Alors que Kigali justifie ses incursions armées à répétition depuis 1996 par la présence des génocidaires hutu sur le territoire de la RDC, l’occupation des régions concernées depuis plusieurs mois, pour la énième fois, tarde à attester de la présence des FDLR de l’autre côté de la frontière rwandaise. Seulement des civils hutu, Rwandais ou Congolais, qui sont systématiquement massacrés dans le cadre de ce qui ressemble à une campagne d’extermination lancée aux lendemains du génocide rwandais de 1996.
Ce n’est pas Kinshasa qui accuse son voisin et agresseur rwandais. C’est l’Ong Human Rights Watch (HRW) qui dénonce des faits survenus entre le 10 et le 30 juillet 2025, dans un communiqué publié à partir de Nairobi, le 20 août 2025.
Les faits déplorés se sont déroulés dans 14 villages et petites zones agricoles riveraines du Parc des Virunga, où quelque 140 civils, majoritairement de l’ethnie hutu, ont été massacrés par les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. «Ces massacres semblent faire partie d’une campagne militaire pour contrer les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé principalement de Hutus rwandais formé par des personnes ayant pris part au génocide de 1994 au Rwanda, et contre d’autres groupes armés», écrit HRW. Qui ajoute que le nombre de personnes tuées sur le territoire de Rutshuru depuis le mois juillet pourrait dépasser les 300 victimes. «Une des pires atrocités commises par le M23 depuis sa résurgence fin 2021», selon l’Ong internationale.
L’armée rwandaise, présente dans la région en soutien aux rebelles, est aussi impliquée dans ces tueries perpétrées contre des agriculteurs locaux, y compris des femmes et des enfants, dans le groupement de Binza (Rutshuru).
L’armée rwandaise impliquée
HRW, qui assure avoir mené des entretiens téléphoniques, notamment avec des témoins, analysé des vidéos et des photographies pertinentes, consulté des médecins légistes et corroboré les témoignages à l’aide de cartes et d’images satellite, a établi une liste de 141 personnes tuées ou disparues. Auxquelles il faut ajouter 41 autres civils, tués entre le 30 juillet et le 8 août dans le groupement de Binza. Des informations documentées indiquent que des meurtres ont été commis dans les localités de Busesa, Kakoro, Kafuru, Kasave, Katanga, Katemba, Katwiguru, Kihito, Kiseguru, Kongo, Lubumbashi, Nyamilima, Nyabanira, et Rubare, toutes sous contrôle du M23 au moment des faits. «Plusieurs commandants ont été identifiés dans certains lieux», écrit HRW.
Dans le territoire de Rutshuru, les meurtres ont particulièrement affectés des champs au nord et au sud de la route qui traverse Kiseguru et Katwiguru. Des combattants du M23 ont encerclé et bloqué toutes les routes du secteur pour empêcher les villageois de partir. «Après le 14 juillet, des témoins ont raconté que le M23 a exécuté sommairement des personnes à Nyamilima, à 25 kilomètres de Kiseguru. Human Rights Watch a documenté des exécutions perpétrées par le M23 jusqu’au 30 juillet à Nyabanira, ciblant notamment des personnes venues chercher ou enterrer leurs proches ou chercher de la nourriture dans leurs champs», lit-on sur ce communiqué.
Selon les témoins interrogés, les corps des victimes ont été enterrés dans les champs ou jetés dans la rivière Rutshuru sur ordre des combattants rebelles. «Le fait que le M23 cible des civils hutu vivant à proximité des bastions des FDLR soulève de graves préoccupations de nettoyage ethnique dans le territoire de Rutshuru», note l’Ong.
Encore le général Baudouin Ngaruye
Les auteurs de ces nouveaux crimes de guerre sont connus, puisque ces opérations militaires sont conduites par le 1er Bataillon de la 1ère brigade, commandé par le colonel Samuel Mushagara et le général de brigade Baudouin Ngaruye. Ce dernier faisant déjà l’objet de sanctions onusiennes pour son rôle dans les crimes de guerre commis par le M23.

Commis après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, en juin dernier, «les massacres perpétrés par le M23, soutenu par le Rwanda, mettent en lumière les écarts qui existent entre la rhétorique sur la scène internationale et la réalité pour les civils dans l’Est de la RD Congo», déclare à ce sujet, Clémentine de Montjoye.
Le rapport d’HRW indique que le secteur où les opérations militaires du M23 ont lieu jouxte le parc national des Virunga et les zones où les FDLR opèrent depuis des décennies. Des civils sont ainsi souvent pris entre deux feux. Et, de nombreux agriculteurs tués dans les opérations de juillet dernier étaient soit des habitants locaux, soit des travailleurs migrants qui avaient quitté des villages et des villes plus éloignés pour travailler dans la vallée fertile en bordure du parc. «Certains vivaient dans les champs, où ils travaillaient avec toute leur famille», écrit HRW.
Selon les enquêteurs, les rebelles accusent régulièrement des opposants présumés, souvent sans preuve, de collaborer avec les FDLR, d’autres groupes armés ou l’armée congolaise. HRW fait état de l’exécution, le 7 juillet dernier à Katwiguru, d’un pasteur accusé de collaborer avec les Wazalendo.
J.N.