Dans trois jours, la rentrée parlementaire. Pour une session budgétaire, en principe. Mais les soubresauts politiques qui s’observent font craindre des bouleversements, en forme de chambardements à la tête des chambres parlementaires. A l’Assemblée nationale comme au Sénat, les bureaux font l’objet de pétitions en gestation qui visent leurs présidents respectifs. Même si Félix Tshisekedi lance des appels à l’apaisement sans équivoque.
C’est à la chambre basse du parlement que les Romains s’empoignent derechef, au point de contraindre les services de police et de sécurité à se mêler de ses combats de coulisses qui le sont de moins en moins.
Vendredi 5 septembre 2025, des agents de l’ordre en tenues de police et en civil ont effectué des descentes musclées dans deux établissements hôteliers de la capitale pour y mettre la main sur des élus nationaux et des documents. A l’Hôtel Rotana (Kin-Plazza Hôtel), des pétitionnaires auteurs d’une déclaration de soutien au bureau de l’Assemblée nationale dirigé par l’UNC Vital Kamerhe ont été interpellés, sans ménagements selon eux, avant d’être emmenés en «lieu sûr», puis relâchés après plusieurs heures de détention. Parmi les élus interpellés, Claude Misare, Emilie Sumaïli, Véronique Lumanu, Ida Kitwa, Ilunga Leu et Jovany Ilunga Liyolo …
Un autre groupe de députés, cueilli à l’Hôtel Everest, complotait contre le bureau à travers une pétition qui aurait déjà recueilli de nombreuses signatures. C’est le groupe conduit par Crispin Mbindule, un ancien élu de l’UNC. Ses membres auraient échappé aux griffes des agents de l’ordre en prenant la fuite.
L’affaire paraissait sérieuse et l’avenir de Vital Kamerhe et Sama Lukonde à la tête des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, en jeu. «Nous avons déjà recueilli 131 signatures contre le président Kamerhe, et largement dépassé le seuil requis en ce qui le concerne. Pour les autres membres du bureau, il nous fallait 50 signatures. Or, nous en avons 119 contre la questeure, Chimène Polipoli Lunda, 67 contre la questeure adjointe, Grâce Neema Paininye, 84 contre le rapporteur, Jacques Djoli, 93 contre la rapporteure adjointe, Dominique Munongo Inamizi, 4 contre le 1er vice-président, Jean-Claude Tshilumbayi, et une seule contre le 2è vice-président, Christophe Mboso»,déclarait l’instigateur principal de cette opération,Crispin Mbindule, aux médias.
Cause entendue
La cause semblait entendue, jusqu’à ce que des sources révèlent qu’en réalité, le nombre des signatures obtenues, moyennant espèces sonnantes, n’était pas aussi élevé. «La liste signée n’avait pas encore atteint 50 paraphes. Le député Crispin Mbindule peine à convaincre ses collègues mais les instigateurs financiers de cette opération viennent de monter les enchères en portant la somme proposée à 3.000 USD/signature, dont 2.000 à percevoir le jour du dépôt de la pétition», révélait-on encore dimanche 7 septembre dernier.
Outre l’intervention des forces de l’ordre pour mettre un terme à la cabale, le président Félix Tshisekedi aurait apporté quelque soutien aux deux bureaux du parlement. Au cours de la réunion interinstitutionnelle convoquée lundi 8 septembre 2025 à Kinshasa, le président de la République a adressé un message sans équivoque à ses interlocuteurs : «la souveraineté et la sécurité de nos populations à l’Est doivent rester la priorité absolue», a-t-il indiqué en rapport avec la situation sécuritaire dans cette partie du pays. Et sans doute aussi, avec l’attention que doivent y attacher les institutions de la République.
Selon le compte rendu de la réunion interinstitutionnelle rendu par Vital Kamehre, le chef de l’Etat «a demandé de garantir une rentrée parlementaire sereine, centrée sur les vraies priorités nationales, c’est-à-dire, celles du peuple congolais». Poursuivant sur sa lancée, le speaker de la chambre basse du parlement a expliqué que le président de la République «s’attend à une rentrée qui préserve la souveraineté du pays, l’intégrité de notre territoire et surtout les droits humains. Ce n’est pas le moment de s’égarer dans des querelles internes alors que l’Est brûle». Et en résumé, «le chef de l’Etat voudrait absolument que nous travaillions en parfaite collaboration avec le gouvernement pour faire triompher la cause du pays. En ce moment crucial, il continue de se déployer diplomatiquement pour la sécurité du territoire», a encore rapporté Kamerhe.
Mais selon des sources parlementaires indépendantes rapportées par des médias, la réunion interinstitutionnelle n’aurait pas permis de résoudre la crise au sujet de Vital Kamerhe, qui reste sous la menace d’une destitution. «La collecte des signatures pour une motion contre Kamerhe se poursuit sans désemparer» et certains députés, initialement signataires d’une motion de soutien à Kamerhe et au bureau, sont désormais sollicités pour se retourner contre lui, et contre Dominique Munongo, rapporteure adjointe pour le compte de l’opposition. Les instigateurs de cette manœuvre demeurent dans l’ombre, aucune identité n’ayant été révélée, hormis une mystérieuse déclaration qui circule de bouche à oreille : «il a été décidé ainsi». Sans plus.
J.M.