Alors que le procès opposant l’Officier du ministère public et parties civiles à l’ancien président se poursuit ce vendredi 19 septembre 2025, une nouvelle déclaration attribuée à Joseph Kabila annonce son retour aux affaires. Non datée, cette «déclaration solennelle», largement répandue sur les réseaux sociaux depuis le week-end dernier et dénoncée par certains, n’en suscite pas moins des réactions en sens divers dans les médias et dans l’opinion.
«J’ai quitté le pouvoir en respectant la Constitution et en laissant la place à une alternance pacifique. Beaucoup ont cru que c’était la fin de mon parcours politique. Mais je vous dis aujourd’hui que ce n’était qu’un aurevoir. J’ai vu, comme vous, l’état de notre pays depuis mon départ, les promesses non tenues, les divisions, les souffrances qui s’aggravent. Ceux qui m’ont remplacé n’ont pas apporté la paix, ni la prospérité. Je ne peux respecter spectateur. C’est pourquoi j’annonce solennellement que je suis prêt à reprendre les responsabilités (…) Je reviens. Et je reviendrai jusqu’à ce que le peuple retrouve la dignité qui lui est due», peut-on lire, entre autres, dans ces propos prêtés au président de la République honoraire.
Lundi 15 septembre dernier, Chimpreports, un journal en ligne ougandais a fait les choux gras de cette déclaration de Joseph Kabila, soulignant le fait que l’ancien Raïs congolais estime que son pays «est en danger». La récente déclaration du chef de l’État honoraire intervient à deux ans de la prochaine élection présidentielle et «devrait intensifier les manœuvres entre les partis et alliances politiques qui se disputent l’avenir du Congo post-Tshisekedi», estiment nos confrères.
Mais aussi, que son annonce pourrait «remodeler considérablement le paysage politique congolais à l’approche des élections générales de 2028, car elle constitue le signe le plus clair à ce jour de son intention de défier la coalition au pouvoir de Tshisekedi».
Exacerber les tensions politiques
Chimpreports n’est pourtant pas dupe. Le retour annoncé de Joseph Kabila pourrait «exacerber les tensions politiques», mais aussi, «dynamiser les blocs d’opposition» en quête de changements «dans un contexte de frustration croissante de la population face à l’insécurité dans l’Est du pays et aux difficultés économiques», avance-t-il encore.
Selon certains observateurs, «la déclaration solennelle» attribuée à Joseph Kabila, qui n’a pas encore été officiellement démentie, participe d’une stratégie d’exacerbation des tensions politiques en RDC. Accusé d’être le parrain de la rébellion AFC/M23 par le pouvoir en place, Joseph Kabila n’a jamais quitté la scène politique, qu’il manipule à des fins de déstabilisation, selon ses détracteurs. «Il n’y a donc pas de retour. Parce qu’il n’est jamais parti en réalité», estime ce député national de la majorité rencontré dans les couloirs du Palais du Peuple, lundi 15 septembre 2025.
Aucune tribu n’a demandé la guerre
Et, si les partisans du patron du FCC se satisfont de l’annonce du retour aux affaires de Kabila, beaucoup de ses compatriotes, dans les régions martyres de l’Est du pays sont loin de partager cette idée. «Aucune tribu du Kivu n’a demandé la guerre du M23/AFC. Le M23 a été créé au Rwanda. L’AFC a été créé au Kenya. A l’instar de l’AFDL, du RDC, du CNDP, le M23/AFC est une guerre des Tutsi rwandais qui est pilotée par des marionnettes congolais. Nangaa, Bisimwa, et Joseph Kabila sont des étiquettes», signale Bureau d’Études sur le Rwanda (BER), sur son compte X.
Ces réactions à la dernière déclaration attribuée à Joseph Kabila surviennent alors que sont attendues, ce vendredi à la Haute cour militaire à Kinshasa, des révélations sur l’ancien président de la République. A la dernière audience consacrée à l’instruction de cette affaire, vendredi 12 septembre 2025, les avocats de la partie civile ont créé la sensation en sollicitant la réouverture des débats pour faire témoigner des nouveaux témoins à charge «susceptibles d’éclairer sous un jour nouveau la vie de l’homme qui a dirigé la RDC durant 18 ans». Ils comptent également revoir à la hausse le montant des dommages et intérêts initialement fixés à 24 milliards USD.
Sur le même sujet, le Conseil national de suivi de l’Accord et du processus électoral (CNSA) a appelé à surseoir au procès intenté à l’ancien président de la République pour favoriser la cohésion nationale dans la perspective du dialogue inclusif. «L’espoir de la population est que les négociations aboutissent et qu’elles soient couronnées par un dialogue national inclusif, gage de paix durable et d’unité nationale», a déclaré en substance,Joseph Olenghankoy, président du comité.
J.N.