Dans la province de Burunga (Sud du Burundi), les autorités communales de Rumonge, une commune portuaire accoudée au Lac Tanganyika, ont pris la décision d’interdire aux réfugiés congolais récemment arrivés de louer des maisons hors du site d’accueil d’urgence ouvert à Mutambara. Présentée comme une mesure sécuritaire, cette interdiction est questionnée par d’aucuns.
Les réfugiés congolais installés provisoirement sur la colline Mutambara ne sont dorénavant plus autorisés à s’installer dans des habitations privées hors du centre d’accueil d’urgence qui est dépourvu de toute infrastructure.
Tout en exprimant leur gratitude envers le gouvernement de Gitega, les réfugiés et les bonnes volontés burundaises contestent cette position des édiles de Rumonge qui méconnaissent les conditions insalubres du camp d’hébergement provisoire des réfugiés. «Il est étonnant que même ceux d’entre nous qui ont pu s’échapper de Luvungi, Uvira et Baraka avec leurs économies ne soient pas autorisés à signer des contrats de bail pour vivre avec leurs familles dans des conditions plus ou moins décentes», regrette Antoine K., un jeune commerçant de Baraka.
Sécurité et salubrité publique
C’est vendredi 12 décembre que la décision querellée a été prise lors d’une réunion de sécurité présidée par Augustin Minani, administrateur communal de Rumonge. Il invoque la responsabilité qui incombe à ses services de préserver la sécurité et l’hygiène dans l’entité et attribue cette mesure aux exigences sécuritaires suite à la grave détérioration de la situation provoquée par la chute de la ville d’Uvira (700.000 habitants) aux mains des troupes rwandaises et de leurs supplétifs de l’AFC-M23.
L’activisme militaire rwandais au Sud-Kivu a provoqué le brusque déferlement vers Rumonge de plus de 3.000 réfugiés congolais fuyant principalement la ville de Baraka, dans le territoire de Fizi (Sud-Kivu), depuis jeudi 11 décembre.
L’autorité municipale de Rumonge justifie cette restriction par «la nécessité de mieux contrôler l’identité des personnes accueillies, afin d’éviter toute infiltration d’éléments armés hostiles parmi les réfugiés. Nous appelons la population locale à la vigilance du fait de la menace que constitue le bellicisme du Rwanda».
Conditions
infrahumaines
Du côté des réfugiés, c’est la détresse et le désarroi qui prédominent. Plusieurs dénoncent des conditions de vie précaires.
«On nous interdit de louer des maisons alors qu’ici dans le camp où nous sommes confinés, nous sommes obligés de passer la nuit à la belle étoile. Il n’ y a aucune latrine, ni point d’eau potable. Plusieurs enfants en bas âge commencent à tomber malades. Beaucoup souffrent de maladies respiratoires, parce qu’ils n’ont rien pour se couvrir surtout pendant les nuits glaciales», témoigne l’un d’eux.
La commune de Rumonge n’est pas un cas isolé. Dans la province de Bujumbura, à l’Ouest de la petite nation d’Afrique de l’Est frontalière d’Uvira, l’administratrice communale de Mugere, Adélaïde Hatangayo, a également pris une décision similaire, interdisant aux réfugiés congolais de louer des maisons ou d’être hébergés par des familles burundaises, même lorsqu’existent des liens de parenté entre les réfugiés des zones frontalières congolaises et leurs voisins burundais.
Ces décisions interviennent alors que le nombre de personnes fuyant les atrocités en RDC augmente de manière exponentielle. vendredi dernier, l’Office national pour la protection des réfugiés et des apatrides (ONPRA) a indiqué avoir déjà enregistré plus de 30.000 réfugiés congolais qui se sont ajoutés à quelques 180.000 de leurs compatriotes ayant choisi l’exil pour se mettre à l’abri des persécutions perpétrées par le corps expéditionnaire rwandais et les renégats congolais qui les soutiennent pour régler des comptes particuliers.
On précise que ces chiffres pourraient bientôt être doublés car de très nombreux Congolais continuent de traverser la frontière par des points de passage non officiels où les autorités burundaises ne disposent pas d’agents. Des réseaux maffieux ou de contrebande sont mis à contribution à cette fin. Avant ce nouvel afflux, le Burundi avait lancé un appel à la solidarité international pour une aide d’urgence en faveur de ces malheureux. En vain.
L’exode massif des Congolais vers le Burundi du fait de la guerre d’agression rwandaise ne peut qu’aggraver la situation sécuritaire et humanitaire déjà catastrophique à l’Est de la République Démocratique du Congo.
La ville d’Uvira, tombée aux mains du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre, est située à quelques 20 kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées l’administration centrale et les principales agences du système des Nations-Unies. Depuis près de trois décennies, les provinces congolaises du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont la cible des snipers et des bombardements aveugles des Rwanda Defense Forces (RDF) dont 6.000 à 7.000 éléments ont paradoxalement généralisé leurs offensives au lendemain de la validation par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame de l’accord de paix de Washington sous la médiation du président américain Donald Trump.
Réactivé en 2021, le M23, un mouvement majoritairement composé de Tutsi congolais a entrepris d’ériger au forceps un glacis Tutsi dans les Kivu en faisant fuir par la terreur les ressortissants des autres communautés ethniques (Shi, Fuliro, Bembe, Rega, Hutu …) vivant dans cette région. Les assaillants en profitent au passage pour faire main basse sur les immenses ressources minières qui y existent et qui sont vendus par le gouvernement rwandais à des end-users occidentaux sous le label de minerais rwandais. Kinshasa dénonce sans aménité le nettoyage ethnique et la prédation initiés par le président Kagame tandis que Kigali passe du coq-à- l’âne en justifiant son invasion tantôt par des «mesures défensives» contre les génocidaires FDLR qui seraient toujours un danger existentiel pour le Rwanda 31 ans après, tantôt par le «devoir de solidarité» envers les Banyamulenge (Congolais des hauts plateaux de l’Itombwe) victimes de discriminations et de persécutions (sic !).
Régionalisation de la guerre
Le Burundi, pour sa part, a déployé quelques milliers de soldats en RDC depuis 2023 pour soutenir les FARDC et leurs alliés des milices patriotiques paysannes Wazalendo qui se sont organisés pour se protéger des exactions rwandaises contre leurs communautés respectives, aggravant la complexité de la situation.
Dans ce contexte de fortes tensions régionales, un accord a été signé à Washington le 4 décembre, sous médiation américaine, entre la RDC et le Rwanda. Le Burundi y était représenté en tant qu’observateur par son président, Évariste Ndayishimiye. L’accord prévoit notamment le désarmement des FDLR — que le président congolais Félix Tshisekedi qualifie de « force résiduelle réduite au banditisme » — ainsi que des mesures visant à réduire les tensions dans la région.
Parallèlement à l’arrivée massive de civils, le Burundi continue également d’accueillir des combattants défaits. Des militaires congolais, mais aussi des miliciens Wazalendo, ont traversé la frontière ces derniers jours. Samedi 13 décembre, au moins 700 d’entre eux ont été reçus à Rumonge, selon des sources locales.
Entre impératifs sécuritaires, pressions humanitaires croissantes et répercussions directes d’un conflit régional de plus en plus volatile, les autorités burundaises font face à un défi majeur, alors que leur capacité d’accueil semble déjà largement dépassée.
Le Maximum