WHO’S WHO : Raïla Amolo Odinga (Kenya)

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Raila Amolo Odinga, né le 7 janvier 1945 à Maseno (Maseno Mission Hospital) de l’union du défunt Oginga Odinga, un leader de l’ethnie Luo premier vice-Président de la République du Kenya et de Mary Odhiambo Juma Ng’ong’a. Il est le deuxième d’une fratrie des dix-huit enfants de Onginga Odinga qui eut une progéniture de neuf enfants avec la mère de Raïla, Mary. Son frère aîné Oburu deviendra député à l’Assemblée nationale du Kenya et une de ses sœurs Wenwa Akinyi occupera le poste de Consul général du Kenya à Los Angeles (USA).
Après sa scolarité primaire à la Kisumu Union Primary School, il poursuit et termine ses études secondaires à Maranda High School en 1962. Pendant deux ans, il suit les cours de philologie de l’institut Heider de l’université de Leipzig. Il reçoit, en 1965 une bourse d’études qui lui permet de poursuivre sa formation à l’Ecole supérieure de machinerie lourde de Magdebourg d’où il sort, en 1970, avec un baccalauréat en sciences appliquées (BASc) et un titre d’ingénieur en génie mécanique.

Activités professionnelles et commerciales
Dès son retour au Kenya, il obtient un poste de chargé de cours (assistant) à l’Université de Naïrobi. Un an plus tard (1971), il fonde avec son père Onginga Odinga, la Standard Processing Equipment Construction & Erection Limited, une société qui se spécialise dans la production des réservoirs pour le gaz de pétrole liquéfié, qui sera renommée, plus tard East African Spectre. En 1973, il abandonne son poste à l’université pour se consacrer à sa société commerciale.
En 1974, il devient directeur chef de département à l’Agence publique Kenya Bureau of Standards (KEBS) responsable des normes de la métrologie et se lance dans la politique avec comme but un siège de parlementaire pour la circonscription électorale de Lang’ata située dans la zone de Nairobi et qui inclut Kibera.
En 1982, alors qu’il est devenu le directeur général de la KEBS depuis 1978, il est accusé d’être l’un des instigateurs d’une tentative ratée de coup d’État le 1er août 1982 perpétré par des militaires appartenant à la force aérienne kényane contre le président Daniel Arap Moi. Il sera détenu préventivement pendant sept mois avant d’être incarcéré, sans avoir jamais été jugé, à la prison de haute sécurité de Kamiti (Naïrobi) jusqu’au 6 février 1988. En septembre 1988, Raïla Odinga est de nouveau arrêté, cette fois, pour appartenance au Kenya Revolutionary Movement (KRM), une organisation luttant en faveur du multipartisme au Kenya. Il sera emprisonné jusqu’au 12 juin 1989. C’est du fait de toutes ces épreuves que les Luo lui donnent un autre surnom, celui d’Agwambo ce qui signifie « le mystérieux ».
Le 5 juillet 1990, il est encore écroué, jusqu’au 21 juin 1991, à la prison de Kamiti à cause de ses appels publics en faveur du multipartisme au Kenya. Le 3 octobre 1991, apprenant que les services de sécurité kényans s’apprêtaient encore à l’arrêter deux jours plus tard lors d’un rassemblement à Kamukunji (Nairobi) en faveur de la restauration de la démocratie, il sollicite auprès de l’Ambassade des États-Unis l’asile politique qui lui est refusé. Il fuit alors Nairobi déguisé en prêtre sous le nom d’emprunt de « Père Augustine » et traverse le Lac Victoria jusqu’en Ouganda d’où il s’envole vers Oslo en Norvège.
En février 1992, il rentre au Kenya et rejoint le parti politique Forum for the Restoration of Democracy (FORD) présidé par son père Onginga Odinga. Au mois d’août suivant, peu avant les premières réelles élections nationales multipartites de décembre, le FORD se scinde, en Forum for the Restoration of Democracy – Asili (FORD-Asili) mené par Kenneth Matiba (en) et Ford-Kenya (FK) de Oginga Odinga qui confie à son fils le soin de diriger la campagne électorale du FK. Il est élu député de la circonscription électorale de Lang’ata (une des huit circonscriptions de la zone de Nairobi).
