Le 2ème vice-président de la chambre haute du parlement congolais pour le compte de la majorité tshisekediste vient de renoncer à son strapontin dans le perchoir. Modeste Bahati Lukwebo faisait l’objet, depuis lundi 16 mars 2026, d’une pétition en règle déposée par un groupe de sénateurs qui l’accusent d’incompétence, après avoir dénoncé ses déclarations politiques du 4 mars, jugées hostiles au pouvoir en place.
Annoncée par Nefertiti Ngundianza, rapporteure du sénat, une séance plénière convoquée mercredi 18 mars 2026 a décidé la création d’une commission spéciale chargée d’examiner la pétition déposée lundi dernier. Une initiative qui avait déjà rassemblé 83 signatures de sénateurs sur les 22 requises pour être admise.
Les dés étaient donc jetés pour l’autorité morale de l’AFDC qui perd ainsi sans grande résistance son poste de n° 3 de la chambre haute du parlement. Le 7 mars, le bureau du sénat avait déjà pris ses distances par rapport aux propos de son 2ème vice-président, décrétant qu’ils n’engageaient que la personne de leur auteur, selon le communiqué publié par Nefertiti Ngudianza, la rapporteure. 48 heures plus tard, le 9 mars dernier, le groupe parlementaire AFDC/A à la chambre haute du parlement avait littéralement dénoncé les propos de son autorité morale, qui « n’avaient fait l’objet d’aucune concertation préalable » au sein du groupe, selon un communiqué lu devant la presse.
Un congrès pour
conjurer le sort
Pour conjurer les conséquences sur lui de ce manque de «concertation préalable», l’autorité morale de l’AFDC/A avait précipitamment convoqué un congrès express de son parti politique à l’Hôtel Béatrice de Kinshasa/Gombe, dimanche 15 mars 2026. Au terme de ces assises qui n’ont duré que de quelques heures, Modeste Bahati Lukwebo a été plébiscité président du parti et du regroupement AFDC/A par les participants rameutés à grand frais de tous les coins du pays pour un nouveau mandat de 5 ans. Le désormais ex-2ème vice-président du sénat a profité de l’occasion pour aller de nouveau à Canossa en réitérant sa fidélité à la majorité tshisekediste au pouvoir et au président de la République. Mais rien n’y a fait.
Plusieurs observateurs font remarquer que le congrès de l’Hôtel Béatrice n’était pas représentatif de la base du parti et des alliés, constituant le poids électoral du regroupement. «Il s’agit d’un rassemblement ponctuel, loin de nos circonscriptions électorales et donc non représentatif au vrai sens du mot», explique un élu AFDC/A interrogé par Le Maximum. En convoquant un congrès express en pleine tempête politique, Modeste Bahati a tenté de conforter son armure pour faire face à la tempête qui le menaçait personnellement.
Motion déséquilibrante
La motion de déchéance qui a visé le 2ème vice-président du sénat était plus que la résultante d’une simple querelle institutionnelle. A l’examen, elle peut affecter substantiellement l’équilibre des forces au sein de la majorité au pouvoir et du parlement congolais.
En effet, Modeste Bahati est tout sauf un banal acteur de la majorité politique au pouvoir. Au fil des ans, cet acteur politique issu de la société civile a tissé sans vergogne sa toile dans le landerneau politique rd congolais, s’attachant particulièrement à augmenter son poids politique par l’accroissement du nombre d’élus nationaux et provinciaux qui lui assurent une prépondérance qu’il a toujours voulu incontournable. L’homme est connu pour son sens particulier du rapport des forces politiques en présence, sa capacité à négocier envers et contre tous ainsi que sa politique faite d’équilibrisme calculateur, de sauts de puce et d’opportunisme.
Poids politique
décroissant
En 2018, Modeste Bahati et son AFDC/A avaient pu peser sur la balance pour le compte de la majorité kabiliste, avant de basculer dans l’Union sacrée tshisekediste avec la bagatelle de 41 sièges à la chambre basse du parlement. Mais beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et au terme des dernières législatives, en 2023, son regroupement politique n’a engrangé que 35 sièges de députés, perdant sa place de première force politique de l’Union sacrée de la Nation (USN).
Deux scénarios sont possibles après la déchéance de l’autorité morale de l’AFDC/A : Soit, Bahati, comme il l’a déclaré jusqu’au moment où nous mettons sous presse, demeure dans la majorité présidentielle, son groupe continuant à soutenir le pouvoir en place, soit il bascule vers le camp de l’opposition et une partie de ses élus entre en fronde ou se repositionne contre lui en vue de la redistribution des postes qui se dessine.
La majorité présidentielle devrait envisager très sérieusement ces éventualités, autant que le parti et le regroupement politique de l’ancien 2ème vice-président du sénat qui pourrait subir un phénomène de gémellation dont le microcosme politique congolais est coutumier.
En somme, s’il reste un acteur influent dans le paysage politique de la RDC, le professeur Modeste Bahati a perdu beaucoup de son aura et n’est plus aussi incontournable qu’il l’a toujours cru. Face à la Fatwa lancée contre lui au sénat, le président bruyamment reconduit à la tête de l’AFDC/A dimanche 15 août 2026 à Kinshasa a rendu les armes sans combattre.
J.N.