Au lendemain de l’annonce d’un retrait conditionnel de l’AFC/M23 d’Uvira, quelques habitants restés à Uvira après la chute de la ville aux mains des forces armées rwandaises (RDF) et de leurs supplétifs congolais ont été contraints de sortir dans la rue pour réclamer le maintien d’un mouvement rebelle sanguinaire entre les mains duquel ils étaient livrés.
Suite aux fortes pressions diplomatiques américaines, de tensions sécuritaires, humanitaires et de conflits intercommunautaires aggravées par les opérations de nettoyage ethnique menées par le corps expéditionnaire rwandais, le mouvement rebelle AFC/M23 a annoncé qu’il se replierait d’Uvira sous des conditions irréalisables qui entretiennent l’inquiétude dans la région.
Des hommes, femmes et enfants rameutés dans différents quartiers de la ville d’Uvira ont été rassemblés mardi pour simuler une démonstration de la popularité de Bertrand Bisimwa, ressortissant de la communauté Shi qui est le coordonnateur adjoint de l’AFC/ M23. Elodie, une quadragénaire Fuliro qui vit d’un petit commerce à Kalundu qui a été forcée de battre le pavé avec sa famille déclare à nos rédactions avoir été obligée de porter une pancarte sur lequel était inscrite la mention ‘’les amis de Bertrand Bisimwa’’. « Je ne connais pas ce Bisimwa. J’ai dû tenir cette pancarte pour recevoir le jeton de présence sans lequel je ne pourrais pas sortir de chez moi pour chercher de quoi nourrir ma famille. C’est tout sauf une manifestation pacifique et volontaire. Il faut être fou pour réclamer le maintien dans la ville des tueurs de l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) qui ne sont là que pour accompagner leurs mentors rwandais », précise-t-elle. Marie M., jeune habitante d’Uvira, affirme quant a elle que c’est de guerre lasse qu’elle a accepté de prendre part à la manifestation. « Face aux contreperformances de nos forces de défense et de sécurité, je pense que la présence de l’AFC/M23 peut permettre un retour relatif au calme. Nous vivons dans une certaine tranquillité depuis 4 jours. J’ai aussi besoin de circuler librement sans entendre des détonations d’armes à feu. C’est pourquoi je crois que la présence de ces gens peut être tolérée », a-t-elle déclaré. Nyamitavu A., membre de la communauté Banyamulenge, dit redouter les conséquences d’un éventuel retrait. « De février à décembre, la communauté Tutsi ici vivait sous des menaces, des tortures, des discriminations et des tueries perpétrées par les Wazalendo (patriotes résistants) qui se recrutent généralement parmi les Bafuliro et les Bembe. Aujourd’hui, grâce à l’arrivée du M23, nous circulons librement et rentrons chez nous sans crainte », a-t-il expliqué comme en écho au discours du président rwandais Paul Kagame qui a justifié la prise d’Uvira par sa volonté de venir à la rescousse de la communauté tutsi locale, une prétention véhémentement rejetée par les notables tutsi à partir de Kinshasa.
Les manifestants ont marché sous bonne escorte du pont de Mulongwe jusqu’à la mairie d’Uvira. Tout au long du parcours, des pancartes distinctes, propres à chaque quartier, étaient brandies par les participants. Chacune portait des messages et des revendications spécifiques supposés traduire les préoccupations locales liées à la sécurité, à la liberté de circulation et à la protection des civils, toutes choses dont Uvira et ses alentours ont été brutalement privés avec l’invasion de la coalition RDF-AFC/M23. Quelques chefs de quartiers d’Uvira qui n’ont pas suivi leurs compatriotes en déplacement forcé à l’intérieur du pays ou au Burundi avaient été mis à contribution pour appeler ceux qui se terraient dans leurs habitations à participer à la manifestation sous peine de sanctions sévères. Officiellement, aucune figure politique, de la résistance (Wazalendo) ou issue de la société civile n’a publiquement endossé ou dirigé cette manifestation.
Bisimwa M., issu de la communauté Shi, a pour sa part mis en avant l’amélioration de la circulation entre Uvira et Bukavu.
« Avant, pour aller à Bukavu, je passais par le Burundi, la Tanzanie et le Rwanda à cause des barrières illégales des FARDC et des Wazalendo dans la plaine de la Ruzizi. Le voyage durait trois jours. Aujourd’hui, je prends directement le bus Uvira–Bukavu et le trajet dure environ six heures », a-t-il expliqué.
Selon plusieurs sources locales, l’AFC/M23 a pris le contrôle de la ville d’Uvira le 10 décembre 2025. À la suite de cette prise, plusieurs éléments des Forces armées de la RDC (FARDC) et des groupes Wazalendo auraient fui vers le Burundi, Kalemie et Fizi.
BN