Dans le Haut-Katanga, le territoire de Mitwaba fait de nouveau l’objet de toutes les attentions sécuritaires. En cause, plusieurs attaques meurtrières revendiquées par une nouvelle rébellion aux accents kabilistes-katumbistes avérées. La riposte des FARDC qui s’en est suivie semble avoir été suffisamment dissuasive. Jusque-là. Retour sur une tentative d’embrasement du poumon économique de la RDC.
Début mars 2026, l’ex -province du Katanga est manifestement passée à côté d’un embrasement généralisé. Le 3 mars, Lusinga, le quartier général du Parc national de l’Upemba (plus de 11.000 km2) a subi une attaque violente d’hommes armés. Au total, 7 personnes ont péri dans cette agression armée (éco-gardes et agents de la conservation), la plus violente jamais enregistrée dans cette réserve qui en a pourtant connu bien d’autres dans un passé plus ou moins récent. Les installations du parc ont été copieusement pillées et le personnel étranger pris en otage avant d’être relaxé.
L’incident armé de Lusinga était donc tout sauf bénin. « Par son ampleur et son intensité, (cette attaque) … dépasse de loin tout ce que le parc avait connu jusqu’ici. Elle fait craindre une progression des affrontements de l’Est de la RDC vers le Sud et menace les efforts de conservation engagés depuis des années à l’Upemba », expliquait un membre du personnel étranger du parc.
Trois jours plus tard, le 6 mars, des échanges de coups de feu ont eu lieu au village de Nkonga dans le territoire de Mitwaba (Haut-Katanga) au terme desquels la localité a été brièvement occupée par des assaillants identifiés comme des maï-maï. Une occupation de courte durée, les FARDC ayant reconquis la localité 3 à 4 heures après le déclenchement des hostilités. Mais la situation demeurait préoccupante dans la région et, le 7 mars, un renfort des forces de défense et de sécurité y a été dépêché, selon une annonce du gouverneur a.i. du Haut-Katanga, Martin Kazembe Shula.
Jeudi 19 mars 2026, une nouvelle incursion armée a visé le village de Nkonga, sans grand succès parce que les forces loyalistes déployées sur les lieux l’ont repoussée. Selon le ministre provincial de l’Intérieur du Haut-Katanga, la nouvelle attaque serait l’œuvre d’un groupe armé dénommé « Debout Katanga ». « Jusque-là, Nkonga est entre les mains de nos militaires des FARDC », déclarait-il aux médias.
Plus que des vulgaires maï-maï
Cependant, selon des sources sécuritaires dans la région, les assaillants de Lusinga et de Nkonga n’avaient rien de « vulgaires maï-maï » en quête de moyens de survie. Des rapports indiquaient que leur armement et leurs moyens de communication, ultra-modernes, révélaient plutôt une organisation très structurée et disposant d’importants moyens financiers. « Ils possèdent des RPG7 et de talkies-walkies de longue portée », confiait à ses supérieurs un officier de renseignements FARDC.
Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, le 20 mars 2026, un nouveau mouvement armé a revendiqué les attaques de Lusinga et de Nkonga. Le ‘’Mouvement débout Katanga pour la libération du Congo’’ (MDKC) affirmait dans un communiqué lutter « contre la mauvaise gouvernance et la tyrannie du pouvoir central de Kinshasa ». Le nouveau mouvement rebelle exigeait ainsi « la libération de tous les prisonniers politiques ainsi que le retour des exilés politiques », des revendications plutôt proches de la rébellion AFC/M23 qui écume les provinces du Nord et du Sud-Kivu depuis 2022.
Dynamique de déstabilisation
Au cours de la 82e réunion du Conseil des ministres, le 14 mars dernier, le gouvernement congolais avait fait état de l’incubation d’un mouvement insurrectionnel dans le Haut-Katanga, évoquant un lien probable avec les renégats congolais de l’AFC-M23. Il estimait que les agressions enregistrées au parc de l’Upemba et au village de Nkonga pourraient s’inscrire dans une dynamique plus large de déstabilisation, au-delà d’une simple action d’une milice locale.
Au 22 mars 2026, la situation sécuritaire semblait sous contrôle des forces de défense loyalistes à Nkonga et à Mitwaba. Même si des sources sécuritaires craignaient que les rebelles n’aient plutôt choisi de contourner Mitwaba, surarmé, pour poursuivre leur route vers Kolwezi, en passant par l’Upemba via l’espace dit « TFM » via Kisamfu, et vers Lubumbashi, par diverses autres voies d’accès, dont Kasumbalesa.
Priver Kinshasa de ressources
L’objectif poursuivi, selon ses sources, serait de priver Kinshasa des ressources financières de l’ex-province du Katanga à travers une guerre asymétrique. Sont particulièrement visés dans le cadre de cette nouvelle campagne armée, les voies d’accès vers Manono, Kasumbalesa et Kolwezi. Les perturbations de la fourniture en énergie électrique haute tension afin de perturber la production minière étaient également envisagées, au vu de tentatives de sabotage de pylônes de transport de courant électrique observées ci et là dans la région. Des vidéos présentant des trous d’environ 2 m de profondeurs creusés autour de certains pylônes ont été diffusées sur les réseaux sociaux, alimentant la crainte de sabotages.
Ici, nul doute possible. Derrière les dernières conflagrations armées dans l’ex-province du Katanga se trouve l’AFC/M23 et Kigali. Moïse Katumbi Chapwe et le député national Christian Mwando sont également régulièrement cités parmi les financiers de ces mouvements.
