Après la signature, le 19 juillet 2025, d’une déclaration de principes pour le retour de la paix à l’Est de la RDC, les rebelles de l’AFC/M23 ont, étonnamment, multiplié des actes de défiance tendant à remettre en cause les engagements pris sous l’égide des diplomaties américaine et qatarie. Benjamin Mbonimpa, chef de la délégation rebelle à Doha, a ainsi déclaré que son mouvement ne poursuivrait plus les négociations si ses prisonniers n’étaient pas libérés par Kinshasa. Même si des sources insistantes renseignent, depuis 48 heures, que les rebelles ont bel et bien rejoint la capitale qatarie à cet effet.
Une volte-face qui indique qu’en réalité, la énième rébellion armée en RDC soutenue par le Rwanda n’en mène pas large. Des informations en provenance des Etats-Unis renseignent que le M23 devrait être intégré à la liste des mouvements terroristes par le gouvernement américain. Mercredi 6 août, le site internet du sénat américain a affiché le texte d’un amendement (S.Amdt.3626) introduit par Jim Risch, le président de la commission des affaires étrangères. Le texte introduit sollicite l’évaluation des groupes armés africains M23 (RDC) et RSF (Soudan) pour leur désignation comme organisations terroristes étrangères en vertu de l’article 219 de la loi sur l’immigration et de la loi sur la nationalité (8 USC 1189).

L’amendement soumis au sénat recommande au Secrétaire d’Etat, en consultation avec le secrétaire au Trésor et le procureur général, de procéder à une évaluation afin de déterminer si les organisations visées remplissent les critères de désignation comme organisations terroristes étrangères.
Et, au plus tard 90 jours après la date de la promulgation du texte de l’amendement, le secrétaire d’Etat doit soumettre aux commissions parlementaires compétentes un rapport classifié contenant les résultats de l’évaluation, à soumettre aux commissions des relations étrangères, judiciaire et spéciale du renseignement du sénat américain.
La fin des jours fastes
Les rebelles pro Kigali ne devraient donc pas couler que des jours heureux à l’avenir, la désignation comme mouvement terroriste entraînant de graves conséquences sur le plan international et national. Particulièrement, des sanctions économiques, des restrictions de voyage, des poursuites judiciaires ainsi qu’un inévitable isolement diplomatique et financier.
Parmi les conséquences économiques d’une désignation comme mouvement terroriste par le gouvernement américain, le gel des avoirs (biens et avoirs financiers) des organisations et de leurs membres ; des sanctions financières à imposer à des pays considérés comme soutenant ou abritant des organisations terroristes, affectant ainsi leur économie et leurs relations commerciales ; des restrictions commerciales consistant en interdictions par les Etats-Unis d’échanges commerciaux avec les pays et entités associés à des groupes terroristes.
Aux sanctions économiques et financières doivent être ajoutés de possibles poursuites pénales contre les membres du mouvement déclaré terroriste devant les tribunaux américains, avec des peines allant jusqu’à la réclusion à perpétuité ; les extraditions des individus recherchés pour terrorisme vers les Etats-Unis pour y être jugés.
En guerre contre un pouvoir légalement établi en RDC depuis 2021, le M23, rejoint en décembre 2023 par l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa, est l’origine de mouvement de déplacements de masse impliquant jusqu’à 8 millions de personnes à l’Est de la RDC. Rien que pour la prise de la ville de Goma en janvier dernier par les forces militaires coalisées RDF-M23-AFC, près de 10 mille personnes ont trouvé la mort, selon les chiffres du gouvernement congolais. Sans pour autant calmer les ardeurs terroristes des forces d’occupation.
Mercredi 6 août à Goma, les rebelles de l’AFC/M23 ont procédé à un énième bouclage, impressionnant comme les 5 bouclages qui l’ont précédé depuis l’occupation de la ville en janvier dernier. Au quartier Mabanga Sud (commune de Karisimbi), plusieurs personnes, principalement des jeunes, ont été interpellées pour un contrôle d’identité ont été arrêtés.
Bouclage et arrestations à Goma
Selon des témoins, au moins deux jeunes gomatraciens ont été blessés par balles alors qu’ils tentaient d’échapper à l’opération militaire lancée dès 5 h 00 locales. Ils indiquent également que depuis le lancement de ces vastes opérations de traque des collaborateurs présumés des Wazalendo, près de 80 personnes ont été arrêtées.
Des sources indépendantes ont rapporté, mercredi 6 août dans l’après-midi, qu’au moins 60 jeunes interpellées à Mabanga Sud puis emmenés au Stade de l’Unité de Goma se sont vus annoncer leur enrôlement de force dans la rébellion. «Le président Tshisekedi ne veut pas de vous, vous devez rejoindre notre armée pour libérer ce pays», leur a déclaré Willy Ngoma, porte-parole de l’AFC/M23, selon ces sources.

Le même mercredi 6 août, Volker Türk, haut-commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme a publié un communiqué condamnant «l’escalade des attaques meurtrières menées par le M23 soutenu par le Rwanda et d’autres groupes armés contre les civils dans l’Est de la RDC», le mois dernier. Citant des témoignages de première main, V. Türk révèle qu’au moins 319 civils ont été tués par le M23 soutenu par les forces de défense rwandaises, entre le 9 et le 21 juillet dans quatre villages du territoire de Rutshuru. «La plupart des victimes, dont au moins 48 femmes et 19 enfants, étaient des agriculteurs locaux qui campaient dans leurs champs pendant la saison des semis», précise le communiqué. «Toutes les attaques contre les civils doivent cesser immédiatement et tous les responsables doivent rendre des comptes», a ponctué le Haut-Commissaire aux droits de l’homme des Nations-Unies.
Les temps de l’impunité pour les crimes commis contre les civils en RDC semblent devoir prendre fin.
J.N.