En RDC, la publication des résultats de l’examen d’Etat, l’épreuve certificatrice qui sanctionne la fin des études secondaires, est en cours depuis le 3 août 2025. Une performance qui relève du miracle, puisqu’elle intervient 3 jours seulement après la fin des épreuves, clôturées le 31 juillet dernier. Cela ne s’était jamais vu auparavant : l’attente du verdict des corrections a été réduite de plusieurs semaines, voire, de plusieurs mois à quasiment un clin d’œil. Critiques et commentaires sont allés dans tous les sens, y compris les moins flatteurs dans un environnement politique où faire différent et innover sont allègrement assimilés à l’incompétence.
Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir prévenu. Dans une tribune, lundi 28 juillet 2025, date du lancement des épreuves de l’Ex’Etat sur toute l’étendue du territoire de la RDC, Raissa Malu, la ministre Suminwa de l’Education nationale avait présenté les contours des améliorations apportées par les services sous sa tutelle. «Une révolution numérique», annonçait-elle, sans être prise au sérieux, à en juger par la levée des boucliers déclenchée par le lancement de la publication des résultats, dimanche dernier.
Sur les réseaux sociaux, particulièrement, la polémique a pris des allures de lynchage, les commentateurs allant jusqu’à accuser le ministère de trucage des résultats à des fins politiciennes. Certes, les thuriféraires de l’opposition politique et les brigades numériques des partis politiques hostiles à la majorité au pouvoir en RDC se sont jetés sur le dossier. Mais pas seulement. Des personnalités a priori plus respectables, aussi. A l’instar du révérend Abbé Jean-Bosco Bahala, un prêtre catholique de Bukavu (Sud-Kivu), connu pour avoir occupé des responsabilités publiques plutôt élevées. «Toute cette publicité sur ce ‘’miracle’’ de la correction ultra rapide des items grâce à la technologie et à l’IA est tout à fait troublante», écrit-il sur son compte X. «Pour quiconque connaît la géographie de notre vaste pays et les difficultés de transport, sans compter le fait que certaines parties du pays sont d’un accès difficile, prétendre donner les résultats des examens d’Etat et des statistiques globales du pays … en 48 heures, relève d’un manque de respect à nos intelligences, lorsqu’on connaît les méandres des opérations compliquées de collecte des items des centres d’examen, leur rassemblement au niveau des provinces, la confection des colis, leur expédition à Kinshasa, leur réception, leur ouverture, le dispatching dans les centres de correction, etc ! ça ne peut pas prendre moins d’une semaine. Sans compter la difficulté la difficulté de communication avec les territoires occupés actuellement ! Je ne comprends pas la motivation d’une telle précipitation d’annonce des résultats ! Cela risque de donner libre cours à des contestations de résultats comme on en a déjà connues. Et dès que de telles polémiques vont commencer, cela va diminuer la crédibilité des diplômes de nos petits. Bon, wait and see», déballe littéralement le Révérend.
Décentralisation de la correction
Comme beaucoup d’autres parmi les détracteurs de la célérité observée dans le lancement de la publication des résultats de l’Ex’Etat 2025, l’Abbé Jean-Bosco Bahala était ignorant des innovations introduites dans le traitement des copies. «C’est l’ouverture de deux centres modernes de scannage des copies, l’un à Mbuji-Mayi (Kasai Oriental 1) et l’autre à Lubumbashi (Haut-Katanga 1). Chaque centre est une petite usine de fiabilité, avec cinq compartiments dédiés : salle de préparation, salle de scannage, salle de serveurs, salle de contrôle et une salle surveillance. Les copies sont ainsi traitées numériquement et envoyées aux centres de correction de Kinshasa, ce qui nous permet de gagner 30 à 40 % sur le délai de traitement global des résultats», expliquait Raissa Malu, le 28 juillet dernier au lancement des épreuves nationales. Ce n’est ainsi pas un hasard si les premiers résultats publiés sont ceux de Mbujimayi, de Lubumbashi et de Kinshasa/Mont Amba.

L’autre facteur de la rapidité observée, c’est cette véritable révolution numérique qui réside dans l’introduction de l’IA (S-Note Manager) pour rendre la correction plus fiable et plus efficace. «Cette innovation permet une correction automatique des épreuves tout en maintenant un haut niveau de supervision humaine par les experts de l’Inspection générale. Cela se traduit par un gain de temps considérable pour nos correcteurs et des résultats plus fiables et cohérents pour nos candidats », explique encore la ministre de l’Education. «C’est la correction automatisée assistée par l’IA, qui permet des résultats spectaculaires : plus de 100 copies corrigées par minute, sans erreur humaine, sans interférence, sans favoritisme», expliquaient pour leur part, mercredi 6 août, des experts ministère de l’Education Nationale, non sans une pointe de fierté et de défi. «Aujourd’hui, le scanner traite entre 80 et 160 items par minute, contre seulement 8 à 15 copies par minute les années précédentes», explique-t-on encore.
Révolution numérique
Pour autant, la révolution numérique vantée par Raissa Malu ne se limite pas aux seuls résultats de l’Ex’Etat, parce qu’elle vise à «garantir l’équité pour chaque élève et la crédibilité de notre système éducatif, non seulement à l’échelle nationale, mais aussi, internationale».
Les inscriptions aux épreuves officielles a, ainsi, été numérisée elle aussi. Elle se fait via une plateforme numérisée sécurisée, qui a permis l’identification avec précision de plus de 4 millions d’élèves ainsi que la sécurisation des données personnelles qui ont permis la production des macarons et des diplômes.
S’agissant précisément de ces sésames qui ouvrent la voie aux études universitaires, la dernière session de l’Ex’Etat marque une nette rupture d’avec le passé en enrayant toute possibilité de fraude aux diplômes. «Grâce à la plateforme E-Diplôme, chaque titre académique est désormais infalsifiable, traçable et disponible à vie. Un simple QR code ou un lien sécurisé permet aux universités, ambassades et employeurs de vérifier instantanément l’authenticité d’un diplôme, une innovation qui renforce la crédibilité de notre système éducatif à l’échelle mondiale», écrivait encore la ministre de l’Education nationale, le 28 juillet dernier.
La polémique sur la rapidité du lancement des résultats de l’Ex’Etat 2025 a aussi eu le don d’occulter d’encourageantes statistiques annuelles. Notamment, que le cycle long de l’enseignement secondaire a enregistré un nombre record de 1.079.341 candidats (c’est 350.000 de plus que n’en a reçu le BAC français, et 117.054 candidats de plus qu’en 2024), dont 42,9 % des filles. La participation féminine a enregistré une croissance de l’ordre de 14,0%, soit 57.156 filles supplémentaires, cette année scolaire.
Raissa Malu avoue avoir concentré ses efforts sur «la fin de la chaîne, à savoir, la correction et la publication des résultats», et reconnaît que «la technologie à elle seule ne résout pas tous les problèmes». Mais elle promet de ne pas s’arrêter en si bon chemin. «Dès l’année scolaire prochaine, 2025-2026, nous allons nous attaquer au cœur du problème, c’est-à-dire la qualité de l’enseignement et celle de l’examen d’Etat lui-même».
J.N.