Disparu des radars depuis sa condamnation à mort par la Haute cour militaire, le 24 juillet 2025, le président de la République honoraire, Joseph Kabila, a réapparu, mi-octobre denier à Nairobi (Kenya), pour lancer une nouvelle plateforme politique dénommée « Sauvons la RDC ». Le nouveau regroupement politique semble destiné à se substituer au Front Commun pour le Congo (FCC), l’ancienne plateforme politique de sa majorité, en perte de vitesse depuis son remplacement à la tête de la RDC. Mais pas seulement.
A l’issue d’un conclave ultra-rapide, tenu les 14 et 15 octobre 2025 à Nairobi au Kenya, Joseph Kabila et quelques partisans ont annoncé la création de « Sauvons la RDC », une nouvelle plateforme politique de l’opposition, qui dénonce le pouvoir en place, qu’elle accuse de tous les maux d’Israël. En ce compris la détérioration de la situation sécuritaire à l’Est du pays, pour laquelle l’ancien président de la République a été condamné par contumace pour son soutien à la rébellion AFC/M23.
Le 24 octobre à Kinshasa, « Sauvons la RDC » a effectué sa sortie officielle sous la forme d’une conférence de presse. Elle a réitéré son appel à une opposition ferme face à Félix Tshisekedi ainsi qu’à une large mobilisation à travers le pays et le monde. Objectif affiché : restaurer la souveraineté populaire face à un régime qu’il accuse d’autoritarisme.
« Sauvons la RDC » a également réclamé la tenue urgente d’un dialogue politique inclusif, sincère et sans tabous, sous la supervision des églises catholique et protestante de la RDC.
Seth Kikuni, jeune candidat malheureux à la présidentielle 2023 et proche depuis lors de Moïse Katumbi, un autre candidat malheureux à la même élection, devenu porte-parole de la nouvelle plateforme kabiliste, explique que ce dialogue permettra de préparer les élections de 2028. « Nous allons faire la mobilisation pacifique et une offensive diplomatique. Nous voulons augmenter la pression politique pour que le dialogue inclusif devienne une réalité. Le dialogue n’est pas une option, c’est une obligation. Félix Tshisekedi résiste, c’est que nous nous refusons, c’est un monologue. Nous voulons un dialogue avec des résolutions qui seront imposables à tous ».
Seulement, le dialogue réclamé par les kabilistes apparaît aux yeux de nombre de Congolais comme une manœuvre politique pour contourner le souverain primaire. « Joseph Kabila s’est placé à la tête d’une rébellion pour accéder au pouvoir par la voie des armes. Le dialogue qu’il exige est un partage de pouvoir entre belligérants, comme en 2003 après le dialogue de Sun City. C’est une forme de monologue qui ne dit pas son nom », estime Jacques Etafe, un jeune avocat kinois. En RDC, beaucoup de ses compatriotes partagent cet avis.
Porte-voix rebelle
De ce point de vue, la création d’une nouvelle plateforme politique, en plus d’organisations politiques et militaires dont la paternité lui est attribuée, semble destinée à porter sur la voix publique ce que les armes ne peuvent lui offrir. « Sauvons la RDC » est ainsi perçu comme la branche politique des rébellions attribuées à l’ancien président de la République dont il n’est que le porte-voix.
Dans l’opinion publique en RDC, la prestation de José Makila au cours d’une émission très suivie de Top Congo FM, amplement diffusée sur You Tube semble avoir plutôt confirmé tout le mal que l’on pense du nouveau regroupement kabiliste et de ses atomes crochus avec les agresseurs rwandais de la RDC. Interrogé sur l’identité de l’actuel agresseur de son pays, l’ancien ministre des Transports pour le compte du FCC kabiliste a éprouvé tout le mal du monde à nommer le Rwanda de Paul Kagame et son armée. Une réaction assimilée à la collusion avec l’ennemi et à la trahison. « Sauvons la RDC signifie en réalité sauver le Rwanda, puisque les membres de la nouvelle plateforme kabiliste soutiennent les revendications des rebelles à la solde de ce pays agresseur, qu’ils protègent, du reste, en refusant de le condamner publiquement », déclare à ce sujet, Joseph Koko, un enseignant dans une école privée de Kinshasa.
« Sauvons le Rwanda »
Pour le président de la République honoraire et ses affidés, gagner la confiance de l’opinion se révèle d’autant plus laborieux que les autorités au pouvoir semblent déterminées à leur imposer la force de la loi. Au lendemain du conclave de Nairobi, le 17 octobre dernier, Seth Kikuni a été brièvement interpellé par les services de sécurité à son retour du Kenya. Probablement pour s’entendre demander des explications sur les projets de déboulonnement du pouvoir en place annoncés par la nouvelle plateforme.
Alors qu’il tentait de refaire surface malgré une mesure d’interdiction de fonctionner en RDC, le PPRD, ancien parti présidentiel, s’est littéralement fait remonter les bretelles et ses membres menacés des foudres de la loi s’ils osaient se manifester à nouveau. Le 27 octobre 2025, un nouvel arrêté ministériel portant suspension des activités du parti a été formellement signifié au PPRD. Au mois d’avril dernier, le gouvernement avait déjà suspendu les activités de l’ancien parti présidentiel, l’accusant, ainsi que son « autorité morale », de complicité avec les rebelles du M23.
Mardi 28 octobre 2025, le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, a pris un arrêté suspendant l’Alliance des travailleurs pour le développement (ADT) de José Makila Sumanda, membre du FCC et de la nouvelle plateforme politique, « Sauvons la RDC » pour participation à un mouvement insurrectionnel et apologie du terrorisme. Il est reproché à l’ancien ministre Kabila, sa participation aux assises de Nairobi, les 14 et 15 octobre 2025.
Dans un communiqué, le 26 octobre 2025, le FCC a protesté contre la nouvelle suspension des activités du PPRD, accusant le gouvernement de harcèlement, notamment. Mais dans l’opinion, peu s’en émeuvent. Sur les réseaux sociaux, des internautes se sont amusés à republier la décision prise par le gouvernement Kabila, qui avait suspendu le RCD/N de Roger Lumbala, après que l’ancien rebelle eut rejoint les rangs du M23 en 2013. C’est tout dire.
J.N.