La crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo a été au cœur du sommet du 9 février courant qui a réuni dans la capitale angolaise plusieurs dirigeants africains. Invités par le président angolais Joao Gonçalves Lourenço en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, les participants ont adopté une position en deux séquences : le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et la neutralisation des insurgés rwandais du FDLR opérant à partir de la RDC.
A côté de João Lourenço se trouvaient le médiateur de l’UA Faure Gnassingbé, le président congolais Félix-Antoine Tshisekedi et l’ancien président de la République du Nigéria Olusegun Obasanjo, représentant de la branche politique du panel des facilitateurs du processus de paix en RDC.
Selon le communiqué final rendu public par les services de la présidence angolaise, les participants ont évalué l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU et insisté sur le respect strict des engagements issus de l’Accord de Washington, cadre diplomatique destiné à apaiser les tensions entre Kinshasa et Kigali.
Le texte fait explicitement référence aux décisions relatives au retrait des forces rwandaises du sol congolais et à la neutralisation des FDLR, groupe armé antigouvernemental rwandais actif dans l’Est du pays. Ce double impératif est présenté par les dirigeants comme une condition essentielle pour stabiliser durablement la région des Grands Lacs gravement perturbée depuis trois décennies par des guerres intermittentes.
Cette initiative diplomatique majeure à quelques jours du 39ème Sommet des chefs d’État de l’Union africaine (14 – 15 février 2026) à Addis-Abeba s’inscrit dans la continuité de la tournée régionale du médiateur togolais Faure Gnassingbé visant à relancer le processus de paix. Elle soulève néanmoins quelques interrogations en lien notamment avec la faisabilité d’une des résolutions les plus importantes de la rencontre : celle relative au mandat donné au président angolais Joao Lourenço de «mener des concertations avec toutes les parties congolaises intéressées en vue d’un dialogue apaisé, conduit et organisé par les institutions de la République démocratique du Congo dans le respect de la Constitution ».
On se perd en conjectures quant à la rationalité de cette approche qui dit à la fois une chose et son contraire. En effet, la République d’Angola est un pays certes ami et frère de la RD Congo mais néanmoins tierce partie par rapport à cette dernière. Il est donc aberrant que le chef de l’État angolais soit chargé de « mener des consultations avec les parties congolaises intéressées » alors que l’organisation et la conduite de ces pourparlers relève des institutions congolaises.
Le gouvernement congolais est appelé à questionner sans ambigüité l’efficacité de la vieille méthodologie d’externalisation des solutions aux problèmes domestiques congolais qui a démontré ses limites au cours des 30 dernières années avec d’autres respectables ‘’médiateurs’’ comme le Sénégalais Moustapha Niasse, le Togolais Edem Kodjo ou le Botswanais Ketumile Masire qui n’ont fait que faciliter l’accaparement de l’appareil d’État par des seigneurs de guerre.
José Mbembo
Avec Le Maximum