La scène politique et militaire de la République démocratique du Congo est secouée par la mort de Willy Ngoma, porte-parole militaire des renégats congolais du mouvement rebelle M23/AFC, tué tôt mardi 24 février près de la cité minière de Rubaya (Nord-Kivu) au cours d’une frappe de drone attribuée par certaines sources aux FARDC (forces gouvernementales congolaises) qui n’ont pas revendiqué l’attaque.
Les circonstances exactes de la mort du leader rebelle qui se surnommait «chef d’œuvre» restent floues, mais plusieurs correspondants du Maximum sur place indiquent que l’opération aérienne qui a coûté la vie à Ngoma aurait visé un convoi de l’armée rwandaise (RDF) dans cette zone disputée, très riche en minerais stratégiques, notamment en colombo-tantalite (Coltan), un composant essentiel pour l’industrie des nouvelles technologies mondiales.
Les mêmes sources ont également confirmé la mort dans cette attaque de Nzenze Biringo, officier chargé de la sécurité du gouverneur M23 du Nord-Kivu Bahati Musanga Joseph Erasto. Le général autoproclamé Sultani Makenga, chef militaire du M23, qui était en tête du convoi, a été pour sa part grièvement blessé avant d’être récupéré in extremis par des éléments du M23 aux mains d’un groupe de jeunes de Rubaya qui l’avaient retrouvé dans un champ de maïs et voulaient le conduire vers un bivouac des résistants Wazalendo alliés des FARDC.
Coup dur pour la coalition RDF-AFC-M23 !
Loin d’être une simple perte humaine, la disparition de Willy Ngoma marque la disparition d’un symbole emblématique des séditions et des sévices qui bercent la vie quotidienne à l’Est de la RDC depuis 1996 ; un propagandiste passionné qui se consacre à la banalisation de la violence et de la défiance contre l’État congolais. Loin d’être un chef militaire de terrain au sens classique, Ngoma était avant tout la voix médiatique de la rébellion, celui qui se chargeait de donner du sens à l’occupation des pans entiers du territoire congolais par le Rwanda et de justifier les massacres et les déplacements massifs de populations civiles.
À travers ses déclarations tonitruantes, il a contribué à normaliser l’arbitraire et l’illégalité, à présenter une rébellion armée comme une alternative politico-institutionnelle crédible, alors même que ses actions ont plongé des millions de familles congolaises d’inoffensives dans la misère, l’exil et l’insécurité permanente.
Plus qu’un simple porte-parole de la branche armée de la rébellion, Willy Ngoma était l’une des figures les plus visibles du M23, souvent en première ligne pour revendiquer les actions les plus questionnables de la rébellion pro-rwandaise et critiquer les engagements du gouvernement central. Condamné à mort par la justice congolaise et sous sanctions internationales depuis plusieurs années, le porte-voix des miliciens de l’AFC-M23 a incarné jusqu’au bout la résistance armée du mouvement face aux forces gouvernementales.
Sa disparition laisse aujourd’hui un vide stratégique, tant sur le plan militaire que médiatique au sein de la coalition RDF-AFC-M23. Les responsables de ce mouvement, tout en reconnaissant la perte, n’ont pas encore communiqué de manière officielle, alimentant un climat de spéculation et d’incertitude.
Après Ngoma, Makenga ?
Quelques heures seulement après la confirmation de la ‘’neutralisation’’ de Willy Ngoma à Rubaya, une autre nouvelle est venue aggraver l’effroi dans les rangs rebelles : celle faisant état du décès du général autoproclamé Sultani Makenga des suites de ses blessures lors de l’attaque contre le convoi qui a coûté la vie à Willy Ngoma. Plusieurs sources sur place indiquent que le seigneur de guerre aurait succombé à 21h00, soit quelques 18 heures après la frappe.
Touché grièvement, Makenga avait été évacué en urgence vers une structure de soins, dans un état critique. Malgré les tentatives de stabilisation, son pronostic vital était engagé.
Généralement considéré comme l’architecte opérationnel et le cerveau tactique des renégats congolais de l’AFC-M23, Sultani Makenga était le principal coordinateur des offensives et le garant de la discipline interne au sein du mouvement.
Si cette information se confirmait, le gouvernement congolais vient de signer une véritable décapitation qui ébranlera l’ensemble de la structure rebelle. L’onde de choc s’observe déjà dans Rubaya même et dans plusieurs positions stratégiques du Nord-Kivu. Elle prend la forme de mouvements improvisés de repli et des signes de panique et de confusion.

