Juliana Amato Lumumba présente le profil idoine pour le poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Son parcours et sa personnalité en font une candidate qui allie indépendance, légitimité et vision constructive.
Indépendance totale
Juliana Lumumba n’est liée à aucun dirigeant actuel en RDC. Elle conserve une neutralité saine vis-à-vis du pouvoir en place à Kinshasa et a toujours fait preuve d’une grande indépendance d’esprit.
À l’inverse, Louise Mushikiwabo, sa rivale rwandaise qui cherche un troisième mandat reste profondément associée au cercle rapproché du président rwandais Paul Kagame, ce qui fait craindre à d’aucuns qu’avec elle l’OIF court le risque d’être perçue comme arrimée de manière indélébile à une seule ligne politique nationale.
Loyauté et absence d’allégeance extérieure
Juliana Lumumba ne présente aucune allégeance clientéliste à un dirigeant politique dans son pays. Elle peut dès lors incarner une Francophonie pleinement souveraine.
Louise Mushikiwabo a, quant à elle, été de tout temps un relais direct et décomplexé du régime monoethnique en place à Kigali depuis 1994 dans une proximité telle qu’il semble difficile pour elle de s’en éloigner sensiblement.
Liberté d’action
Avec Juliana Lumumba, la Francophonie évite le risque d’être associée à un agenda hégémonique et prédateur, notamment dans le contexte sensible des relations entre la RD Congo et le Rwanda de Paul Kagame. Elle serait en mesure d’agir avec une réelle liberté.
Pour Louise Mushikiwabo, la proximité historique avec Kigali et le virage anglophone du Rwanda (membre du Commonwealth) rendent illusoire l’intégrité et la neutralité de l’OIF.
Légitimité intellectuelle et prestige francophone
Formée à Sciences Po Paris et titulaire d’un Diplôme d’Études Approfondies en Sciences Politiques et Sociologie à l’EHESS, Juliana Lumumba bénéficie d’une solide crédibilité académique. Sa formation de haut niveau lui permettra de défendre la langue et la culture françaises avec aisance, rigueur et vision.
Louise Mushikiwabo dispose d’un parcours surtout politique et diplomatique, complété par un master en langues et interprétation obtenu à l’Université du Delaware.
Perception géopolitique
La candidature de Juliana Lumumba est portée par la République démocratique du Congo, le plus grand pays francophone du monde. Elle offre l’opportunité d’un leadership naturel et d’un rééquilibrage au sein de l’OIF.
Celle de Louise Mushikiwabo correspondrait à un troisième mandat consécutif pour une personnalité rwandaise, ce qui pourrait être perçu comme une forme de monopolisation patrimonial du poste par un seul pays.
Symbole fort pour l’Afrique
L’élection de Juliana Amato Lumumba aura, entre autres conséquences, celle de transformer une tragédie familiale douloureuse – l’assassinat de son père, Patrice Emery Lumumba – en un vrai message de réconciliation, de dignité et d’ouverture entre les peuples. Elle incarne une capacité à unir au-delà des clivages, en portant une image positive et inclusive de l’Afrique.
Rapport à la mémoire historique et résilience personnelle
Juliana Amato Lumumba incarne, avec une rare élégance, aux antipodes du ressentiment et de la victimisation permanente.
Orpheline à l’âge de cinq ans, elle n’a jamais instrumentalisé sa filiation pour se plaindre ou se présenter en victime éternelle ruminant de sordides projets de revanche. Elle a surmonté un exil de plusieurs décennies et construit, pendant plus de quarante ans, un parcours autonome et diversifié : journaliste internationale à Paris (1984-1994), vice-ministre puis ministre de la Culture et des Arts (1997-2001), secrétaire générale de l’Union des Chambres de Commerce Africaines au Caire (2007-2015), entrepreneure et consultante.
Sa démarche pour le retour des reliques de son père (lettre au roi Philippe de Belgique en 2020, retour effectif en 2022) fut une quête de vérité et de dignité. Pas une plainte victimaire.
Évoquant son illustre géniteur, elle parle d’« un héros sans sépulture » et, une fois la restitution obtenue, elle a clamé sa satisfaction face à « une grande victoire pour la dignité des Noirs ». Sans haine ni esprit de vengeance. Dans ses interventions publiques, elle bûcheronne avec énergie, détermination et passion sur les valeurs positives de Patrice Lumumba (patriotisme, générosité, exigence de l’excellence, amour du peuple) pour inspirer les jeunes générations.
À soixante-dix ans, elle prépare une thèse de doctorat en Sciences politiques et propose une feuille de route ambitieuse intitulée « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve », centrée sur la solidarité, la jeunesse, l’éducation, l’innovation et la souveraineté. Ses racines ne l’enferment pas dans le passé : elles la portent vers l’avenir, la réconciliation et l’action concrète. Elle incarne une Afrique fière qui assume son histoire sans s’y noyer, qui pardonne dans les faits et qui avance avec dignité.
Louise Mushikiwabo par contre, reste avant tout associée à la continuité d’un régime dont les leitmotivs sont les représailles et les vendettas prédatrices, sans cette dimension symbolique de résilience transformatrice et d’indépendance panafricaine et incarne le travers d’une mémoire ethnicisée et instrumentalisée.
Juliana Amato Lumumba réunit donc des atouts précieux pour incarner une Francophonie libre, digne, résiliente et légitime ; une indépendance réelle, une liberté d’action préservée ; un prestige académique francophone authentique et un symbole puissant d’une Afrique qui avance, assume son histoire sans ressentiment et se tourne résolument vers l’avenir.
Face à une candidature de continuité perçue comme trop liée à un seul pays et un seul dirigeant, Juliana représente le renouveau, la souveraineté et une vision inspirante.
Elle incarne le choix d’une Francophonie des peuples, indépendante et porteuse d’espoir.
Jean-François Ledrian