Un journaliste récemment libéré des mains du M23 qui s’est confié vendredi 10 octobre à Reelactu, livre un témoignage glaçant sur les atrocités commises dans les prisons souterraines de la rébellion, en pleine ville de Goma, occupée par ce mouvement armé depuis janvier. Son récit, à la fois bouleversant et effrayant, met à nu l’enfer que subissent quotidiennement les habitants tombés entre les mains des rebelles.
«Nous étions 80 personnes, tous des hommes, dans un espace de trois mètres carrés», raconte-t-il d’une voix tremblante. «En sept jours, j’ai vécu un calvaire que je n’aurais jamais imaginé».
Dès leur arrivée, les prisonniers subissent ce que les rebelles appellent une “séance d’admission”. Quatre hommes, postés à l’entrée, accueillent chaque détenu à coups de fouets, sans distinction. Deux tiennent la tête, deux les jambes, tandis que les lanières s’abattent avec brutalité. «Si vous êtes soupçonné de collaborer avec le gouvernement ou les FARDC, c’est entre la vie et la mort», confie le journaliste.
À l’intérieur, les conditions sont inhumaines. Pas de visite, pas de soins, pas de nourriture venant de l’extérieur. Les prisonniers survivent à une seule ration quotidienne composée de maïs et de haricots, souvent sans huile ni sel. L’air est irrespirable. «Certains meurent à l’intérieur, les corps dégagent une odeur insoutenable», témoigne-t-il.
Chaque matin, des gardiens, tous des combattants du M23, viennent «choisir» des détenus pour de nouvelles séances de torture. «Ils prennent ceux qui tiennent encore debout pour les frapper encore».
Le journaliste dénonce aussi une ségrégation ethnique au sein de ces prisons clandestines. «Durant mon séjour, je n’ai jamais vu un seul Tutsi enfermé. Tous les détenus étaient issus d’autres communautés».
Le sort des prisonniers dépend de la nature des accusations. Ceux soupçonnés de collaboration avec les forces loyalistes, les Wazalendo, les FDLR ou les autorités de Kinshasa, n’ont presque aucune chance de survie. Beaucoup meurent sur place, d’autres seraient transférés vers une autre prison du M23 à Rutshuru, d’où peu reviennent.
Le journaliste, lui, ne doit sa liberté qu’à une improbable rencontre. «Un homme m’a reconnu, il se souvenait que je l’avais aidé un jour à Rubaya. C’est grâce à lui que j’ai pu sortir, sinon j’y aurais laissé ma peau», raconte-t-il.
Mais même libre, la peur le poursuit. «Il m’a conseillé de ne pas me montrer. Celui qui avait ordonné mon arrestation a été muté à Bukavu. Mais je ne suis plus en sécurité».
Ce témoignage vient confirmer les multiples alertes des organisations locales et internationales sur les graves violations des droits humains dans les zones sous contrôle du M23, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports onusiens.
Pendant que la communauté internationale multiplie les appels à un cessez-le-feu, la population de Goma, elle, continue de vivre sous la terreur. Et dans les prisons souterraines de la rébellion, la mort rôde, silencieuse.
D.M.