Démission du gouvernement lundi 20 octobre 2025, réintégration à l’Assemblée nationale 24 heures plus tard, mardi 21 octobre. Aimé Boji Sangara semble marcher sur du velours vers le perchoir de la chambre basse du parlement, la deuxième institution politique nationale.
Ce qui n’était que supputations prend donc bel et bien forme. Du point de vue légal, rien ne s’oppose désormais aux ambitions clairement exprimées du natif de Kabare au Sud-Kivu. L’article 110 de la constitution règle clairement la question de la récupération d’un mandat électif. Rien ne s’y oppose si l’élu ayant eu à exercer une fonction incompatible quitte cette dernière et en exprime le souhait. Tout autant rien ne s’oppose à ce qu’un élu qui a été appelé un moment au gouvernement central brigue la charge de membre du bureau de l’Assemblée nationale.
Il reste à l’impétrant d’arracher les suffrages de ses collègues députés nationaux. Ce qui semble dans l’ordre normal des choses, compte tenu du fait que, jusqu’au moment où nous mettions sous presse, l’Union sacrée de la nation (USN), la majorité présidentielle à laquelle appartient Aimé Boji Sangara, n’avait pas encore formellement enregistré de candidature concurrente à celle de l’élu de Walungu (38.000 voix en 2023).
Force est de constater, à cet égard, que le profil de ce fils d’ancien gouverneur de province ne manque pas d’intérêt. A 57 ans, Aimé Boji cumule une expérience politique et un parcours plutôt impressionnant. Son cursus universitaire élogieux, débuté à l’Université de Lubumbashi, poursuivi à l’Oxford Brookes University (économie et administration des affaires) et à l’Université d’East Anglia (économie de développement) a de quoi impressionner. Politiquement, Aimé Boji est parmi les cofondateurs de l’Union pour la Nation Congolaise, le parti politique de Vital Kamerhe, avec lequel il chemine depuis les années ‘2005. Il est élu député PPRD en 2006 avec 25.000 voix et n’a plus perdu son siège de Walungu depuis cette date. Puisqu’en 2011, il a été réélu pour le compte de l’UNC, cette fois-ci. Avant de récidiver en 2018 puis en 2023. Ce qui en fait un des leaders incontestés de la province du Sud-Kivu à ce jour.
L’UNC ne l’a pas désigné
Seul ombre à ce tableau séduisant : la situation du prétendant à la succession de l’UNC Vital Kamerhe au sein de son propre parti. Le 18 octobre 2025, le parti kamerhiste s’est fendu d’un communiqué indiquant clairement qu’il n’avait pas encore désigné le successeur de son autorité morale au perchoir de l’Assemblée nationale. Une façon de dire que l’UNC n’avait nullement proposé de candidature à cette fonction prestigieuse s’il en est, fut-elle celle d’Aimé Boji. Vital Kamerhe aurait voulu contrecarrer l’ascension fulgurante du cadre de son parti qu’il ne s’y serait pas pris autrement…
Carte présidentielle
En réalité, et ce n’est plus qu’un secret de polichinelle, cela fait des lustres qu’Aimé Boji n’avait plus tellement d’atomes crochus avec Kamerhe et son UNC, même au sein du gouvernement national. Un fossé se serait creusé entre le jeune leader de Walungu et son ancien mentor.
De fait, le ministre sortant de l’Industrie du gouvernement Suminwa 2 s’est frayé lui-même son propre chemin, comme un grand garçon. Sans tambours ni trompettes. Parce qu’officiellement, Aimé Boji Sangara n’a pas quitté délibérément l’UNC. Tout comme le parti n’a pas encore osé l’en exclure.
Sa candidature au top job du bureau de l’Assemblée nationale pourrait donc s’avérer la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et entraîner une réaction postposée jusqu’ici du parti kamerhiste si tant est qu’il choisisse de franchir le Rubicon de la discorde avec Félix Tshisekedi, seul maître à bord du bateau USN.
La carte Aimé Boji à la présidence du bureau de l’Assemblée nationale, est en effet une carte présidentielle. Leader et ressortissant de la province du Sud-Kivu, comme son prédécesseur, Vital Kamerhe, le postulant représente donc un atout géopolitique important pour le président Félix Tshisekedi, qui n’a pas intérêt à écorner la sensibilité à fleur de peau de ses nombreux électeurs de l’Est, particulièrement ceux de cette région martyre du Sud-Kivu, partiellement occupée par l’armée rwandaise à laquelle des résistants autochtones, les Wazalendo, résistent courageusement, de concert avec les FARDC.
Il reste que, pour certains analystes, en soutenant jusqu’au bout la carte Boji, le président Félix Tshisekedi, fragilise irrémédiablement son allié de tous les temps dans la région qu’est Vital Kamerhe.
Les jours à venir éclaireront les enjeux liés à la succession de Vital Kamerhe par un de ses anciens lieutenants.
J.N.