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Politique

NETTOYAGE ETHNIQUE ET REPEUPLEMENT A L’EST DE LA RDC : Butembo et Mambassa pourchassent les Massaï

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Des vendeurs massaï. Ph. Dr. Tiers
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 l’Est de la RDC, dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu non encore occupées par les forces armées rwandaises et leurs supplétifs congolais, les populations font face à l’activisme terroriste des rebelles ougandais de l’Alliance Democratic Forces (ADF). Pas une semaine sans massacres des populations civiles par ces hordes islamisées, à l’instar du massacre de 43 personnes dans la paroisse Ste Anuarite de Mambassa, fin juillet dernier. Ou encore, plus près de nous, celui 63 civils à Ntoyo, non loin de Mangurejipa en territoire de Lubero (Nord-Kivu), perpétré dans la nuit du 8 au 9 septembre dernier. Ça en fait trop. Les populations tentent de conjurer l’hécatombe, tant bien que mal.

Fin août dernier, des étrangers présentés comme des ressortissants des ethnies kényane et tanzanienne Massaï, ont été reconduits au poste frontalier de Kasindi à une cinquantaine de km de Beni-Ville (Nord-Kivu). Destination : l’Ouganda voisin d’où ils seraient venus. On doit cet épilogue, plutôt heureux pour cet échantillon Massaï placé à l’abri de la vindicte populaire, aux services congolais de défense et de sécurité qui ont tenu à prévenir tout risque d’agression physique contre ces vendeurs ambulants qui essaiment dans la région depuis quelques temps.

Dans la région de Beni-Butembo, les services de l’immigration estiment la présence des vendeurs Massaï, entrés en RDC par le poste frontalier de Kasindi-Luvirihya, régulière. Ce n’est pas le point de vue, largement partagé, des populations sous pression permanente du fait des massacres quasi quotidiens des populations civiles. Sur les réseaux sociaux, les vendeurs ambulants Massaï sont présentés comme des espions au service de l’agresseur, Rwandais, Ougandais, Kényan ou Tanzanien.

Des vidéos présentant des images de lynchage de ces espions présumés ont abondamment circulé ces dernières semaines, qui rapportent la satisfaction des populations contente de mettre la main sur leurs bourreaux.

Les Rwandais d’African Facts s’en mêlent

Ces incidents, qui auraient pu passer pour des faits divers dans cette région qui a déjà vécu pire en termes de terrorisme et d’atteintes aux droits de l’homme, font néanmoins l’objet de l’attention particulière et intéressée d’African Facts, un organe de propagande notoirement pro-rwandais. «Des Massaïs victimes de raids et de lynchages dans l’Est de la République démocratique du Congo», alertait-il, le 12 septembre dernier, sous les plumes de Ethan Lumoo Buuma et Théo Englebert. «À première vue, il semble qu’un seul homme soit à l’origine de cette série d’événements tragiques : Benoît Muhindo Mukumbatiya. Il est actuellement colonel des Wazalendo et dirige l’une de ces milices, la Force d’action rapide (FAR-W).

Ce groupe armé est lié à Muhindo Nzangi, un élu de Goma actuellement ministre du Développement rural de la RDC (il est, depuis lors passé au ministère de l’Agriculture Ndlr). Depuis 2022, Nzangi dirige son propre parti, l’Action des Volontaires pour le Renouveau patriotique (AVRP), dont Mukumbatiya était initialement responsable de la mobilisation», dénoncent-ils. Mais pas seulement. Selon African Facts, «cette culture raciste a été importée dans l’Est de la RDC par des génocidaires rwandais qui s’y sont réfugiés avec leurs familles, leurs armes et leurs biens en 1994. Elle a prospéré au point de devenir hégémonique dans la culture, les représentations et le discours congolais. Développée et soigneusement entretenue par l’élite intellectuelle rwandaise, cette idéologie a causé la mort d’un million de personnes lors du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Aujourd’hui, cette idéologie est soutenue, voire cautionnée, par les autorités de Kinshasa, qui en ont fait un fétiche en mobilisant la population contre un prétendu «ennemi intérieur» incarnant l’altérité radicale et l’adversité».