Selon des sources indépendantes, les nouvelles rébellions katangaises révèlent, en réalité, l’existence d’éléments dormants en attente de l’extension de l’agression RDF/AFC/M23 des Kivu vers le Grand Katanga. Ces rebelles, dont certains ont été formés au Kenya et au Zimbabwe, avaient pour mission de conférer une couleur congolaise à l’agression militaire rwandaise dans cette partie du pays.
17 autres groupes armés en gestation
La stratégie mise en œuvre pour enclencher l’embrasement du Grand Katanga comprendrait la création d’au moins 17 autres groupes armés maï-maï, selon des sources sécuritaires. Dans un audio diffusé sur les réseaux sociaux, un certain Général Kisimba Golf, présenté comme « un homme de Katumbi », aurait revendiqué la tête d’une rébellion dénommée « Révolutionnaires Nsakiw a Ntanda » et soutenait ses desseins en reprochant au gouvernement provincial du Haut-Katanga, récemment remanié, d’avoir confié 3 postes ministériels à des ressortissants kasaïens.
Selon ces informations, Moïse Katumbi ainsi que son collaborateur, Christian Mwando assurent la formation et l’entrainement de descendants Tigres et Diabos dans le camp Kala du village Polokoso, district de Chilenge, province de Luapula en Zambie. Le déploiement de ces éléments dans l’ex- Katanga aurait été lancé depuis 2022, du camp de formation vers Kashobwe et Kasenga dans le Haut Katanga. D’octobre 2025 à janvier 2026, 3 bataillons de commandos auraient traversé vers Kasenga.
Infiltrations de longue date
En janvier 2025, des sources sécuritaires signalaient déjà la présence suspecte d’éléments présentés comme membres du M23, le long d’une rivière près du parc de l’Upemba, non loin du village de Konga en territoire de Mitwaba.
Ils s’étaient présentés sur les lieux comme des trafiquants en mission de prospection, mais procédaient aux recrutements de jeunes à former militairement. Il est rapporté qu’ils ont implanté des campements en forme de carrières minières, dont au moins trois sont formellement identifiés. Au village Konga récemment attaqué, ils tenaient une pharmacie depuis janvier 2026.
Depuis octobre 2025, des éléments insurgés formés en Zambie ont gagné la RDC en passant par la rivière Luapula pour brouiller les pistes et ne pas compromettre la Zambie. En RDC, ils ont pris la direction de différentes fermes qui ceinturent la ville de Lubumbashi et le parc de Kundelungu.
Il est rappelé au sujet de l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga et candidat malheureux à la présidentielle 2028, qu’en octobre 2024, Moïse Katumbi s’était rendu coupable de la construction en toute clandestinité d’un aérodrome à Mulondwe, dans le territoire de Pweto.
Au cours d’une parade mixte FARDC-PNC, organisée le 27 mars dernier à Lubumbashi, le général Jules Banza, chef d’État-major général des FARDC, a confirmé ces informations en dénonçant des manœuvres orchestrées par le Rwanda. « A Lusinga, il y a eu deux groupes qui sont venus dans le territoire de Mitwaba. L’un a servi de couverture à celui qu’on est en train de créer par des gens qui sont aujourd’hui co-fondateurs du M23 et veulent ramener l’insécurité. Une machination montée à partir de Kigali », a-t-il expliqué devant les troupes au camp Vangu de la capitale cuprifère. Jules Banza a présenté, à cette occasion, des officiers FARDC impliqués dans les activités de recrutement et d’espionnage au profit de Kigali. Notamment, un Lieutenant-colonel, principal recruteur pour le compte de l’AFC/M23 dans la province du Lualaba, qui a reconnu les faits et révélé l’identité d’un sujet rwandais infiltrée dans l’armée au Lualaba. Un civil qui avait participé à l’attaque de Lusenga, également présenté au camp Vangu, a lui aussi confirmé les faits et fourni des détails clés sur leur réseau, selon l’officier général FARDC.
Guerre hybride
A défaut de succès des rébellions en gestation face à la puissance de feu et à la nouvelle organisation des FARDC, les pyromanes de l’ex Katanga semblent avoir prévu d’embraser la région par une guerre hybride. Des affrontements entre communautés sont envisageables au regard des réactions qui s’observent sur les réseaux sociaux. Depuis le 26 mars 2026, les réseaux sociaux et des groupes de discussion croulent de messages sommant les ressortissants d’origine kasaïenne à s’éloigner des localités reculées vers les villes protégées par l’armée. Selon ces communications très alarmistes, ils pourraient faire l’objet d’agressions tribalistes par les maï-maï de la nouvelle rébellion à Mitwaba, Luambo, Mulungwishi et les environs de Kasenga. Dans certaines agglomérations éloignées de Lubumbashi, dans les provinces du Haut-Lomami et du Tanganyika, des instances judiciaires se sont vidées de leurs juges et magistrats non originaires par crainte de représailles « qui pendent en l’air » selon l’un d’entr’eux qui s’est confié à nos rédactions sous anonymat.
Même si des ressortissants kasaïens vivant dans l’ex-Katanga, joints au téléphone à partir de Kinshasa, assurent qu’à Lubumbashi, Kolwezi, Likasi et autres agglomérations et centres d’affaires, rien ne présage encore la survenance de violences vantées, il est grand temps pour les pouvoirs publics à tous les niveaux de mettre en œuvre des mesures de précautions en organisant de manière plus rigoureuse la sécurité du sommet à la base de l’édifice étatique. Il importe également de ne plus banaliser les multiples incidents intercommunautaires que quelques têtes brûlées s’amusent à multiplier pour des raisons qui leur sont propres.
J.N