La proclamation de Joseph Kabila à la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), le 12 octobre à Goma, change la donne du dialogue national. Pour des observateurs avertis de la scène congolaise, elle affaiblit ceux qui réclamaient la présence de l’ancien président aux assises annoncées à Kinshasa, et elle pourrait nuire d’abord à l’intéressé.
Le débat portait jusque-là sur l’inclusion. La coalition C64, qui réunit notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, demandait que Kabila siège à la table, Fayulu y joignant Corneille Nangaa. Un mouvement politico-militaire dont ce dernier est vice-président, et qui absorbe l’AFC/M23, rend cette position plus difficile à tenir. «Réclamer une place pour un homme n’est pas approuver ses choix», font remarquer ces observateurs, mais l’opposition devra désormais s’en expliquer en public, sous peine d’être confondue avec lui.
Le calendrier n’arrange rien. Le président Félix Tshisekedi a annoncé le dialogue le 17 juillet, puis en a fixé l’ouverture au 27 août, pour trois mois. La C64 en conteste les règles et attend un cadre négocié, assorti de garanties pour toutes les parties. L’AFC et la plateforme «Sauvons le Congo», que dirige Kabila, avaient déjà refusé d’y prendre part, au motif que les conditions n’étaient pas réunies. Condamné à mort par contumace l’an dernier pour trahison et crimes de guerre, ce qu’il récuse, Kabila est de surcroît frappé de sanctions américaines depuis avril.
Selon ces mêmes observateurs, le camp présidentiel y trouve un argument de poids. Il soutenait que ceux qui ont pris les armes contre les institutions n’ont pas leur place dans un dialogue républicain, et le FRN semble lui donner raison. «La difficulté, disent-ils, sera de fixer des critères de participation sans faire des assises un moyen de légitimer ce que Kinshasa tient pour une atteinte à l’ordre constitutionnel». Une ouverture trop large risquerait de brouiller la frontière entre opposition politique et lutte armée. Mais une fermeture trop stricte présente l’inconvénient de nourrir le grief d’un dialogue non-inclusif.
Du côté de Kabila, le calcul paraît périlleux. En s’affichant à la tête d’une rébellion, il se prive d’un retour dans le jeu institutionnel et réduit la marge de ceux qui tenaient ouvert un canal avec lui. Plusieurs de ces observateurs jugent qu’il s’est lui-même fermé la porte des discussions qu’il disait réclamer.
Un point reste à surveiller : les réactions de la C64 et des autres partisans de son inclusion. Leur réponse pèsera sur les contours du dialogue, et sur le rapport de forces entre le pouvoir et l’opposition.
FIDEL SONGO