La disparition simultanée de deux figures majeures des jacqueries pro-rwandaises qui endeuillent le RDC pourrait en outre provoquer des luttes internes pour la succession, voire une fragmentation du mouvement. Sans leadership consolidé, la cohésion opérationnelle de l’AFC/M23 pourrait rapidement s’effriter.
Conséquences immédiates sur le conflit
La mort de Willy Ngoma – et peut-être aussi celle de Sultani Makenga – intervient dans un contexte de tensions déjà vives dans les zones sous occupation rwandaise à l’Est de la RDC.
Après plusieurs attaques de drones et une intensification des opérations militaires ces derniers jours, cet événement pourrait marquer le début d’une escalade des hostilités. Les efforts de paix, notamment ceux menés sous l’égide de médiateurs internationaux tels que le Qatar, les États-Unis, l’Angola ou l’Union africaine, pourraient être mis à rude épreuve. Les négociations de cessez-le-feu, déjà fragiles, risquent de s’enliser davantage. Sur le terrain, des craintes se font déjà sentir parmi les populations civiles dont plusieurs sont ballotés entre plusieurs sites de refuge à l’intérieur de leur propre pays à la suite de combats incessants entre les forces rwandaises d’invasion flanquées de leurs supplétifs et les Forces armées de la République Démocratique du Congo soutenues par les patriotes-résistants Wazalendo. Une recrudescence des violences provoquera à coup sûr de nouveaux flux de réfugiés et accentuera les besoins humanitaires dans une région déjà fragile.
Au-delà de la seule RDC, la disparition de ces chefs rebelles a des répercussions possibles pour toute la région des Grands Lacs. Le soutien allégué de certains États voisins au mouvement rebelle, souvent cité dans les analyses internationales, reste un sujet de tension dans les relations diplomatiques de Kinshasa avec ses partenaires régionaux.
Alors que le pays cherche à affirmer sa souveraineté et à sécuriser l’Est, la disparition de figures-clés comme Willy Ngoma pourrait aussi ouvrir une période d’incertitude interne au M23, générant possiblement des luttes internes pour la succession ou des réorientations tactiques.
Signal clair contre l’impunité
La neutralisation d’un responsable aussi visible et audible de la rébellion démontre clairement que l’armée congolaise sort de la passivité qu’on lui reprochait et monte en puissance. La frappe chirurgicale contre l’ennemi à Rubaya a une double portée. En interne, elle est de nature à restaurer la confiance de la population congolaise envers ses forces de défense et de sécurité. A l’international, elle porte un élément dissuasif sur les velléités de soutien logistique et politique en faveur des projets déstabilisateurs de Paul Kagame et ses sbires.
Kinshasa montre ainsi que la guerre n’est plus uniquement subie. Elle est désormais conduite avec détermination et stratégie. Au-delà de ses postures matamoresques, Willy Ngoma jouait un rôle clé dans la tentative du M23 de «congoliser» l’agression militaire du Rwanda et de présenter les renégats servant de bouche-trous à Kagame comme des acteurs fréquentables dans divers cercles diplomatiques. Sa disparition réduit sensiblement la capacité du mouvement à influencer les médiateurs, à se poser en victime de la prétendue persécution du gouvernement du président Félix-Antoine Tshisekedi et à réclamer des concessions politiques.
Pour Kinshasa, c’est un boulevard qui s’ouvre pour marteler la définition congolaise de la situation qui réaffirme la nature terroriste et illégale de l’AFC/M23, notamment dans les forums régionaux et internationaux, sans être constamment contredit par une voix ‘’congolaise’’ bien rodée dans la manipulation des médias.
La mort de Willy Ngoma rappelle également à tous les traîtres que la voie qu’ils ont choisie comporte désormais un coût aussi bien politique que sécuritaire qui peut s’avérer fatal. Kinshasa aura beau jeu d’en prendre avantage pour durcir son discours diplomatique, exiger des mécanismes efficients de vérification du respect des engagements par les véritables belligérants et renforcer ses alliances stratégiques.
Sur le front, l’impact psychologique sur les combattants de l’AFC-M23 causé par cette perte est réel. Un sentiment de vulnérabilité et une bouffée de méfiance interne ne tarderont pas à laminer la cohésion du mouvement rebelle où des accusations d’infiltration fusent ci et là.
Kinshasa aura tout à gagner en exploitant l’avantage que lui offre cet exploit, notamment en poursuivant sans coup férir le pilonnage des concentrations ennemies en territoire congolais afin de bouter les hordes de Kigali hors du pays.
«La véritable victoire stratégique ne réside pas seulement dans l’élimination d’un homme, mais dans la délégitimation définitive de la rébellion et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national», a déclaré à ce sujet un professeur de l’Université de Kinshasa contacté par nos rédactions.
J. M. avec Le Maximum