Aucun scrupule dans le chef du candidat malheureux à la dernière présidentielle en RDC. Moïse Katumbi Chapwe, également président-propriétaire du TP Mazembe de Lubumbashi, est connu pour se servir du sport roi en RDC comme béquilles politiques. Et pour le torpiller sans vergogne, sous mains. A l’instar de cette attaque en règle contre la politique gouvernementale de sponsoring de clubs de football européens, que le plus grand négrier du football congolais politise dans la foulée d’une offensive infructueuse contre l’accord de paix de Washington.
Les milieux politiques congolais savaient Moïse Katumbi Chapwe aux Etats-Unis depuis plusieurs semaines, en quête d’une opportunité de pénétration de l’administration Donald Trump, à la manœuvre pour mettre un terme à 30 ans de guerre et tueries en RDC et conclure de juteux accords miniers. L’ancien gouverneur du Katanga pour le compte du PPRD de Joseph Kabila, candidat malheureux à la dernière élection présidentielle n’a pas renoncé à ses ambitions au Top Job au pays de Patrice Lumumba, et joue son va-tout pour ce faire. Mais rien ne semble rencontrer ses désirs, jusque-là.
Du séjour américain aux Etats-Unis, le président d’Ensemble pour la République semble n’avoir obtenu qu’un projet de déclaration sénatoriale dénonçant un éventuel troisième mandat du vainqueur de la dernière présidentielle rd congolaise, Félix Tshisekedi. Le document diffusé à grand renfort de publicité sur les réseaux sociaux, a été présenté comme une déclaration officielle de la chambre parlementaire américaine, avant que la supercherie ne soit découverte.
Ce qui n’a pas empêché le chairman katangais et ses collaborateurs de dénoncer l’accord de paix Rwanda-RDC, présenté comme une victoire historique des administrations Tshisekedi et Trump. Dans une déclaration, le 11 juillet 2025, le parti de Katumbi estime que l’entente signé devant le secrétaire d’Etat Américain Marco Rubio reste insuffisant pour résoudre durablement la crise dans l’Est du pays. « Cet accord, aussi constructif et louable soit-il, est partiel. Il réduit la crise à un simple conflit bilatéral, occultant l’implication d’autres acteurs régionaux pourtant avérée », a écrit Olivier Kamitatu, porte-parole de Katumbi, sur son compte X. Selon les katumbistes, qui appellent de tous leurs vœux un dialogue politique, seul à même de permettre leur retour sur la scène politique en RDC, «la paix ne peut être imposée par voie diplomatique extérieure sans une réelle inclusion des forces politiques et sociales congolaises».
Contre le deal minier
Début mars 2025, alors que l’imminence d’un accord minier entre Kinshasa et Washington D.C. se confirmait, Moïse Katumbi est imprudemment sorti du bois pour déclarer que «toutes les mines, aujourd’hui, ont disparu à 98 %. Il n’y a plus de mines… ce projet n’existe pas. C’est un pur rêve. J’ai été gouverneur, je connais les chiffres et la réalité des choses. Le président n’a pas le droit de dire ce qu’il dit car, il faut consulter le peuple congolais. Les richesses appartiennent au peuple congolais», a bûcheronné cet acteur politico-économique notoirement connu pour avoir acquis des mines katangaises à vil prix avant de les revendre à prix d’or sur les marchés boursiers à l’époque où il dirigeait le Katanga.
La dernière sortie médiatique du président d’Ensemble pour la République et du TP Mazembe de Lubumbashi s’inscrit dans le contexte politique de cette obstruction farouche, parfois mal réfléchie, à toute politique gouvernementale.
Contre toute politique gouvernementale
Dans une lettre ouverte au président de la République datée du 16 juillet 2025, Moîse Katumbi déclare que le sponsoring des clubs européens pour un montant d’au moins 43 millions d’Euros, est «un affront aux souffrances du peuple congolais, une décision irresponsable et moralement inacceptable». Parce que 7 millions de Congolais sont déplacés par les affrontements et vivent dans des conditions précaires … et aussi parce que le championnat national peine à aller à son terme, faute pour les organisateurs de réunir 600.000 USD requis pour ce faire. « Le pays est sacrifié à l’autel de l’image, du paraître et du tape–à–l’œil international», écrit le président du TPM et d’Ensemble pour la République.
Seulement, l’argumentaire de l’ex-gouverneur ne tient pas la route. Pas plus que ces précédentes charges contre le pouvoir.
Le rapport entre les souffrances, réelles et inacceptables, imposées par le Rwanda et ses affidés congolais (parmi lesquels se trouve Katumbi), aux Congolais ne sont pas incompatibles avec les sacrifices consentis dans d’autres secteurs de la vie nationale et internationale pour mettre un terme à la guerre. «On ne va pas mettre un terme au financement de la scolarité pour assurer une formation adéquate aux Congolais de demain parce que 7 millions de nos compatriotes sont contraints à l’errance. Bien au contraire, il faut s’assurer qu’il y aura une relève pour défendre la patrie aujourd’hui et demain », se défend sur ce sujet, Bernard Mutomb, étudiant en droit à Kinshasa. Selon lui, l’essentiel est que les compatriotes des régions sous occupation rebelle ne soient pas oubliés par le pouvoir central. De son point de vue, le sport représente un secteur de la vie à très forte visibilité dans un contexte de rude compétitivité globale et «le gouvernement doit le galvaniser pour maintenir allumée la flamme du patriotisme».
