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Le Maximum > Blog > Politique > 08 janvier 1997 – 08 janvier 2026 : Kisase Ngandu, 29 ans déjà !
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08 janvier 1997 – 08 janvier 2026 : Kisase Ngandu, 29 ans déjà !

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L’Américain William Faulkner, prix Nobel de littérature 1949, a écrit que « le passé ne meurt jamais. Il ne faut même pas le croire passé ». Ce 08 janvier, l’heure est venue de ramener à la mémoire collective André Kisase Ngandu Pene Lufwanyeke, une des premières victimes emblématiques des incursions militaires du régime rwandais de Paul Kagame en République Démocratique du Congo assassiné à proximité de Rutshuru. Deux mois après Mgr Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, archevêque de Bukavu, abattu à Bukavu par un escadron de la mort de l’Armée patriotique rwandaise (actuellement Rwanda Defense Forces).

C’est en se rendant à Butembo pour enquêter sur la résurgence d’une milice locale accusée d’insécuriser les transporteurs routiers sur la RN 2 reliant Goma au grand Nord que Kisase, chef militaire de la rébellion anti mobutiste de l’AFDL sponsorisée par le Rwanda fut piégé par une unité des forces rwandaises emmenée par le major Jack Nzinza. Son statut de signataire parmi quatre autres de la Charte constitutive d’une coalition portée à bout de bras par Paul Kagame n’a nullement pesé face à la boulimie expansionniste et prédatrice de ce dernier. L’homme fort de Kigali avait résolu de se ménager un espace vital dans le Kivu qu’il voulait vassaliser dans la logique d’occupation-annexion qui dévaste cette partie de la RDC jusqu’à ce jour. Jack Nzinza (actuellement général-major à la retraite) surnommé ‘’extra terrestrial’’ (extra-terrestre) ou‘’death merchant’’ (marchand de la mort) était l’exécutant approprié pour cette basse besogne du fait de sa légendaire férocité.

Laurent-Désiré Kabila, André Kisase Ngandu, Anselme Masasu Nindaga et Déogratias Bugera qui avaient porté l’AFDL croyaient – de bonne foi pour certains – servir un projet de libération des Congolais du joug du régime autoritaire de Mobutu mais ils avaient été vite désillusionnés par l’étreinte toxique des mentors.

Disciple passionné de Patrice-Emery Lumumba, le père de l’indépendance, André Kisase Ngandu sera le premier du quatuor à passer sous les fourches caudines de la potence hégémoniste et néocolonialiste globale et régionale. Il n’était pas parvenu à dissimuler son aversion le dirigisme sans fard du Front Patriotique Rwandais de Kagame dans les affaires domestiques congolaises après l’occupation des provinces du Kivu par l’alliance anti mobutiste et ses gourous. Il avait à maintes reprises décrié les ingérences et les diktats qui énervaient l’ordonnancement organisationnel initié par les Congolais.

Jeune combattant de la rébellion Simba des années 1961-1964, Kisase Ngandu, qui avait œuvré un quart de siècle plus tard dans le staff technique de la National resistance army (aujourd’hui UPDF) de Yoweri Museveni dans la formation des officiers ougandais, avait quitté son exil de Berlin au début des années 1990 pour rallier à nouveau Kampala où il avait pu reconstituer organisé autour de lui quelques centaines de jeunes combattants recrutés parmi les réfugiés zaïrois hébergés à Kyaka 1 et Kyaka 2 refugee settlements en Ouganda. Vers 1992, il avait créé à partir de Kampala un mouvement politico-militaire, le Conseil national de la résistance pour la démocratie (CNRD), actif dans la région du Ruwenzori (Beni, Nord-Kivu) avec l’appui logistique de la Mathaba, organisation politique et révolutionnaire libyenne du colonel Mouammar Kadhafi qui était définie comme un ‘’centre anti-impérialiste’’

Le président Museveni qui soutenait activement le Front patriotique rwandais (FPR) de Fred Rwigema et Paul Kagame contre le régime de Juvénal Habyarimana voulait également punir le président zaïrois Mobutu Sese Seko dont les liens avec les groupes résiduels du régime  Habyarimana étaient notoires. A partir de 1995, il rapprocha Kisase et sa petite troupe de Laurent-Désiré Kabila, l’opposant le plus célèbre à Mobutu qui entretenait un maquis dans les confins du Sud-Kivu. Il les a recommandé à Paul Kagame qui ruait sur les brancards pour en découdre avec Mobutu.  

