Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2025, l’agglomération de Komanda a vécu l’horreur absolue. Des djihadistes du groupe ougandais ADF ont massacré à l’arme blanche 43 personnes. Parmi les victimes, plusieurs membres de la «Croisade de l’Eglise catholique» en veillée de prières dans la paroisse Bienheureuse Anuarite. Dans cette cité du territoire d’Irumu en Ituri, les assaillants ont en outre incendié véhicules et habitations et pris des otages avant de prendre le large.
A Komanda, d’autres corps des victimes de la barbarie ADF ont été retrouvés dans les décombres des maisons de commerce cambriolées avant d’être incendiées. On a dénombré 19 femmes, 15 hommes et 9 enfants. Selon le curé de la paroisse Bienheureuse Anuarite, les assaillants ont obligé de nombreux autres enfants âgés de 10 à 15 ans à les suivre.
Une source proche du dossier a indiqué à nos rédactions que les auteurs de cette attaque terroriste sont partis du bastion ADF du Mont Hoyo, à 12 kilomètres en empruntant la route de Bogi vers le centre de Komanda où ils sont arrivés vers 21 heures locales. Les autorités de l’administration militaire de la province disent n’en avoir été alertées que six heures plus tard, autour de 2 heures du matin. «Ce sont des témoins inquiets de la densité de la fumée s’échappant des habitations et boutiques en feu qui nous ont donné l’alarme», déclare un officiel.
L’attaque de Komanda a d’autant plus surpris qu’elle a eu lieu après une longue accalmie dans cette partie de la province de l’Ituri, qui avait permis le retour de nombreux déplacés.
Quelques heures après le carnage, les terroristes ont relâché une dame kidnappée qui est rentrée à Komanda avec un message destiné aux autorités locales leur enjoignant de mettre un terme aux opérations militaires conjointes de la coalition FARDC-UPDF contre les ADF.
24 victimes inhumées lundi
Komanda a procédé, lundi 28 juillet 2025 à l’inhumation dans une vaste fosse commune aménagée à cet effet, des victimes. 24 corps avaient été préalablement exposées pour un dernier hommage avant l’enterrement dans l’enceinte de la paroisse catholique. Les frais funéraires ont été pris en charge par les gouvernements central et provincial, selon un communiqué de la 1ère ministre, Judith Suminwa. La cheffe du gouvernement a déclaré à cette occasion que «face à cette atrocité visant à semer la peur, les autorités réaffirment leur engagement à protéger les civils, à soutenir les familles endeuillées et à éradiquer l’activisme terroriste dans la région». Le massacre de Komanda a été formellement revendiqué, mardi 29 juillet 2025, par le groupe Etat Islamique (Daech) sur sa chaîne Telegram, selon une dépêche de Reuters.
Depuis dimanche dernier, les FARDC et l’UPDF ont renforcé les mesures sécuritaires autour de la cité martyre. «L’armée va rester ici pour traquer l’ennemi partout, jusqu’à ce que la sécurité soit totalement rétablie. S’ils pensent que les FARDC vont se retirer, ils se trompent. Bien au contraire, d’autres militaires viennent en renfort pour continuer à vous sécuriser, jour et nuit. Les dispositions sont également prises pour sécuriser les agglomérations», a déclaré le général Bruno Mandevu, commandant du secteur opérationnel en Ituri. Qui a aussi appelé les habitants de Komanda à s’abstenir de toute collaboration avec les ADF. «L’ennemi est entré parce qu’il était accompagné de certains de nos enfants de Komanda. Cessez dès aujourd’hui, toute collaboration avec ces ADF», a martelé l’officier général.
Renforts militaires
La MONUSCO a, de son côté, annoncé des patrouilles supplémentaires autour de cette cité située à une soixantaine de kilomètres de Bunia, le chef-lieu de la province de l’Ituri.
Deux jours après le massacre de la paroisse Bienheureuse Anuarite, la vie semblait reprendre à Komanda.
Encouragées par la section locale de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), les activités économiques ont été timidement relancées. «La sécurité est désormais garantie. N’ayez plus peur. Les forces de sécurité sont mobilisées pour protéger la population et ses biens », a déclaré Eric Vuruga, responsable local de l’organisation patronale cité par l’ACP.
L’onde de choc provoquée par les atrocités perpétrées à Komanda a tôt fait de traverser les frontières de la RDC.

Lundi 28 juillet, le Pape Léon XIV a exprimé sa «consternation» dans un télégramme publié par le Saint Siège. «Sa Sainteté le pape Léon XIV a appris avec consternation et profonde affliction l’attaque perpétrée contre la paroisse Bienheureuse Anuarite de Komanda dans la province de l’Ituri, qui a causé la mort de plusieurs fidèles, rassemblés pour le culte», dit en substance ce message pontifical signé par le cardinal Pietro Parolin. «Cette tragédie nous invite davantage à œuvrer pour le développement humain intégral de la population meurtrie de cette région», ponctue le Pape. Dans ce télégramme adressé à Mgr Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), le souverain pontife «implore Dieu afin que le sang de ces martyrs soit une semence de paix, de réconciliation, de fraternité et d’amour pour le peuple congolais» et «envoie la bénédiction apostolique à la paroisse Bienheureuse Anuarite de Komanda, particulièrement aux familles éplorées, ainsi qu’aux filles et fils de la République Démocratique du Congo et à la Nation entière.