Autonomisation politique
Après la mort de son père le 20 janvier 1994, Michael Wamalwa Kijana (en) devient président du FK et, en 1997, Raila Odinga perd les élections organisées pour la présidence du parti qui voient la victoire controversée du président sortant. Il quitte alors sa formation politique et rejoint le petit parti d’opposition National Development Party (NDP) entrainant avec lui tous les députés FK de la province de Nyanza. Aux élections générales du 29 décembre 1997, il participe aussi à l’élection présidentielle et termine troisième, avec 10,92 % des suffrages, derrière le président sortant et candidat du Kenya African National Union (KANU) Daniel Arap Moi (40,12 %) et le candidat du Democratic Party (DP) Mwai Kibaki (31,09 %). Cependant, le NDP de Raila obtient 21 députés élus directement et un député coopté par le président de la République sur les 222 sièges que compte le Parlement national ce qui, d’un parti d’opposition marginal sans élus, fait du NDP la troisième force politique du pays. En juin 2001, le NDP s’allie au KANU dans un cartel politique et obtient trois portefeuilles ministériels dont celui de l’Énergie pour Raila Odinga jusqu’en janvier 2003. Il devient aussi le Secrétaire général du cartel.
En août 2002, le Président Arap Moi surprend tout le monde en annonçant qu’il soutiendra personnellement la candidature du jeune et inexpérimenté Uhuru Kenyatta (fils du premier Président du Kenya Jomo Kenyatta) dans la course à la présidence lors des élections de décembre. S’opposant fermement à cette décision de Moi, Raila, accompagné par d’autres poids lourds du cartel KANU-NDP comme Kalonzo Musyoka, George Saitoti et Joseph Kamotho rejoignent le Liberal Democratic Party (LDP). Pour contrer le dessein de Moi, le LDP, dont Raila a pris la tête, fait alliance avec le National Alliance Party of Kenya (NAK), le Democratic Party (DP), le Forum for the Restoration of Democracy-Kenya (FORD-K) et le National Party of Kenya (NPK). Cette alliance appelée National Rainbow Coalition (NARC) pousse la candidature de Mwai Kibaki le prétendant du DP au poste de Président de la République.
Élections générales du 27 décembre 2002
Tandis que Raila est, pour la troisième fois consécutive, élu député de la circonscription électorale de Lang’ata, Mwai Kibaki gagne largement l’élection présidentielle avec 62,2 % des suffrages devant Uhuru Kenyatta (31,3 %). Le LDP devient le deuxième parti politique du pays avec 59 sièges de députés dont celui de Raila Odinga qui est reconduit pour la deuxième fois dans la circonscription électorale de Lang’ata.
Raila est nommé ministre des Infrastructures et du Logement mais n’obtient pas le poste de Premier ministre que Kibaki avait promis de créer et de lui offrir s’il gagnait les élections arguant qu’il est impossible de changer la Constitution. De même, la promesse faite au LDP d’obtenir la moitié des postes ministériels n’est pas tenue. Les désaccords entre le président Mwai Kibaki et Raila Odinga se multiplient. Le point culminant de la dispute survient lorsque Mwai Kibaki veut présenter une réforme de la Constitution donnant plus de pouvoirs politiques au chef de l’État. Cette réforme soumise au référendum du 21 novembre 2005 est rejetée par 58,12 % des votants. En réaction, le président Mwai Kibaki congédie l’ensemble du gouvernement deux jours plus tard et forme un nouveau gouvernement qui ne comporte plus aucun membre du LDP.
Raila Odinga décide alors d’être candidat à l’élection présidentielle de décembre 2007 et crée son propre parti politique : l’Orange Democratic Movement (ODM). Son symbole est une orange en référence au symbole visuel qui représentait le « non » lors du référendum (le « oui » était imagé par une banane).
Orange Democratic Movement
En janvier 2006, Raila demande une protection policière à la suite de menaces de mort qu’il a reçues. Le ministre de la Sécurité nationale Mirugi Kariuki la lui refuse et l’accuse de rechercher seulement un « effet publicitaire ». En août 2006, il reçoit le soutien du sénateur américain Barack Obama, dont le père était un Luo qu’il déclare être son « cousin » à la BBC. Cette déclaration suscite la polémique dans les médias. En fait, cette déclaration est mal interprétée par le journaliste ; le père de Barack Obama et la mère de Raila Odinga sont du district kényan de Siaya et, selon la tradition des Luo, ils sont cousins.