Au cours de ma dernière rencontre en tête-à-tête avec lui dans une auberge des Pères Blancs de la congrégation de Mill Hill à Rosendael (Pays-Bas) en 1994, André Kisase m’avait remis un texte ronéotypé. Écrit de sa main à Berlin-Ouest en juin 1985, ce document intitulé Analyse de la situation du Zaïre et programme intérimaire de redressement national était une critique sans aménité de la deuxième République de Mobutu. C’était une volée de bois vert contre les structures de ce régime «incapables de susciter un quelconque élan chez le citoyen dont les avis ne sont du reste guère requis, d’où la stagnation et l’immobilisme qui conduisent à la dégénérescence de la société. Seule une relève constituée par des hommes ayant la confiance du peuple, la maturité et la volonté politique du changement demeure l’unique alternative ».  On était en pleine agonie du régime de Mobutu qui s’accrochait au pouvoir avec une obstination et une rouerie grâce auxquelles il fit prospérer la subjugation de ses compatriotes jusqu’au 17 mai 1997.

Kisase Ngandu m’a dit avoir été convaincu par les motivations exprimées par le président ougandais Yoweri Museveni relativement à son exaspération devant la collusion avérée de Mobutu avec le régime d’apartheid sud-africain et les colonialistes portugais qui écrasaient sous leurs bombes la majorité noire sud-africaine et les indépendantistes namibiens, zimbabwéens, angolais et mozambicains. Le scepticisme commencera à poindre dans son esprit à la lecture du ‘’manifeste de Lemera’’ initié par Kigali et Kampala en guise de charte constitutive de l’AFDL et dont l’article 6 stipulait que « Tous les politiciens des années soixante en RDC et ceux ayant collaboré avec le régime  Mobutu seront mis en retraite politique ». Il avait exprimé des réserves. « Nous avons paraphé un accord qui nous dépouille en tant que peuple d’une partie de notre souveraineté. Comment justifier le bannissement d’une grande partie de nos élites au motif qu’ils auraient vécu et travaillé sous la dictature alors que beaucoup d’entre eux ont courageusement résisté à la terreur mobutiste ? » ne cessait-il de vitupérer selon un de ses collaborateurs.

Un regard synoptique sur la trajectoire en dents de scie de ce héros méconnu de l’historiographie officielle congolaise fournit une bonne grille de lecture de la situation embrouillée qui empêche le peuple congolais de réinventer son devenir et son avenir. Le sacrifice des jeunesses lumumbistes au cours de l’insurrection Simba (1961-1964) dont il fut un membre et des combattants congolais de l’AFDL emmenés par lui a alimenté la résilience des Congolais et permis de faire échec au plan funeste de balkanisation du pays mis en œuvre de manière intermittente depuis trois décennies les autorités du Rwanda.

A l’évidence, le raté des années 1960, dont Kisase a été témoin et acteur, avait aggravé la menace existentielle de la RD Congo du fait des convoitises extérieures sur ses richesses mais aussi, et peut-être surtout, du bouleversement des normes du vivre ensemble et des règles élémentaires de la bonne gouvernance au profit de basses coutumes toxiques.                   

Personnage immense, il aura connu le destin d’une éphémère étoile filante dans le firmament politique du pays de Lumumba. Le panafricanisme, mouvement intellectuel et politique qui promeut l’unité et l’entraide entre Africains pour l’émancipation de leur continent, qui fut une composante centrale de son engagement idéologique l’a conduit à s’accrocher à l’utopie de la solidarité du régime rwandais qui a causé sa perte.