Le Vatican inquiet de l’agression contre l’Eglise
Mais au-delà de ce message de réconfort et de compassion, le Vatican n’est pas dupe des implications de cette agression dans la région. Le secrétaire d’Etat du Saint Siège y voit un «signal préoccupant» pour les chrétiens. «Après les conflits ethniques, culturels ou socio-politiques, l’attaque de nature religieuse perpétrée contre l’église de Komanda ‘augmente le problème’ à l’Est de la RDC», a déclaré le cardinal Pietro Parolin, cité par Vatican News, le 28 juillet 2025.

A la différence de cette position du Vatican qui ramène à la surface le danger et les conséquences de cette saillie sanglante dans la vie religieuse congolaise, la CENCO se limite à ses sempiternelles conjectures politiciennes et partisanes. Interrogé par RFI, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de l’épiscopat congolais, n’a vu dans cette indicible tragédie de Komanda qu’une banale occasion de plaider en faveur du pacte social controversé proposé par la CENCO-ECC pour ramener la paix au pays et dans la région des Grands Lacs. «Ça nous dépasse un peu. En même temps, ça révèle la complexité de la situation sécuritaire dans cette partie du pays. Malheureusement, ce ne sont pas des questions qui seront prises en compte dans les Accords de Washington et ceux de Doha. Raison de plus pour être vraiment exaspérés», a-t-il annôné, faisant allusion aux accords conclus par la RDC, le Rwanda et les rebelles du M23 sous l’égide des Etats-Unis et du Qatar, lesquels, à terme, ôtent toute opportunité à la démarche des prélats. «Nous insistons sur la mise en œuvre de l’initiative du pacte social pour que, avec l’aide de nos experts, on puisse aussi creuser ce dossier. Que le gouvernement prenne d’abord ses responsabilités de sécurisation de la population. Et nous attendons de lui des enquêtes sérieuses pour identifier les assaillants et connaître leurs cahiers de charge», a martelé Nshole en dépit de la revendication de l’attentat par Daech. «Il est déplorable de voir la hiérarchie de l’église catholique de la RDC privillégier ainsi sa proximité avec une certaine opposition au détriment de la hargne des djihadistes à convertir coûte que coûte les chrétiens congolais à l’Islam», proteste Justin Mwetaminwa dans une analyse publiée par l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) en mai dernier.
La CENCO prêche pour sa chapelle
Cette attitude pour le moins inconséquente des princes de l’église catholique en RDC est confirmée par l’accusation faite au gouvernement par la CENCO d’être «incapable d’identifier les assaillants de Komanda. D’aucuns parlent des ADF islamistes, des ADF/MTN ISCAP ? Ces tueurs en série ont-ils un cahier de charges ?», ont bûcheronné les prélats qui en sont encore à se demander «à qui profitent les crimes perpétrés depuis plusieurs années sur des paisibles citoyens». La conclusion coule de source : «Face à cette énième violation de la dignité humaine par des assaillants, non autrement identifiés que comme ADF islamistes, une association terroriste à compter dans la constellation du nébuleux réseaux des groupes armés qui écument la partie Est de notre pays, nous insistons sur la nécessité de mettre en œuvre l’initiative conjointe CENCO-ECC du pacte social qui pourrait aussi se pencher sur cette situation», lit-on dans cette déclaration signée par Mgr Fulgence Muteba qui réduit les terroristes islamistes à un groupe armé local.
La solidarité des pasteurs américains
Les catholiques ne sont pas les seuls à s’émouvoir de l’horreur de Komanda. Le pasteur Mark Walker, ambassadeur itinérant pour la liberté religieuse internationale récemment nommé par Donald Trump en attendant l’entérinement par le Sénat américain a dit toute sa révolte dans un posting sur son compte X, mardi 29 juillet. «Une fois confirmé comme ambassadeur, j’ai hâte de dénoncer ces infidèles rampants venus de l’enfer. D’ici là, je prierai pour les familles des victimes et pour que le président Tshisekedi puisse éradiquer ce fléau de la RDC», écrit-il.
«Que Dieu bénisse la RDC, le président Félix-Antoine Tshisekedi et le peuple congolais», renchérit son collègue et compatriote, Travis Johnson. «Vous prierez avec le nombre croissant de dirigeants mondiaux, de nations et d’institutions qui se tiennent aux côtés de la RDC pour la paix, la prospérité et la fore de son peuple et de sa nation», ajoute-t-il.
Les révérends Mark Walker et Travis Johnson font partie du Bureau de la foi de la Maison Blanche, dont une délégation avait été reçue par le président Tshisekedi au cours d’un récent séjour en RDC. Ils sont connus pour leur plaidoyer en faveur de la RDC et de ses institutions légales, largement relayé dans les cercles chrétiens et politiques aux Etats-Unis.
J.N.