En septembre, le ministre de la Justice Martha Karua interpelle Raila Odinga au Parlement à propos de suspicions de corruption à charge de sa société East African Spectre dans la cession de 55 % des terrains où est bâti l’établissement public de transformation de mélasse en biocarburant de Kisumu (Kisumu Molasses Plant) à la société canadienne Energem. En août 2007, sous l’impulsion de Kalonzo Musyoka, certain membres de l’ODM forment un nouveau parti : l’Orange Democratic Movement–Kenya (ODM-Kenya). Le 29 août, ses adversaires politiques l’accusent d’avoir signé un protocole d’accord avec les leaders politiques de la communauté musulmane, ce que Raila dément14 jusqu’à ce que Sheikh Abdullah Abdi, le président du parti National Muslim Leaders Forum (NMLF), n’exhibe, à la télévision kényane, un document, dans lequel Raila s’engage à islamiser la Constitution du Kenya s’il est élu président.
Le 1er décembre 2007, lors d’une conférence nationale du parti à Nairobi où les délégués doivent voter pour un candidat à l’élection présidentielle de décembre 2007, il est largement plébiscité par 2 656 voix de préférence. Son programme politique est centré sur l’économie, la lutte contre la corruption, la dévolution du pouvoir aux régions (Majimbo en swahili soit littéralement « Groupe des régions »), l’éducation libre dans les universités, les soins de santé, la place des musulmans au Kenya et, surtout, la promesse de l’instauration d’une nouvelle Constitution plus moderne et démocratique.
Alors que, le 6 octobre, Raila Odinga débute sa campagne électorale dans le parc Uhuru à Nairobi avec une assistance record, trois de ses partisans sont abattus (dont un mortellement) par les gardes du corps de Stanley Livondo (le candidat du PNU concourant pour le siège de député de la circonscription électorale de Lang’ata détenu par Raila depuis 1992). Le dernier sondage d’opinion effectué le 18 décembre prédit Raila Odinga (qui remonte dans les sondages par rapport au 23 novembre) vainqueur de l’élection présidentielle pour 45 % des sondés contre 43 % en faveur de Mwai Kibaki.
Élections générales du 27 décembre 2007
Raila Odinga s’adressant à la presse le 31 décembre 2007 après l’annonce de sa défaite à l’élection présidentielle.
Lors de cette élection, Raila reçoit un soutien massif dans les provinces de Nyanza, occidentale, de la vallée du Rift et de la côte18 mais aussi de personnalités emblématiques telle Wangari Maathai. Dans la soirée du 30 décembre 2007, Samuel Kivuitu, qui vient juste d’être reconduit, pour cinq ans, par Kibaki à son poste de président de la Commission électorale (Electoral Commission of Kenya), le déclare battu par 232 000 voix de différence en faveur du président sortant contrairement aux tendances des derniers résultats enregistrés. Controversée par les observateurs de l’Union européenne qui demande un recomptage des bulletins de vote, cette annonce est immédiatement contestée par le camp de Raila et entraine la plus grande crise de violence survenue du Kenya.
Le 28 février 2008, grâce à la médiation de Kofi Annan, l’ancien Secrétaire général des Nations unies, un accord de partage du pouvoir entre le président Kibaki et Raila est signé, et entériné à l’unanimité par le Parlement le 18 mars, pour résoudre la crise. Il se matérialise par la nomination de Raila Odinga au poste de Premier ministre le 13 avril suivant. Quatre jours plus tard, il prête serment et un gouvernement de coalition est constitué.
Cependant, malgré le relatif état d’apaisement politique, les tensions entre Mwai Kibaki, Raila Odinga et le vice-président Kalonzo Musyoka restent bien présentes (ce dernier n’acceptant pas d’être relégué au second plan). En décembre 2008, il s’oppose à un projet de loi voté, à l’unanimité, par le parlement et devant restreindre la liberté de la presse.
Carte des résultats du référendum sur la nouvelle Constitution. En vert les provinces favorables et en rouge la seule province défavorable (Vallée du Rift).
Le 4 août 2010, le texte de réforme de la Constitution, incluant la Charte des droits et libertés, chère à Raila (maintenant soutenu par Kibaki) est accepté, contre la position d’un autre membre influant de l’ODM, le ministre des Hautes études William Ruto (soutenu, lui, par l’ex-président Daniel Arap Moi), par la majorité des 72,1 % de kényans ayant participé au référendum populaire (70 % de votes favorables contre 30 % de défavorables). Le 15 décembre 2010, le président du parti ODM et ministre de l’Industrialisation en place, Henry Kosgey (en), un proche de Raila Odinga, est précisément nommé par le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, comme étant un des six principaux accusés des crimes contre l’humanité commis lors des violences postélectorales de 2007-2008.
