Située dans le territoire de Masis au Nord-Kivu, la colline de Rubaya abrite l’un des sites miniers les plus juteux de la région. Elle produit en effet 15 à 30% de colombo-tantalite à l’échelle mondiale sur une superficie de 3.000 hectares et dispose en outre d’importantes réserves de cassitérite et de Tourmaline.
Ces prospects justifient pour une très large part les nombreuses incursions militaires de l’armée rwandaise en territoire congolais depuis 1996. Rubaya qui est selon une chronique du journaliste Christophe Châtelot (Le Monde N° 24913 du 5 février 1925, p. 16) un condensé de la crise de la région des grands lacs, est indéniablement au cœur de la cinquième offensive rwandaise au Congo lancée en 2021. Les minerais de Rubaya enrichissent nombre de personnes dans la région, mais la manière dont ils sont exploités par l’occupant rwandais et les renégats congolais de l’AFC-M23 qui lui servent de supplétifs plonge des centaines de milliers de familles congolaises dans le deuil et la désolation. Samedi 07 mars 2026, un éboulement de terre a eu lieu sur une mine exploitée illégalement par des creuseurs contrôlés par les forces d’occupation, en violation de l’interdiction d’exploitation édictée par les autorités congolaises. Ce trafic criminel qui amène le coltan congolais vers la cité frontalière de Kabuhanga, située dans le district de Rubavu (Rwanda) rapporte aux cruels factotums du président Paul Kagame un pactole net de 800.000 USD par mois selon une évaluation du journal catholique français La Croix.
Plusieurs puits d’exploitation artisanale sur le site minier de Gakombe ainsi que de nombreuses habitations du village de Gatabi, ont été emportés par les eaux à la suite d’une pluie diluvienne qui s’était abattue sur la région. Le glissement de terrain serait survenu alors que de nombreux creuseurs étaient en pleins travaux d’excavations dans les galeries souterraines de la colline de Rubaya. Près de 80 pauvres hères, contraints sous peine de sanctions de livrer leur quota de minerais aux gestionnaires du site le fruit de leur labeur ont été pris au piège sous les tonnes de terre et de roches qui se sont brutalement effondrées à cause de l’absence et de l’inefficacité des mesures de sécurité. La terre s’était ouverte d’un coup. Les puits et les baraques ont disparu et beaucoup de creuseurs ont été précipités dans les décombres.
La zone dans laquelle la catastrophe s’est produite est celle encore sous le contrôle de l’armée rwandaise et ses collaborateurs du mouvement AFC-M23.
Des mines qui tuent
Le drame survenu ce 7 mars 2026 à Rubaya n’est qu’une suite logique de la série d’accidents meurtriers qui ont été enregistrés depuis quelques mois dans cette région minière connue comme une des plus stratégiques de l’Est de la RDC.
Le 3 mars 2026, un violent glissement de terrain avait déjà provoqué l’effondrement de plusieurs galeries sur le même site minier qui est tombé dans l’escarcelle de l’armée rwandaise. Selon le ministère congolais des Mines, plus de 200 personnes avaient perdu la vie, parmi lesquelles de nombreux mineurs artisanaux travaillant dans des conditions extrêmement précaires.
Quelques semaines avant ce drame, le 28 janvier 2026, un autre effondrement massif avait enseveli plusieurs centaines de creuseurs dans les puits artisanaux de Rubaya. Le bilan provisoire évoquait plus de 200 morts et disparus, certains acteurs locaux avançant même un chiffre proche de 400 victimes. «Rubaya est devenue une fosse commune pour les creuseurs artisanaux», déplore un acteur de la société civile locale.
La catastrophe de janvier faisait elle-même écho à un autre éboulement survenu au mois de juin 2025, lorsqu’un glissement de terrain avait provoqué l’effondrement de plusieurs galeries creusées au petit bonheur la chance pour faciliter l’exploitation minière sur le site de Bibatama. L’accident avait causé la mort de quelques centaines de mineurs artisanaux.
Une exploitation minière incontrôlée
Malgré ces tragédies répétées, l’activité minière s’était poursuivie cahin-cahan à grande échelle dans cette zone pourtant blacklistée par les autorités congolaises, un statut qui interdit officiellement toute exploitation en raison des risques sécuritaires et environnementaux.
Dans les collines de Rubaya, des milliers de creuseurs artisanaux travaillent chaque jour dans des galeries creusées à la main, souvent sans aucun équipement de sécurité ni encadrement technique. «Les tunnels sont instables et parfois creusés les uns au-dessus des autres. À la moindre pluie, tout peut s’effondrer», explique un observateur local du secteur minier.
La saison des pluies aggrave considérablement les risques d’éboulement. Les collines, fragilisées par des excavations intensives, se transforment en terrains instables où chaque précipitation peut déclencher une nouvelle catastrophe.
Au cœur de l’économie mondiale du coltan
Rubaya est pourtant l’un des principaux centres mondiaux d’extraction du coltan, un minerai stratégique utilisé dans la fabrication de composants électroniques.
Le coltan permet de produire le tantale, un métal indispensable à la fabrication des smartphones, ordinateurs et équipements industriels. Selon plusieurs estimations, la zone de Rubaya fournirait une part significative de l’approvisionnement mondial.
Pour de nombreux observateurs, les drames à répétition illustrent les conséquences de l’exploitation minière incontrôlée dans les zones de conflit. «Des milliers de jeunes viennent creuser ici parce qu’il n’y a pas d’autre travail. Mais ils descendent dans ces puits en sachant qu’ils peuvent ne jamais remonter», confie un habitant de Rubaya.
À Rubaya, les collines transformées en réseaux de puits et de galeries fragilisées constituent aujourd’hui un paysage minier aussi lucratif que dangereux, un territoire où chaque pluie peut annoncer une nouvelle tragédie.
JM, avec Le Maximum