eddy Kapend, commandant de la 22e région militaire, a réuni militaires et policiers au stade Manika de Kolwezi afin de les préparer à l’éventualité d’une offensive rwandaise sous le couvert du Front pour la refondation de la nation (FRN) dans le Grand Katanga. Le mouvement politico-militaire qui sert de supplétif aux 18.000 éléments des Rwanda defense force déployés dans quelques zones du Kivu a été proclamé à Goma le 12 octobre par l’ancien président Joseph Kabila, qui en assume la présidence. Il regroupe l’AFC/M23 et compte parmi ses dirigeants Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, vice-présidents, Sultani Makenga, chef d’état-major, et Freddy Kaniki, secrétaire général.
Le colonel Charles Majita Yav, commandant de la 22èmedirection régionale du CECAS, a pris la parole devant les troupes. Il a qualifié l’ancien chef de l’État de rebelle et d’ennemi des institutions, tout en recommandant aux soldats de ne jamais céder à la nervosité. «Les civils ne sont pas vos ennemis», a-t-il martelé en rappelant les instructions de la hiérarchie interdisant toute exaction sur les populations inoffensives pendant les opérations.
Eddy Kapend a constitué une cellule d’urgence itinérante, placée sous l’autorité du colonel Majita Yav, qui doit se rendre à Dilolo, Kalemie, Lubumbashi et Kasumbalesa. Ces localités ont été retenues pour leur importance : Kasumbalesa est un poste frontalier stratégique ; Kolwezi le centre de l’activité minière, Dilolo un couloir ferroviaire. En tenant ces points, l’état-major entend priver tout mouvement hostile de se mouvoir et prendre appui a Sud du pays. La tournée a aussi pour objet de protéger la troupe contre la propagande adverse et de décourager les émissaires de Kabila qui tenteraient de recruter en douce.
En mai 2024 déjà, le général Kapend avait pris des dispositions de cet ordre. Il avait fait installer des barrières sur toutes les issues des grandes agglomérations de la région, entre Lubumbashi et Kolwezi, ainsi qu’à Kasumbalesa et Kalemie. En février 2025, devant les troupes réunies à Lubumbashi, il avait déclaré que le pays était en guerre, et il avait tenu à Kalemie, un mois plus tard, un discours sur la discipline et les bonnes relations entre l’armée et la population.
Ancien aide de camp du président Laurent-Désiré Kabila, le général fut condamné à mort après l’assassinat du chef de l’État en 2001. Il passa vingt ans à la prison de Makala avant d’être gracié par Félix Tshisekedi en janvier 2021, puis nommé général de brigade et commandant de la 22ème région militaire au mois d’octobre 2023.
Sa consigne de retenue répond à un souci de l’état-major général des forces loyalistes : éviter que des soldats brutaux ne poussent les habitants vers le FRN, et conserver au contraire leur appui et leurs renseignements. Joseph Kabila, que la Haute cour militaire congolaise a condamné à mort par contumace l’an dernier pour trahison et crimes de guerre, ce qu’il conteste, est aussi sous le coup de sanctions américaines depuis avril dernier. Le gouvernement n’avait pas encore réagi officiellement à la proclamation du FRN au moment où les agences ont publié l’information.
FIDEL SONGO