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1.897 VICTIMES CIVILES, 723 VICTIMES FARDC : GEC et HRW occultent la prédation minière

Le Groupe d’Etudes sur le Congo (GEC) de l’ex onusien Jason Stearns et Human Rights Watch (HRW) viennent de rendre public un nouveau rapport sur la situation sécuritaire en RD Congo. Le document de 17 pages intitulé «Congo l’oublié. Les chiffres derrière la plus longue crise humanitaire en Afrique» semble trancher par rapport à ceux qui l’ont précédé aussi bien par les méthodes mises en œuvre pour faire état de la situation sécuritaire effectivement dramatique à l’Est du territoire de la RDC depuis quelques décennies que par une sorte de rétropédalage: contrairement aux conclusions habituelles du groupe de recherche affilié à une université américaine accusant les FARDC de mille crimes, notamment dans la région de Beni au Nord-Kivu, et leur faisant porter la plus grande part de responsabilité des exactions commises dans cette région écumée par les rebelles ougandais de l’ADF, Stearn et Cie semblent retrouver la raison. Leur nouveau rapport sécuritaire sur les Kivu stipule en effet que «l’image de l’armée congolaise en tant que force corrompue et inefficace est trompeuse. Il est trop facile de personnaliser ces traits, suggérant que ce sont des caractéristiques inhérentes aux soldats et non le produit des circonstances dans lesquelles ils fonctionnent. En fait, les soldats sont très peu payés et de façon irrégulière, ils reçoivent un traitement médical dérisoire et les conditions de vie de leurs familles sont souvent extrêmement misérables», se ravisent les auteurs. Qui révèlent qu’au cours des deux dernières années, 723 éléments FARDC ont été tués dans les affrontements à l’Est du pays. Et que donc, « les troupes de l’armée congolaise risquent régulièrement leur vie lors des opérations militaires ».
Nouveau baromètre sécuritaire
Dans ce dernier rapport, GEC se prévaut de la mise sur pied, en collaboration avec HRW, d’un baromètre sécuritaire du Kivu qui a recensé rien moins que 130 groupes armés qui s’affrontent pour diverses raisons dans cette région littéralement mise sous coupe réglée depuis le milieu de la décennie 1980. Il insiste sur les chiffres, les statistiques, afin, affirment les auteurs, d’attirer l’attention sur l’oubli à l’échelle planétaire du drame du Kivu en RDC. « Avec une telle multitude d’acteurs armés et sans un récit simple, il est plus facile pour beaucoup de personnes de regarder ailleurs. Même pour les responsables du gouvernement congolais, les Nations unies et les divers partenaires bailleurs de fonds qui ont dépensé des milliards de dollars ces dernières années pour tenter de mettre un terme à la violence, il est souvent difficile de décider à quels secteurs et à quels problèmes accorder la priorité », compatissent Jasons Stearns et ses amis.
Pour en arriver à ces statistiques, GEC et HRW ont littéralement changé de méthodologie. Il ne s’agit plus de sondages par téléphones par lesquels le groupe d’étude a brillé, notamment durant la période pré-électorale et électorale. Qui leur permettaient de désigner leurs favoris à la présidentielle de décembre dernier plusieurs mois avant celle-ci. Le nouveau baromètre sécuritaire du Kivu serait le fait de 15 collaborateurs fidèles, chercheurs dévoués basés dans la région, qui auraient eu des entretiens quotidiens avec des chefs coutumiers, membres du clergé, activistes de la société civile et représentants du gouvernement afin de documenter les pires actes de violence pour en identifier les groupes armés responsables.
Des chiffres et des cartes
Ainsi, entre juin 2018 et juin 2019, 3.015 incidents d’affrontements et d’abus qui ont touché 6.655 victimes sont documentés. Ils comprennent des morts violentes, des viols collectifs, des enlèvements, des destructions des biens, des répressions politiques … « combinées aux statistiques démographiques disponibles les plus fiables, (ces données) indiquent que 8,38 civils ont été tués pour 100.000 habitants dans les Kivu en 2018». Presque le même taux de décès que dans les régions nigérianes affectées par les exactions du groupe terroriste Boko Haram, compare le rapport GEC-HRW.
Naturellement, une sorte de cartographie des sites de violence se dégage de l’étude publiée mardi 13 août 2019, qui indique que « la violence armée est concentrée dans les hautes terres densément peuplées de l’extrême est des provinces du Kivu, près des frontières ougandaise, rwandaise et burundaise ». Soit, d’Eringeti à l’extrême Nord du Nord-Kivu, et Baraka, à l’extrême Sud du Sud-Kivu, selon le rapport qui relève tout de même que les villes de la région ont tendance à devenir de plus en plus dangereuses elles aussi. Dans les Kivu, l’épicentre de la violence se situe dans le territoire de Beni où se cristallise 31 % des meurtres des civils, indique sans vraiment surprendre le rapport GEC-HRW, qui reconnaît que cette concentration s’explique par les « combats entre les forces de sécurité congolaises et la rébellion des Forces démocratiques alliées (…) ce groupe armé ougandais a tué au moins 272 civils entre 2018 et juin 2019 ». Mais il n’est pas le seul. « Les Mai-Mai Mazembe, un groupe de milices qui recrutent au sein de la communauté nande, à l’Ouest et au Sud du lac Edouard, étaient le groupe armé ayant eu le plus d’affrontements avec l’armée durant cette période».
Statistiques, cartographie statistico-sécuritaire … dont le dernier rapport GEC-HRW est surabondamment truffé aboutissent à l’établissement d’une corrélation entre les violences dans cette région de la RDC et les ressources naturelles. Le lecteur avisé s’en rend immédiatement compte: ci-git l’objectif visé par la nouvelle étude de Jason Stearns qui affirme que « les données du KST montrent cependant qu’il n’y a pas de corrélation systématique entre la violence et les zones minières. Seulement 20 % d’incidents violents se produisent dans un rayon de 20 kilomètres d’une mine et seulement 3 % dans un rayon de 2 kilomètres». Comme tous les observateurs avisés, les auteurs notent que «les groupes armés tirent les revenus de nombreuses autres sources, notamment la production du charbon de bois, le braconnage, les enlèvements et la taxation de tous types de marchandises et de mouvements». Mais c’est tout.
Les minerais n’auraient rien à voir
Ainsi donc, point de convoitises des richesses naturelles (minières) rd congolaises qui soient à la base de ces agressions armées et conflagrations belligérantes dont la région est la proie depuis le génocide rwandais de 1994, contrairement à de nombreux rapports établis sur la question. Dont les rapports mapping diligentés par le Conseil de sécurité des Nations-Unies. Point de minerais de sang dont se nourrissent les industries occidentales pour s’approvisionner à vil prix dans la région depuis des décennies et qui seraient forcées de mettre la clé sous le paillasson si la paix y était rétablie. Point d’évasion de minerais congolais dont les pays voisins notoirement connus pour la pauvreté de leurs sous-sols à cet égard sont devenus de gros exportateurs cotés sur les places boursières internationales.
La dernière œuvre de Jason Stearns est un chef-d’œuvre de révisionnisme pour détourner les regards du pillage des richesses minières rd congolaises pour pouvoir l’entretenir de plus belle.
J.N.

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