Tanzaniens et Kényans tueurs ADF

Pourtant, la nuisance des ADF qui écument la région de Beni-Butembo et une partie de l’Ituri n’est plus à démontrer. En 2020, alors que les morts attribués à ces rebelles ougandais se chiffraient encore en milliers de victimes, un rapport onusien révélait déjà que «ces attaques (…) pourraient constituer des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre».

En mars 2021, le HCR indiquait que «depuis janvier 2021, les attaques attribuées au groupe armé Forces démocratiques alliées (ADF) ont déjà causé la mort de près de 200 personnes, en ont blessé des dizaines d’autres et ont déplacé environ 40.000 personnes au sein du territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, ainsi que dans les villages voisins, au sein de la province de l’Ituri».

Rien qu’au cours du mois de juillet dernier, 82 personnes ont été massacrées au cours d’attaques menées par les ADF contre les populations civiles, a rapporté la MONUSCO. Sans émouvoir outre mesure les rédacteurs d’obédience rwandaise d’African Facts, qui n’auraient pas été mal inspirés de nommer cette autre idéologie qui consiste à massacrer et à provoquer les déplacements des populations dans la région de Beni-Butembo et en Ituri voisin.

Idéologie hégémoniste de dépeuplement

Pour les populations locales et les Wazalendo qui se sont constitués en groupes d’auto-défense pour protéger leurs terres ancestrales, derrière les enlèvements, les massacres quotidiens et les déplacements des populations se cache une politique de dépeuplement forcé dont les acteurs, étrangers (rwandais), sont connus.

Un rapport d’experts onusiens publié en juin 2021 est révélateur à ce sujet. Il signale l’intégration dans les rangs des terroristes ADF de combattants Tanzaniens, Burundais et Kenyans dont l’apport se traduit par l’augmentation du taux d’usage des explosifs dans la région de Beni. «Au moins 12 incidents liés aux explosifs ont été confirmés pendant la période sous examen. 36 incidents impliquant au total 64 engins explosifs improvisés suspectés ou confirmés, ont été confirmés par le Groupe d’experts», lit-on dans ce rapport transmis au Conseil de sécurité de l’ONU le 10 juin 2021.

Idéologie nationaliste anti-dépeuplement

Trois ans plus tard, la participation des combattants tanzaniens et kényans aux massacres des civils congolais au Nord-Kivu et en Ituri n’en était que plus manifeste. Le 13 août 2024, les FARDC avaient présenté 31 personnes arrêtées dans la région de Beni, parmi lesquelles de nombreux combattants étrangers affiliés aux ADF. Notamment, Abdallah Rashid, un combattant ADF originaire de Tanzanie, impliqué dans de nombreux massacres et kidnappings dans la région d’Oïcha et Mamove. Emmanuel Sanga «Benito», un autre Tanzanien était responsable de plusieurs exactions contre les civils sur la RN4, de même que Hassim Ramadan, un Kényan surpris en possession d’une arme AK-47 et d’une quarantaine de balles.

Il ne fait donc plus de doute que des ressortissants tanzaniens, kényans, burundais, ougandais comptent parmi les terroristes qui massacrent les populations civiles au Nord-Kivu et en Ituri. Pour les organisations internationales comme l’ONU et pour les populations locales victimes de ces exactions. Qui se défendent avec les moyens du bord, et comme elles peuvent face à ce qui constitue une question de vie ou de mort pour elles. Si racisme il y a derrière ces actes de légitime défense, il s’agirait d’un racisme réactionnaire, susceptible de prendre fin aussitôt disparues les causes qui l’ont fait naître. Et si c’est une idéologie qui guiderait la chasse aux Massaïs à Beni-Butembo et en Ituri, il s’agirait d’une idéologie anti-dépeuplement, opposée à l’idéologie de l’occupation du pays par des hordes tueuses étrangères.

J.N.

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