«RDC-CŒUR D’AFRIQUE»
S’agissant de «RDC-CŒUR D’AFRIQUE», la publicité qui sera arborée par l’AS Monaco (France) et le Milan AC (Italie), ainsi que les équipes de jeunes du FC Barcelone (Espagne), des avantages sportifs liés à la formation au bénéfice des Congolais sont prévus, que Moïse Katumbi passe sous silence. Les observateurs relèvent également qu’il s’agit aussi et surtout d’une stratégie hautement politique, qui vise à récupérer la place perdue par la RDC au profit du Rwanda sur l’échiquier international. «Kigali est devenu l’interlocuteur international et le commissionnaire en ressources minières, touristiques et autres qu’on ne trouve pourtant qu’en RDC. Il fallait y mettre un terme», explique un conseiller au ministère du Tourisme où le contrat avec les Italiens du Milan AC a été concocté.
Conçu pour servir de contre-poids à une campagne publicitaire analogue de Kigali (Visit Rwanda), «RDC-CŒUR D’AFRIQUE» est une stratégie qui s’inscrit dans le cadre de la guerre contre le Rwanda. «C’est une arme de guerre qu’il faut aussi apprécier comme telle. Ce dont peu parmi nos compatriotes qui s’attaque à ces campagnes publicitaires se rendent compte», ajoute notre source.
Apports techniques et de formation
Reste l’argument du financement du championnat national, qui ne tient pas plus la route que le premier. Pour la bonne et simple raison que l’organisation des activités footballistiques sont du ressort des fédérations nationales et continentales affiliées à la Fédération internationale de football associations (FIFA). Les immixtions gouvernementales dans ce secteur sont strictement limitées, faute de quoi le pays s’expose aux sanctions de la toute puissante FIFA, qui peuvent aller jusqu’à la suspension des participations aux compétitions internationales.
La politique sportive gouvernementale se limite donc à l’apport infrastructurel (constructions des stades, salles des sports, arena) au profit des fédérations sportives. Le gouvernement assure également le financement des participations aux compétitions internationales des équipes nationales et des formations représentatives à ces compétitions. Tout en encadrant et en encourageant l’initiative privée, absolument indispensable pour développer davantage les sports. «En Espagne, ce n’est pas le gouvernement qui construit les stades du Réal Madrid ou de Barcelone. Ce sont les clubs. Idem en France, en Angleterre ou en Belgique : les clubs sportifs appartiennent aux privés, les installations sportives aussi. La notion de l’Etat providence qui fait tout n’est plus de mise dans le domaine du sport en général et du football en particulier », explique au Maximum un Conseiller de Didier Budimbu, ministre congolais des sports et loisirs.
Encore qu’émise par Moïse Katumbi, la critique de l’extraversion des dépenses sportives paraît particulièrement cynique. Le président du TP Mazembe est le plus grand « négrier » (terme utilisé dans les milieux sportifs pour désigner ceux qui font commerce de joueurs de football) que le football congolais ait jamais connu.
Katumbi, l’archétype de l’extraversion
Arrivé à la tête du TP Mazembe en 2009, Moïse Katumbi arrache un sacre continental grâce à une ossature locale composée exclusivement d’athlètes de nationalité congolaise. Les années qui suivent, Mazembe poursuit sur la même lancée en se renforçant grâce au recrutement d’athlètes évoluant dans le championnat kinois. Particulièrement, ceux du Daring Club Motema Pembe, Belor FC et autres. Ce qui lui assure d’un nouveau trophée continental arraché avec le concours d’un entraineur congolais, l’ancien international Santos Muntubile Ndiela.
A la surprise des observateurs, le président du TPM change radicalement de fusil d’épaules les saisons suivantes, se lançant dans le recrutement d’athlètes étrangers, ouest africains et zambiens particulièrement, ainsi d’entraîneurs expatriés. Ces recrutements au détriment des talents locaux sont d’autant plus aisés qu’aucune réglementation nationale ne limite l’alignement des joueurs étrangers au cours des matchs de championnats, comme partout ailleurs à travers le monde, pour protéger la main d’œuvre locale. Il est ainsi arrivé au TPM d’aligner la bagatelle de 9/11 joueurs étrangers au cours d’un match de la Linafoot (tous étrangers, sauf Kidiaba et Kasusula) contre l’AS Vclub au Stade Kamalondo de Lubumbashi. A tel point que la sélection nationale zambienne qui bat la Côte d’Ivoire en finale de la coupe d’Afrique des Nations en 2012 est à 70 % mazembienne. Le président du TPM aura œuvre pour la Zambie voisine où il aurait des attaches familiales, selon des sources.
Qui dit joueur professionnel étranger dit salaire élevé. Même si les informations en la matière demeurent un secret jalousement gardé, on sait que des athlètes vedettes comme le Congolais Trésor Mputu ont gagné jusqu’à 40.000 euros/mois, selon Wikipédia, contre 25.000 pour d’autres. Un calcul élémentaire permet d’établir que le TPM de Moïse Katumbi a déboursé jusqu’à 250.000 euros/mois x 12 mois en salaires pour joueurs étrangers au cours de certaines saisons.
S’il y a quelqu’un qui devait se taire au sujet de l’extraversion des dépenses sportives, c’est bien le président du TPM.
J.N.