Après son assassinat, Paul Kagame et ses affidés ont poussé l’impudence jusqu’à malmener sa famille. Nicaise Kibel’Bel Oka, directeur du journal Les Coulisses, a relaté comment l’épouse et les enfants de Kisase Ngandu ont été traités par l’allié rwandais et ses supplétifs au Congo. « Un des enfants Kisase vivant dans une capitale européenne m’a contacté pour me parler de l’angoisse vécue par la famille en janvier 1997. Son père leur avait communiqué les numéros de téléphone de Laurent-Désiré Kabila et de quelques autres hauts responsables de l’AFDL, auprès de qui on pouvait prendre de ses nouvelles lorsqu’il était au front. Mais lorsque André Kisase est abattu, sa famille reçoit de ses collègues des versions totalement divergentes. D’abord, on leur dit que, blessé, il aurait été transféré en Afrique du Sud pour des soins. Puis, ce n’était plus en Afrique du Sud, mais plutôt en Ouganda avant que n’arrive ce moment où plus personne au sein de la haute hiérarchie de l’AFDL ne prenait leurs appels. Lorsqu’ils insistaient ils étaient menacés de pires représailles s’ils continuaient à “embêter” les gens avec leurs appels. La famille a certes fait son deuil, mais personne n’a jusqu’à présent vu sa dépouille, ni le lieu où il aurait été enseveli » s’est-il souvenu. 

Trente ans après la blitzkrieg rwando-ougando-burundaise contre Mobutu, il appert assez clairement que la République Démocratique du Congo s’efforce toujours laborieusement de conjurer les démons des conflits interethniques et de l’inconséquence politique d’une partie de ses élites qui contrarient son émergence et son développement. Sans grand succès.

Le mérite d’André Kisase est d’avoir, jusqu’au sacrifice suprême, réservé une fin de non-recevoir aux prétentions hégémonistes et prédatrices de Kagame et dénoncé avec un courage exceptionnel l’aventurisme cynique et acharné du président rwandais qui se démène pour faire accepter l’inacceptable.

La farouche opposition du président de la République Félix-Antoine Tshisekedi aux récentes aventures guerrières du Rwanda à l’Est de la RDC trouve ses racines dans le sacrifice de Kisase Ngandu qui a été incontestablement dont le don de soi a été une belle émulation pour booster  les capacités des générations actuelles à faire face à l’adversité et aux agressions de toutes sortes. Ceux des Congolais qui se laissent aller à absoudre ou banaliser le Rwanda de ses indicibles turpitudes au Congo assassinent une deuxième fois ce martyr et ceux qui, à l’instar de Mgr. Christophe Munzihirwa, Léonard Kanyamuhanga, Laurent-Désiré Kabila, Mamadou Ndala ou Peter Cirimwami et tant d’autres qui ont été comme lui fauchés par les massacreurs à la solde de Paul Kagame.

Lorsqu’on entend le président rwandais déclarer crânement qu’«une partie du Rwanda a été donnée au Congo en 1885. Nous ne pouvons pas continuer à nous plaindre du problème éternellement alors que nous connaissons là où il y a le nœud », il n’y a aucun doute possible : la crise sécuritaire et humanitaire qui déstabilise l’Est de la RDC relève bel et bien ce cette interminable agression rwandaise à laquelle chaque congolais doit résister.

De son vivant, André Kisase Ngandu Pene Lufwanyeke aimait bien rappeler à qui voulait l’entendre les mises en garde de notre maître Patrice-Emery Lumumba contre le projet de balkanisation du Congo qui reste manifestement à l’agenda de plusieurs groupes d’influence en Afrique et ailleurs. Il stigmatisait la veulerie et l’inconstance de certaines élites qui ont sérieusement fragilisé le Congo en en faisant un champ clos des stratégies de prédateurs comme Kagame qui ne sont motivés que par les ressources naturelles de l’Est du Congo (coltan, cobalt, or, lithium…).

Le brutalisme caractéristique de toutes les actions entreprises par Kagame depuis l’odieux attentat contre l’archevêque de Bukavu en octobre 1996 jusqu’aux temps présents appelle un changement radical de paradigme de la part des Congolais.

A notre corps défendant, chacun devrait se faire violence pour tuer le vieil homme coutumier de la loi du moindre effort et de la main tendue qui sommeille en lui. Nos institutions et structures sociales doivent être impérieusement converties en usines de solutions alternatives audacieuses au problème prégnant des incessantes agressions du Rwanda qui mettent à mal notre existence. C’est à ce véritable aggiornamento que nous invite instamment le martyre de Kisase Ngandu Pene Lufwanyeke.

Lambert Mende Omalanga

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LE MAXIMUM 8 janvier 2026 8 janvier 2026
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