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UVIRA : Un tournant majeur dans la crise sécuritaire à l’Est

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Déplacement de populations après la chute d’Uvira
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Deux jours après l’assaut éclair de l’armée rwandaise et ses supplétifs du M23, la situation reste confuse dans la cité portuaire d’Uvira présentée par le mouvement comme «sous contrôle des rebelles». Selon des sources sécuritaires, diplomatiques et humanitaires, des éléments du M23 ont pénétré dans la ville après une progression rapide depuis les axes de Sange et Kiliba. Les autorités congolaises n’avaient, mardi soir, ni confirmé ni infirmé l’étendue exacte du contrôle rebelle, mais appelaient à la retenue et à la vigilance.

L’offensive des RDF et ses supplétifs de l’AFC/M23 intervient dans un contexte régional particulièrement tendu. Ces dernières semaines, la coalition a multiplié les conquêtes territoriales dans le Nord et le Sud-Kivu, alors que les Forces armées de la RDC font face à des difficultés opérationnelles et logistiques. La ville d’Uvira, carrefour commercial majeur entre la RDC, le Burundi et la Tanzanie, représente un point stratégique dont la perte pourrait modifier l’équilibre sécuritaire dans toute la région des Grands Lacs. «Nous avons observé un repli de certains éléments des FARDC vers les collines, probablement pour se regrouper», rapporte un notable local qui ajoute que «les habitants sont pris au dépourvu. Beaucoup ne savent pas où aller se réfugier».

Sur le plan humanitaire, la situation s’est rapidement dégradée. Des milliers de familles auraient fui en direction de Kamanyola, de la frontière burundaise ou de la plaine de la Ruzizi. Les organisations humanitaires présentes dans la région évoquent un «besoin urgent» d’abris, d’eau potable et de dispositifs de protection pour les civils, mais reconnaissent être confrontées à d’importantes contraintes d’accès.

La déstabilisation d’Uvira intervient également quelques jours après un accord diplomatique signé à Washington entre les présidents congolais et rwandais. Une coïncidence questionnée par plus d’un. Pour un diplomate africain en poste dans la région, «cette évolution montre un décalage inquiétant entre les engagements politiques à l’international et la situation réelle sur le terrain». Le diplomate appelle à un «renforcement de la pression régionale pour éviter que la crise n’embrase davantage les frontières».

Le Burundi, voisin immédiat, a déjà renforcé ses effectifs à la frontière avec la RDC, désormais fermée par crainte d’un afflux de réfugiés et d’éventuelles intrusions hostiles.

Située à quelques dizaines de kilomètres de Bujumbura, Uvira est perçue comme un point particulièrement sensible dans les équilibres militaires régionaux.

À Kinshasa, plusieurs acteurs de la classe politique dénoncent une «agression extérieure» et réclament une réponse coordonnée des institutions régionales et internationales. De leur côté, des sources locales affirment que certains quartiers d’Uvira restent calmes mais marqués par l’incertitude et la fermeture de la plupart des activités commerciales. «Les gens attendent de comprendre qui contrôle quoi. Nous vivons une situation de flottement total», témoigne une commerçante jointe depuis Kavimvira.

Lors de son passage à la télévision nationale, dans l’émission Congolais Télèma mercredi 10 décembre, le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a tiré une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à cette situation qu’il qualifie d’«inacceptable».  Il a condamné la recrudescence des attaques du Rwanda, malgré la signature récente de l’Accord de Washington le 4 décembre dernier. «Ce qui se passe dans la partie Est de notre pays est inacceptable, surtout après la signature de l’accord du 4 décembre dernier», a-t-il déclaré, soulignant que plus de 200.000 Congolais ont été contraints de fuir leurs villages en quelques jours, dans l’axe Kamanyola-Uvira s’ajoutant aux «sept millions de déplacés» recensés dans le pays à cause des conflits en cours, particulièrement ceux impliquant les opérations du Rwanda via le M23.

Muyaya a aussi confirmé l’utilisation de «drones kamikazes, des drones suicides largués aveuglément et qui tuent», évoquant un bilan provisoire d’au moins 83 blessés, un chiffre partiel datant d’il y a deux jours et susceptible d’augmenter. Le chef intérimaire de la MONUSCO a pour sa part annoncé au moins 73 civils tués au cours des dernières vingt-quatre heures.

Pour le ministre Muyaya, il ne fait aucun doute que Kigali porte la responsabilité de cette intensification de la violence. «Ce qui se passe sur le terrain est porté directement par l’armée rwandaise dans l’objectif de semer la mort et la désolation», a-t-il affirmé.

Entre-temps, une réunion a été tenue le même mercredi autour de la première ministre Judith Simunwa pour faire le point.

Plusieurs observateurs estiment que si la situation devait se stabiliser sous occupation, les conséquences économiques et sociales pour Uvira seraient dramatiques. En effet, la ville dépend fortement de ses échanges transfrontaliers et de son activité portuaire, désormais paralysés. Les opérateurs économiques locaux redoutent un effondrement total des circuits d’approvisionnement.

À l’heure actuelle, plusieurs organisations internationales appellent à une désescalade immédiate, à l’ouverture des couloirs humanitaires sécurisés et à la mise en place d’un mécanisme indépendant de vérification des faits sur le terrain. Sans intervention rapide, préviennent-elles, la région risque de s’enfoncer dans une crise encore plus profonde.

José M

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LE MAXIMUM 11 décembre 2025 11 décembre 2025
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