Mandaté par l’Union africaine, à partir du 3 janvier 2011, et pendant trois jours, il tente de résoudre la crise politique entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Il est accompagné par Boni Yayi, Pedro Pires et Ernest Koroma, mandatés eux par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Leur unique mission est de convaincre Laurent Gbagbo d’abandonner de manière pacifique le pouvoir. Elle est un échec.
Le 17 mai 2011, il soutient la candidature devant l’Assemblée nationale du controversé Willy Mutunga au plus haut poste de la magistrature judiciaire : celui de Chief Justice. Celui-ci est, constitutionnellement, élu au poste le 20 juin 2011. Le 24 août 2011, il parvient, étrangement avec le soutien du Président Kibaki, à exclure William Ruto de l’ODM.
Élections générales du 4 mars 2013
La conférence nationale des délégués de l’ODM du 7 décembre 2012 désigne officiellement Raila Odinga comme leur candidat à la prochaine élection présidentielle.
Afin de contrecarrer les autres coalitions politiques, il forme, lui aussi, une alliance entre l’ODM, le WDM-K de Kalonzo Musyoka et le FORD-K de Moses Wetangula. Cette alliance est appelée Coalition for Reforms and Democracy (CORD) avec Odinga pour seul candidat à l’élection présidentielle. Concentré sur cette présidentielle, il ne se représente pas à sa succession comme député de la circonscription électorale de Lang’ata.
Selon la Constitution, pour l’emporter au premier tour, un candidat doit réunir au moins 25 % des votes dans au moins 24 comtés différents et 50 % de l’ensemble des votes plus un (majorité absolue). Deux d’entre eux obtiennent ensemble 93,38 % des 12 330 028 bulletins de vote déposés : le vice-premier ministre et ministre des Finances sortant Uhuru Kenyatta et Raila Odinga. Raila obtient 43,31 % du total des suffrages et, au moins, 25 % dans 30 comtés différents. Kenyatta récolte 50,07 %note 7 et, au moins, 25 % dans 42 comtés différents ce qui, dès le premier tour, en fait le président élu de la République du Kenya27.
Raila Odinga, conformément à la possibilité donnée par l’article 140.1 de la Constitution, dépose, en date du 16 mars 2013 une pétition auprès de la Cour suprême pour contester la validité du scrutin présidentiel arguant de bourrages d’urnes, de dysfonctionnements du système électronique de transmission des votes vers l’IEBC et de l’inorganisation de cette dernière. La Cour rend son jugement le 30 mars suivant en déclarant que « l’élection générale fut libre et impartiale » et que « Uhuru [lire Uhuru Kenyatta] et son colistier Ruto [William Ruto] ont été valablement élus » et en publie la version intégrale le 16 avril.
C’est alors que Raila Odinga est maître de conférences à l’université de Nairobi, qu’il a fait la connaissance d’Ida Anyango Oyoo (née en 1950) qu’il épouse en 1973. Ils ont quatre enfants.
Élevé et baptisé par effusion selon la philosophie religieuse anglicane, Raila Odinga a perdu cette foi lorsqu’il a opté pour l’idéologie communiste. Plus tard, il est revenu vers des croyances religieuses chrétiennes et, le 3 mai 2009, s’est fait baptiser par immersion dans sa résidence privée du quartier de Karen à l’Est de Nairobi.
Catalogué comme marxiste par ses opposants politiques, Raila Odinga est un démocrate socialiste selon la définition donnée par François Mitterrand à la « gauche non-communiste ».
Son programme devant faire du Kenya un État multipartite et démocratique a toujours été sa ligne de conduite mais ses actions et déclarations publiques sont souvent ambiguës.
Surnoms
Les Kényans aimant donner des surnoms, il est aussi connu sous les appellations de :
Owadgakinyi signifiant, en Luo, « frère d’Akinyi ». Ce surnom lui fut donné dans les années 1980 lorsqu’il était très mal vu, par le pouvoir politique en place, de prononcer le nom d’Odinga,
Agwambo ce qui, en luo, signifie « mystérieux »,
Raila parce que son père est déjà connu sous le surnom d’Odinga,
Tinga en rapport avec tingatinga qui signifie « tracteur agricole » en swahili et qui était l’emblème du NDP, son parti politique en 1997,
Jakom ce qui, en luo, signifie « tribun, orateur populaire et éloquent ». Littéralement : ja = « homme de… » et kom = « chaise ».
Avec Le Maximum

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