Alors que l’Est de la RDC continue de brûler sous les feux d’une guerre qui ne dit pas toujours son nom, la tenue récente d’un sommet international sur la sécurité à Kigali soulève une question fondamentale : peut-on bâtir la sécurité régionale en marginalisant le principal pays meurtri? Ce sommet, présenté comme un cadre de réflexion stratégique entre l’Afrique, les États-Unis et Israël, ambitionnait de renforcer la coopération face aux menaces contemporaines. Mais pour les Congolais, cela laisse un goût amer. Comment ignorer que le pays hôte de ce sommet est officiellement accusé par les Nations-Unies et par la République démocratique du Congo de soutenir militairement ce pays et d’y entretenir des groupes armés opérant notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ?
En accueillant avec empressement un forum de haut niveau sur la sécurité, Kigali a voulu s’offrir une tribune internationale susceptible de le présenter comme un acteur stabilisateur dans la région, voire un modèle pour l’ensemble du continent africain. Cette image d’Épinal contraste fortement avec la réalité vécue par des millions de Congolais déplacés de leurs lieux de vie dévastés, endeuillés et privés de paix.
Le danger est pourtant réel, celui de transformer l’agresseur présumé en partenaire sécuritaire crédible, pendant que la victime peine à faire entendre sa voix.
Sécurité sans justice ?
Parler de stabilité régionale sans aborder clairement les responsabilités dans les conflits en cours revient à institutionnaliser l’impunité. La paix ne peut être durable si elle repose sur le silence diplomatique, la realpolitik ou la hiérarchisation sélective des souffrances humaines. La RDC ne demande ni faveur ni pitié, mais le respect du droit international, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.
Les partenaires internationaux réunis à Kigali doivent comprendre qu’il n’existe pas de solution sécuritaire crédible dans la région des Grands Lacs sans une implication centrale de la RDC et sans une lecture honnête des causes du conflit. Soutenir la paix implique aussi le courage de nommer les violations, d’exiger des comptes et de refuser toute normalisation de l’agression.
Ce sommet est un signal d’alarme. Il rappelle à la RDC l’urgence de renforcer sa diplomatie proactive, de mobiliser les cadres africains et internationaux, et de porter haut, avec constance, le récit de sa vérité. Le silence ou l’effacement stratégique ne sont plus une option. On ne construit pas la sécurité de l’Afrique sur les ruines du Congo. La paix véritable commence par la justice, la vérité et l’inclusion de ceux qui souffrent.
José Mbembo