En près de 30 années, depuis 1996, le Rwanda a militairement agressé son voisin congolais à cinq reprises. La dernière en RDC, en cours depuis 2022, est la plus longue de toutes. Selon les derniers rapports d’experts onusiens, 3.000 à 4.000 soldats des Forces de défense rwandaises (FDR) ont été déployés en RDC et combattent aux côtés du M23.
Kigali nie imperturbablement la présence de ses soldats en RDC, même lorsqu’il y a quelques jours, les FARDC ont présenté des soldats rwandais capturés au front du Sud-Kivu il y a quelques jours.
Des preuves de la participation d’éléments de l’armée de Paul Kagame aux combats qui endeuillent les territoires de la RDC se multiplient et se diversifient.
Le 4 septembre 2024, Human Rights Watch a publié les données d’une nouvelle analyse géospatiale du territoire rwandais ciblant particulièrement le cimetière militaire de Kanombe. Elle révèle une forte hausse du nombre de tombes depuis l’offensive du M23 et des forces armées rwandaises sur Goma et Bukavu, en janvier et février derniers.
L’ONG internationale assure avoir compté les nouvelles tombes individuelles à l’aide d’images satellite haute résolution prises à 14 dates différentes, entre janvier 2017 et juillet 2025 et calculé l’augmentation moyenne par semaine entre chaque date.
De 2017 à mi-2021, il y avait en moyenne 1,7 nouvelle tombe/semaine. Après la résurgence du M23, début 2022, ce chiffre est passé à 6/semaine. Du 15 décembre 2024 au 9 avril 2025, période marquée par de violents combats autour de Goma et sa prise par le M23, ce chiffre est passé à 22 tombes/semaine.
HRW a recensé 1.171 nouvelles tombes entre le 27 janvier 2022 et le 3 juillet 2025, dont 460 nouvelles tombes entre le 15 décembre 2024 et le 3 juillet 2025. Selon des sources de l’ONU et des Rwanda defense forces en ligne, moins de 10 décès de soldats rwandais ont été signalés dans d’autres pays pendant la même période.
La plupart des nouvelles tombes se situent dans la partie Sud du cimetière, où une nouvelle zone a également été défrichée entre le 4 et le 6 novembre 2024, et autour de laquelle une nouvelle allée a été construite.
Dans une zone plus petite située juste au nord, de nouvelles tombes sont également apparues et ont progressivement rempli l’espace restant.
Au cours des deux premières semaines de février 2025, juste après la prise de Goma et juste avant celle de Bukavu, deux nouvelles zones au sud des casernes militaires et de l’hôpital ont été défrichées et reliées par une nouvelle route.
Dans l’une des deux nouvelles zones défrichées, environ 45 nouvelles tombes étaient déjà visibles au 3 juillet 2025, rapporte HRW.
L’ONG rappelle néanmoins que c’est le journal britannique The Guardian qui a été le premier à faire état de l’augmentation du nombre de tombes en février 2025, au début de l’offensive majeure du M23 et des RDF et de la conquête de territoires opérée depuis lors.
En juin dernier, HRW en a donc conclu que le soutien apporté par le Rwanda à l’offensive du M23 en janvier/février et son contrôle apparent sur ce dernier, en font une puissance occupante au regard du droit international. Le Rwanda est donc légalement responsable des abus commis par le M23.
J.M.